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Le vent frais fouette mon visage quand je franchis le seuil de ma porte. L'automne commence à se faire sentir. Je sors de ma rue et passe devant la maison de Theresa. Celle-ci ferme le portail et se dirige vers moi.

Je lui souris et la prends dans mes bras.

Comment tu vas, Gina ? Demandais-je en l'appelant par son deuxième prénom.

Je vais bien et toi, Zohra ?

Je me tourne vers elle en haussant un sourcil.

Ça va bien, mais comment tu sais cette information sur moi ?

Elle me lorgne et esquisse un sourire.

À ton avis.

Je souffle sachant que Theresa aime bien me mener en bateau avant de me dire les choses qui m'intéressent. Elle finit par soupirer en voyant bien que je ne sais pas où elle veut en venir.

Ta carte d'identité. Elle me regarde avec un fin sourire. Quand tu m'as demandé de la garder quand tu cherchais ton livre CULturel à la Fnac.

J'affiche une mine faussement outrée et la regarde de travers.

Et il était pour qui ce livre, qui a maintenant pas mal de post-it roses ?

Elle détourne le regard un instant avant de le reporter sur le mien, et nous éclatons de rire.

Par contre, je n'ai pas utilisé beaucoup de post-it rose. T'exagères sur ce coup-là.

Ah, tu crois ?

Tu sais très bien comment je suis Lyune, dit-elle en papillonnant des yeux.

C'est pour ça que je sais quand est-ce que tu me roules dans la farine.

Mais tu m'aimes quand même hein ?! Beugle-t-elle près de mon oreille avec un sourire béat.

Pff. Bien sûr que je t'aime patate, dis-je en lui pinçant doucement la joue. Ça fait quand même plus de dix ans qu'on se connaît et qu'on se supporte.

Que je te supporte. Sois précise dans tes dires, ma chère.

Répète un peu pour voir ! M'exclamais-je, et celle-ci se met à courir en direction de l'arrêt de bus. Bah pourquoi elle se met à courir ?

Mes yeux suivent sa direction et j'aperçois le bus qui arrive rapidement à notre arrêt.

Oh purée la garce, elle ne m'a pas prévenue !

Je me mets à courir à mon tour et arrive à hauteur du bus avant que celui-ci ne s'en aille. Je remercie le chauffeur et aperçois madame Theresa à côté d'un siège libre. Je m'y installe et elle me fait un grand sourire.

Alors toi, maugréé-je à voix basse.

Moi aussi je t'aime Lyune, déclare-t-elle en me faisant un cœur avec ses mains.

Je souffle un bon coup et finis par esquisser un sourire. Elle me sourit à son tour, pose sa tête sur mon épaule et ferme les yeux. C'est une habitude qu'a Theresa et qui ne me dérange point. Elle dort mal la nuit et profite de ses quinze minutes de trajet jusqu'au lycée pour se ressourcer un peu.

De plus, je passe souvent la nuit chez elle. Elle y trouve une sorte de paix et s'endort paisiblement en ma présence. Ce qui la soulage énormément. Et même si elle ne s'ouvre pas beaucoup, je sais que ce genre de petites attentions lui font du bien et apaisent ses tourments intérieurs.

LOST FEELINGSOù les histoires vivent. Découvrez maintenant