Chapitre 44

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Sven

Les bras croisés, je ris intérieurement en imaginant la tête d'Aesir lorsqu'il verra ses soldats tomber comme des mouches sans comprendre ce qu'il se passe. L'idée d'Ingrid d'empoisonner l'ennemi avec du muguet est juste... incroyable et aussi fourbe et vicieuse que mon oncle.

— As-tu déjà tué quelqu'un de cette façon ? demande Egil en s'adressant à Ingrid.

— Non, jamais. Mais, faites-moi confiance. Je sais que cela va fonctionner. C'est... quelqu'un qui me l'a appris dans mon pays.

Ingrid tourne furtivement la tête dans ma direction, et je comprends sans même que nous ayons besoin de parler qu'elle le sait grâce à son métier de fleuriste. Un travail qui n'existe malheureusement pas à mon époque.

— Je vous propose que nous en cueillions au retour. Il faudra d'abord qu'on fasse sécher les clochettes, puis que nous les broyons afin de pouvoir utiliser la poudre en toute discrétion. En revanche, les effets ne sont pas immédiats, cela met un certain temps à agir. Le plus prudent serait de la verser dans le repas du soir et de provoquer ton oncle en duel le lendemain matin.

— C'est parfait ! se réjouit Egil.

— Vous avez oublié un léger détail, nous fait remarquer Folker. N'oubliez pas qu'il y a probablement un traître parmi ceux qui ont réussi à s'enfuir avec nous. Comment allons-nous justifier ce ramassage massif de fleurs auprès des autres lorsque nous reviendrons à la grotte ? Dévoiler nos véritables intentions ne serait pas prudent.

En pleine réflexion, je me gratte la tête. Folker a raison. Nous devons redoubler de vigilance sur ce coup-là, et nous montrer plus malin que le scélérat qui a rejoint le côté de mon oncle.

— Un cheval de Troie, laisse échapper Ingrid avant de me jeter un regard en coin.

Je comprends immédiatement qu'elle fait référence à quelque chose appris dans le futur.

— Chez les latins, il y a une histoire qui raconte...

Les deux hommes la scrutent, les yeux écarquillés de surprise. Peu d'entre nous ont navigués assez loin pour connaître ou même simplement avoir entendu parler de ce peuple. Et seuls quelques rois fortunés, ont un jour empruntés la route de la soie pour se fournir en épices. Ingrid nous relate la façon dont s'est pris un dénommé Ulysse pour tromper son adversaire, et comment il a réussi l'exploit d'introduire un leurre de cette taille au sein de la forteresse de l'ennemi me laisse pantois. Serait-ce aussi simple que cela de de me débarrasser d'Aesir ?

Son récit me laisse rêveur.

— Cela nous prendrait des mois pour construire quelque chose d'aussi grand, se lamente Egil.

Folker s'esclaffe, tandis que je roule des yeux devant le manque évident d'expérience de son jeune cousin. Du haut de ses seize ans, le pauvre est encore trop jeune pour comprendre que la guerre est plus qu'une question de combats sanglants.

— En revanche, il faut trouver un moyen de glisser les fleurs séchées dans la nourriture sans que personne ne s'en aperçoive, nous fait remarquer Ingrid.

— Je m'en occupe, je déclare d'un ton obstiné.

Folker ricane la tête en arrière. Mécontent de sa réaction, je me raidis, la mine sévère.

— Qu'est-ce qui te fait rire ?

— Sans vouloir te vexer Sven, sais-tu seulement où se trouve la cuisine de ton skalar ?

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant