Chapitre 55
Sven
Je gémis en sentant la main d'Ingrid caresser ma barbe. Je lui ai déjà proposé de la tailler un peu, mais elle m'a affirmé beaucoup l'aimer alors je n'y ai pas touché. Couché sur le flanc, je soupire d'aise, jusqu'à que ce ses doigts me tapotent la joue avec plus de vigueur. Les sourcils froncés, je ne comprends pas son insistance à vouloir me réveiller. Nous sommes enfin réunis, endormis, bien au chaud, alors pourquoi s'entêter à me sortir de ce délicieux moment ?
— Sven ! Sven ! Bon sang, réveille-toi !
Je cligne des yeux à plusieurs reprises pour m'habituer à la lumière environnante. Lorsque je parviens enfin à les ouvrir, je me crispe en comprenant ma méprise. Ce n'était pas la poigne d'Ingrid qui me touchait, mais celle de Folker. Pour le reste, ce n'était qu'un rêve cruel. De mauvaise humeur, je lève un bras pour me débarrasser de mon ami, comme si je chassais une mouche. Je bougonne, les sourcils froncés, mécontente de m'être ainsi fourvoyé.
Lorsque je reviens enfin à moi, la douleur me tord le ventre. Je mets quelques instants à me rappeler pourquoi je souffre ainsi. Puis, les images de la bataille défilent à nouveau dans ma tête. Le sanglier qui rue dans tous les sens, moi qui glisse de son dos, lui qui en profite pour m'empaler avec sa corne. Quel imbécile.
— C'est grave à quel point ?
Folker jette un regard furtif autour de nous avant de se pencher pour me répondre.
— Tu as perdu beaucoup de sang. Mais grâce à ce que tu as ramené de ton voyage avec toi, ta mère a pu recoudre ta plaie.
Je me tourne vers Folker, et l'observe d'un air dubitatif.
— Comment as-tu su ?
— Avant de t'évanouir, tu as parlé de ton sac. Je l'ai immédiatement cherché et fouillé jusqu'à ce que je trouve le nécessaire à couture tout au fond.
J'esquisse un sourire doux-amer en pensant à Ingrid. C'est moi qui suis censé prendre soin d'elle, et depuis notre rencontre, c'est tout le contraire qui arrive à chacune de nos mésaventures. À chaque fois que je suis malade ou blessé, c'est elle qui me soigne. J'avale ma salive avec difficulté en songeant à quel point ma petite suédoise adorée me manque. Sans sa présence à mes côtés, j'ai l'impression d'être amputé de la meilleure partie de moi-même.
Avec beaucoup de peine, je m'assois en poussant un grognement de douleur. Ce simple m'a demandé un énorme effort. Le souffle court, j'ai la tête qui tourne et du mal à respirer correctement. Folker me scrute avec inquiétude.
— Je fais peur à voir c'est ça ?
— Si Ingrid voyait ta sale gueule, je ne suis pas sûr qu'elle accepterait encore de se marier avec toi.
Je m'esclaffe avant de lever mon bras pour bousculer son épaule. Folker se décale pour éviter mon assaut et je grimace en me penchant sans le vouloir en avant.
— C'est mal parti pour botter les fesses de mon oncle, hein ?
Folker ne sait pas mentir, alors à la place, il préfère se taire. Son silence répond à ma question. Je suis dans la merde, et jusqu'au cou. Si prêt du but et voilà que tout est compromis par ma faute... Un filet de transpiration recouvre mon front. Je l'essuie du revers du bras, et m'aperçois seulement maintenant que nous sommes au beau milieu du tunnel.
— Combien de temps, je suis resté inconscient ?
— Toute la journée. Il fait déjà nuit, dehors. Tout le monde est encore à l'extérieur en train de préparer les derniers détails pour le cheval, demain.
VOUS LISEZ
D'azur et d'acier
RomanceLorsque la lune et la déesse Freya décide de jouer les entremetteuses entre deux êtres que 1200 ans séparent, gare à ceux qui se dresseraient en travers de leur projet. Alors qu'Ingrid parvient enfin à s'échapper des griffes de son petit ami violent...
