Chapitre 50
Ingrid
L'air reste prisonnier dans mes poumons en attendant que Sven me réponde. Pour une raison qui me dépasse, je sens au plus profond de mes tripes qu'ouvrir la cage aux loups, maintenant, est la bonne décision à prendre. Et sans un coup de main de sa part, je n'y arriverais pas toute seule. Pas, au beau milieu d'une bataille qui fait rage, et où des hommes cherchent à s'embrocher autour de moi avec leur épée.
— D'accord. Mais, à une condition. Après cela, tu iras te cacher dans le tunnel, d'accord ?
Un compromis, c'est déjà une demie victoire. Mes lèvres s'étirent en un sourire satisfait. Pendant une fraction de seconde, j'ai envie de lui sauter dans les bras, puis, je me reprends en me rappelant qu'il n'y a pas un instant de plus à perdre à tergiverser. Ma main saisit celle que Sven me tend pour m'aider à me relever, et d'un bond, je me mets debout, emplie d'une excitation nouvelle procurée par l'adrénaline qui fuse dans mes veines. Absorbée par ma nouvelle mission, j'en oublie la terreur et la panique que je ressentais il y a quelques minutes à peine. L'ombre d'une grimace passe sur le visage de Sven au moment où il me tire en avant. Il est blessé, je songe immédiatement.
— Est-ce que tu as mal quelque part ?
L'inquiétude transpire dans ma voix.
— Non, ne t'inquiète pas.
— Sven, j'ai vu la tête que tu tirais en m'aidant à me relever. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
J'observe l'arrondi de sa mâchoire se serrer, puis le mouvement de sa pomme d'Adam qui monte et descend à toute allure. Le temps qu'il mets à me répondre, me confirme qu'il me cache quelque chose.
— Un petit différent avec un sanglier au cours de ma partie de chasse.
Mes yeux s'écarquillent d'effroi en apprenant le risque inconsidéré qu'il a pris pour préparer ce ragoût. Nous nous étions pourtant mis d'accord avec sa mère, Folker et Egil pour qu'ils aillent tuer plutôt tuer un cervidé pour notre cheval de Troie. Mon ventre se tord à la simple pensée qu'il aurait pu lui arriver malheur. Perdre Sven m'est inconcevable, il est le point d'ancrage de ma nouvelle vie, peu importe l'époque où nous nous trouvons.
— Et tu m'annonces ça comme ça ? Bon sang, Sven, mais qu'avais-tu en tête ? Tu réalises que tu aurais pu connaître le même sort que ton père ! Montre-moi, je pourrais peut-être te faire un pansement correct et te donner des médicaments.
Mes doigts attrapent la chemise de Sven pour la soulever afin de trouver sa blessure, mais c'était sans compter sur sa détermination à stopper mon geste. Ses mains se cramponnent aux miennes pour me forcer à relâcher mon étreinte et le ton monte entre nous.
— Imagine, si...
— Ingrid, je vais bien, il me coupe. Je suis bien vivant, face à toi, et nous sommes à nouveau réunis. C'est tout qui importe, non ?
La colère qui crépitait en moi face au comportement irréfléchi qu'il a eu pendant ma détention, s'évapore aussitôt. Mes épaules se relâchent. Sven a raison, cela ne sert plus à rien de lui faire des reproches, nous avons du pain sur la planche qui nous attend, au dehors.
Un timide sourire naît sur mes lèvres pour le rassurer. Cette fois-ci, nous quittons pour de bon les cachots en vue de la cage où les loups sont retenus prisonniers sur la grande place.
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D'azur et d'acier
RomansaLorsque la lune et la déesse Freya décide de jouer les entremetteuses entre deux êtres que 1200 ans séparent, gare à ceux qui se dresseraient en travers de leur projet. Alors qu'Ingrid parvient enfin à s'échapper des griffes de son petit ami violent...
