Chapitre 13

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Sven

Je jette un coup d'œil furtif à la petite Suédoise en m'étonnant de sa force. Tenir un loup sur ses épaules durant des kilomètres n'est pas à la portée de toutes les femmes. La culpabilité me submerge. Je n'aurais pas dû me braquer comme ça lorsqu'elle m'avait demandé de porter son chien. L'époque d'Ingrid est bien différente de la mienne... Peut-être que c'est normal en Francie de prendre ainsi soin des bêtes.

Contre toute attente, l'animal semble curieusement à l'aise dans cette position. Ingrid lui parle en français et j'ai l'impression que ses mots ont le pouvoir d'apaiser Odin. Je découvre, surpris, la force du lien qu'il existe entre mes deux compagnons de voyage. Personne à Jelling ne me croirait si je leur racontais connaître quelqu'un capable d'approvisionner un loup. Le don d'Ingrid serait utile au combat. Elle pourrait en dresser d'autres, qui attaqueraient par surprise l'armée de mon oncle ! Cette idée me plait beaucoup. Rien de d'imaginer la scène, j'en ai des frissons d'excitation.

Lorsqu'Ingrid marche devant moi, j'en profite pour la détailler des pieds à la tête. Ses cheveux sont très clairs au sommet de son crâne, et aussi noirs que les ailes d'un corbeau à leurs extrémités. Ils sont coupés courts, comme ceux d'un homme. Peut-être qu'elle a eu des poux et a préféré tout raser pour s'en débarrasser...

Elle ne ressemble en rien aux guerrières au bouclier de mon pays. Pourtant, sa force mentale est comparable à la leur. Je l'ai vu lorsqu'elle a pansé sa plaie ouverte au front sans ciller et là, tandis qu'elle porte Odin sans se plaindre. Sa détermination à fuir cet homme la rend plus puissante que le meilleur de mes soldats. Pour ça, je l'admire. Même si je dois avouer qu'Ingrid m'effraye aussi.

Je me remémore notre poignée de main. Son regard bleu céruléen plongeant dans le mien, m'a donné la chair de poule. Je n'avais jamais ressenti une chose pareille en regardant quelqu'un. Ce qui me confirme encore une fois que ce ne peut être que l'œuvre d'une ensorceleuse.

D'instinct, je pose ma main sur le fourreau de mon épée. Un réflexe. Un geste aussi naturel que respirer.

— Sven, je crois que ce serait mieux si tu cachais ton arme dans le sac à dos.

— Non, je rétorque d'une voix ferme avec autorité.

Ingrid soupire devant mon refus.

— Plus personne ne se balade avec une épée sur soi en 2018, m'explique-t-elle essoufflée.

— Il est peut-être là, le problème. Si tu en gardais une sur toi, tu n'aurais pas besoin de ma protection.

Je me tourne vers elle et la surprend lever les yeux en l'air d'exaspération. Quand nous arrivons à l'orée du bois, Ingrid s'arrête et pivote dans ma direction. Ébloui par les rayons du soleil, au zénith dans le ciel, je porte une main en visière pour pouvoir la regarder :

— Ça y est, nous sommes arrivés à notre première étape. On est à Wisches. Il ne reste plus qu'à rejoindre la gare. Sven, n'oublie pas ce que je t'ai dit. Je t'expliquerai tout plus tard. Mais pour l'instant, fais-moi confiance et marche sans rien dire, d'accord ?

Je serre le pommeau de mon épée encore un peu plus fort. Sa voix est douce comme du miel. Comme celle d'une mère qui essaie de rassurer son enfant. Ce n'est pas bon signe.

Nous pénétrons dans le village et là, sous mes yeux ébahis, je mesure l'ampleur des changements entre mon époque et celle d'Ingrid. Tout est nouveau. Tout est différent. Tout est inconnu. J'ai envie de poser mille et une questions mais je me mords la langue pour me retenir. Je comprends que nous avons une destination à atteindre rapidement, et qu'elle n'a pas le temps maintenant d'assouvir ma curiosité.

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant