Sur le chemin pour se rendre au bureau du commissaire, Corentin en profita pour refaire le trajet de Marie-Lise du salon de Madame Correy jusqu'à son domicile. Il interrogea les gardes sensés être sur les lieux mais abandonna bien vite au vu des maigres informations. Le troisième et dernier garde acheva d'exaspérer l'inspecteur de police qui ne sut même plus lui dire à quelle heure il avait pris sa garde. Soupçonnant un fort état d'alcoolémie, Corentin l'interrogea tout de même sur ses allées et venues durant la nuit. Le jeune homme venait tout juste d'être recruté comme garde de nuit. L'inspecteur remarqua ses traits juvéniles malgré la gueule de bois, les joues rougies et la voix rauque par laquelle s'échappait une insupportable odeur de bière bon marché. Il se recula d'un pas, prétextant ne pas vouloir profiter lui aussi des effluves de transpiration.
—En tournant de cette maison, j'ai vu une vieille femme. J'crois que c'était une mendiante, elle est souvent ici et elle importune les bonnes gens.
Le prénommé Vincent désigna d'un doigt tremblant une direction au hasard mais Corentin comprit qu'il s'agissait de l'angle d'une maison cossue. Ils se trouvaient sur la place du village un peu à l'écart du brouhaha que produisait l'ambiance du marché en ce mercredi matin. Le poste de police se trouvait à quelques pas entre l'épicerie et l'auberge. Impatient, Corentin sourit poliment pour que Vincent continue.
—J'étais en charmante compagnie, bon, ne le dites pas au commissaire hein, mais on a vu la vieille mendiante, elle était d'une laideur ! Même ma grand-mère était plus belle que ça !
—Je me doute qu'elle devait être d'une beauté à damner mais ça n'est pas le sujet.
—Oh excusez-moi, je me suis égaré, fit le jeune garde un sourire bête sur le visage. Donc je disais qu'elle était horrible, son visage ressemblait à celui des sorcières, rongé par je n'sais quelle maladie, des haillons sales et on lui a craché d'ssus pour lui dire de dégager.
Corentin attendit patiemment que Vincent finisse de rire à son propre monologue.
—Et pis, la vieille s'est rapprochée et m'a demandé si j'aimais la mort. Je me suis dit elle est complètement à l'ouest c'tte bonne femme ! On s'est barrés avec la fille, j'l'ai raccompagné dans le bar et pis j'ai continué ma ronde. Autant vous dire que ça m'a fait un sacré choc !
—Et qu'avez-vous fait pendant votre ronde ? Un élément vous aurait-il échappé ?
—Oh non m'sieur l'inspecteur ! fit Vincent le plus sérieusement du monde. Malheureusement, une charmante dame m'a abordé, c'était un beau bout d'femme et comme vous pouvez le deviner...
— Oui merci je crois avoir compris, l'interrompit Corentin. Merci de votre coopération Vincent, je n'ai plus besoin de votre aide.
Le jeune homme se dirigea vers le petit bâtiment à la façade démodée où s'inscrivaient les lettres rouillées du poste de police de Bleunoie. L'endroit sentait fortement la cigarette et Corentin eut rapidement les narines prises et sa nouvelle tenue embaumée. Il demanda à la secrétaire responsable de cette fumée opaque de classifier la déposition du garde Vincent. Corentin sentit la petite bosse que formait la poupée dans son manteau et il ressortit pour échapper à l'air saturé de nicotine. D'un air hagard, il observa l'activité du marché déjà peuplé. Comment une jeune femme saine d'esprit et future mère de famille s'intéresserait-elle encore aux poupées de porcelaine ? Pourquoi Marie-Lise l'avait-elle sous le bras lors de son départ du salon de Madame Correy ? L'inspecteur la tourna distraitement dans sa main, jusqu'à ce que le secrétaire vint le quérir.
— Marie-Lise Saint Orge demande à ce que sa poupée lui soit rapportée.
— Répondez-lui que cela ne sera pas possible, elle est désormais aux mains de la police.
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Le sang du bonheur
Mystery / ThrillerBleunoie. Un village anciennement célèbre pour son magnifique ciel bleu roi devient le théâtre de meurtres macabres. Le bras droit de Satan lui-même rôderait dans les rues, épierait les jeunes femmes et les assassinerait de manière effroyable. L'arr...
