Chapitre 45

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Ingrid

La bouche grande ouverte, je regarde, abasourdie, Sven lever la main vers la trappe. L'air reste prisonnier de mes poumons lorsque Folker et Egil réussissent à se jeter in extremis sur lui pour l'empêcher de commettre le pire.

— Allez viens, on y va, s'exclame l'un des deux soldats au-dessus de nos têtes.

— T'as raison. Rentrons.

Je pousse un soupir de soulagement en comprenant quelques minutes plus tard, qu'ils sont bels et biens partis. Il était moins une, avant que Sven fasse tomber dans un excès d'orgueil notre plan à l'eau. Le regard noir, il se débat comme un forçat, maintenu de force sous les aisselles par Folker.

— Lâche-moi tout de suite, ou je jure sur le marteau de Thor que... jure-t-il, énervé.

Furieux, le chef de son armée le relâche en le poussant au passage. Sven est projeté en avant et manque de trébucher sur le sol inégal, ce qui ne fait qu'accroître davantage son énervement. Il fait volte-face en toisant Folker de sa hauteur, puis lui assène un violent coup de poing au visage. Sven se jette ensuite sur lui en le traitant de tous les noms. Les deux hommes se battent comme des chiffonniers, couchés sur le sol. Egil tente en vain d'intervenir pour les séparer. Plantée là, je reste stupéfaite par la scène qui se joue devant moi. Ai-je raté un épisode ? Qui est cet homme impétueux au tempérament aussi volcanique qu'imprévisible qui se trouve sous mes yeux ? Et qu'a-t-il fait du Sven que j'aime ?

Exaspérée par son attitude, je décide de sortir du tunnel pour prendre l'air. Personne ne me prête attention de toute manière. Une fois à la surface, je sors avec prudence du faux tumulus pour faire passer mon envie de passer un savon à Sven. La grande majorité de ses guerriers ont été capturés et emprisonnés par son ennemi juré. Alors pourquoi se fâche-t-il avec ceux qui sont encore là ? Sans leur aide, nous n'avons aucune chance de faire plier son oncle.

Un raclement de gorge attire mon attention. Je me retourne et découvre Egil, le regard vissé sur ses pieds. Un sourire étire mes lèvres. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai produit cet effet-là sur quelqu'un.

— Est-ce que tout va bien, là-dessous ? je demande avec mon danois approximatif.

Il acquiesce avec timidité. J'en profite pour détailler ses traits d'adolescents. Un seul petit tatouage court sur son avant-bras, et il n'a pas encore le crâne rasé comme les adultes. Ses cheveux roux sont attachés en une basse queue de cheval.

— Est-ce que cela fait mal ? je l'interroge en désignant le dessin gravé sur sa peau.

Egil jette un coup d'œil derrière lui pour s'assurer que personne ne nous écoute avant de me répondre.

— Je ne devrais pas l'avouer, mais oui, j'ai trouvé ça douloureux. Pour être honnête, je ne suis pas certain d'en refaire d'autres.

— Tu en as tout à fait le droit.

— Les vrais hommes n'ont jamais mal, ou du moins, ne doivent jamais le montrer.

J'aimerais pouvoir lui expliquer qu'un jour les femmes trouveront sa sensibilité craquante, et que la virilité ne se définit pas par l'absence de faiblesses. Mais cela m'est impossible. Je ravale le petit discours féministe qui me brûle les lèvres, en me répétant que je ne dois pas faire de vague dans une époque qui n'est pas la mienne et change de sujet :

— Que penses-tu de cette histoire de cheval de Troie ? J'ai remarqué que tu n'es pas très bavard. En même temps, il faut dire que Folker et Sven prennent beaucoup de place, n'est-ce pas ? je tente de plaisanter pour le mettre à l'aise.

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant