Epilogue

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Épilogue

Sven

Six mois plus tard...

Le carton que tient Nils entre ses bras, est si énorme que sa tête disparait derrière le paquet.

— Où est-ce que je pose ça, Sven ?

Le souffle court, il vacille sous le poids de la décoration, menaçant dangereusement de lâcher les précieux vases emballés d'Ingrid.

— Attends, je vais t'aider.

Nils ne se fait pas prier et me le tend aussitôt avec soulagement. La tête penchée en avant, et les mains posées sur ses genoux, il expire bruyamment pour calmer sa respiration.

— Seigneur, vous auriez pu me prévenir qu'il fallait que je renouvelle mon abonnement à la salle de sport pour me préparer à ce déménagement.

J'esquisse un sourire devant ses joues cramoisies par l'effort, avant de balayer la fleuristerie du regard à la recherche d'Ingrid. Debout devant le camion loué pour l'occasion, elle aide Malique à décharger toutes ses affaires rapportées de son ancienne maison en Francie.

La mort accidentelle de Lucas a permis à Ingrid de pouvoir retourner en Alsace pour régler les problèmes d'assurance liés à l'incendie de sa boutique. Cela a pris du temps, mais enfin tout est réglé. La somme qu'elle a récupérée lui a permis de trouver un nouveau local, ici à Stockholm, pour rouvrir son entreprise.

J'ai compris à l'étincelle qui brillait dans les yeux d'Ingrid lors de notre visite, qu'elle était déjà en train de tomber amoureuse des lieux. Par chance, l'ancien propriétaire se séparait aussi de l'appartement situé au-dessus de l'échoppe. Un beau logement qui comprenait deux petites chambres ainsi qu'une belle pièce à vivre, dont les grandes fenêtres donnent une vue imprenable sur le lac Mälaren. Quelques jours après, les papiers étaient signés, et nous prévenions Ellen que nous avions trouvé notre chez-nous. Le départ précipité d'Ingrid l'a mise dans tous ses états, et c'est avec soulagement qu'elle nous à nouveau accueilli sans poser trop de questions. Nils lui a expliqué qu'Ingrid avait décidé en dernière minute de me suivre jusqu'au Danemark pour régler des problèmes familiaux. C'est un peu bancal et ça ne justifiait pas pourquoi nous ne lui avons pas donné signe de vie, mais Ellen n'a plus insisté, trop heureuse de revoir sa fille revenir un mois plus tard chez elle.

— Je vais commencer à défaire les cartons.

La mère d'Ingrid saisit le cutter posé sur le comptoir et commence à déballer le matériel acheté par sa fille, tandis que je rejoins Sofia et Jakob, qui arrivent avec des pizzas à la main.

— Le dîner est servi ! lance mon collègue videur en déboulant dans le magasin.

Une bonne odeur de fromage flotte dans leur sillage, attirant Odin qui jusque-là, découvrait son nouvel espace de vie, la truffe au sol. De l'index, je leur indique l'escalier du fond qui mène à l'étage.

— La porte est ouverte. Il doit y avoir des gobelets et des serviettes qui trainent quelque part.

— J'ai une de ces dalles ! s'extasie Nils. Il faut qu'on se dépêche de manger, sinon on va arriver en retard au cabaret.

Ingrid emboite le pas à Sofia en la remerciant d'avoir accepté de nous aider pour le déménagement. Lorsqu'elle passe à côté de moi, j'attrape sa main pour stopper sa marche et l'attire contre moi. Ingrid pouffe lorsque je niche mon nez au creux de son cou pour y déposer un rapide baiser.

— Tu vas me manquer.

— Toi aussi.

Depuis la fin de ma convalescence, je travaille à temps plein à la Cage aux folles. Mes journées sont rythmées par les cours de suédois intensifs que je prends pour ne plus dépendre d'Ingrid au quotidien, et mes soirées à servir au coin VIP du cabaret. Même si Ellen a eu la gentillesse de de nous héberger durant tout ce temps, j'ai l'impression d'à peine avoir vu Ingrid malgré le lit que nous partageons chaque nuit. Ça, plus les allers-retours en Francie et toutes les démarches à faire pour le lancement de la nouvelle fleuristerie d'Ingrid, ces six derniers mois sont passés en un claquement de doigt.

Nous arrivons ensemble dans notre appartement et rejoignons nos collègues de travail, désormais devenus des amis, pour le repas. Une partie du groupe est installée sur notre canapé récupéré aux puces, tandis qu'Ingrid et moi, nous asseyons sur le parquet ancien.

— Qui a la quatre fromages ? elle demande en replaçant la pince dans ses cheveux.

Le mois dernier, Ingrid a fait retirer ses extensions. Elle porte désormais un carré qui lui arrive presque aux épaules, qui je trouve, lui va très bien. De toutes façons, ma femme pourrait arborer une perruque rose sur la tête qu'elle serait toujours la plus belle à mes yeux.

— Moi, lâche Nils en lui tendant la boîte.

Ingrid gémit d'aise en saisissant une part, qu'elle dévore sans plus de cérémonie. Je la regarde fermer les yeux en savourant son dîner et sourit lorsqu'un peu de mozzarella s'accroche à son menton. Elle doit sentir le poids de mon regard, car elle pivote dans ma direction, ses beaux yeux bleus écarquillés

— J'en ai partout, c'est ça ? Désolée, je meurs de faim, je n'ai rien avalé depuis le petit-déjeuner.

Je hoche la tête, avant de prendre ma serviette en papier et de passer un coup sur son visage pour ôter toute trace de notre dîner.

— C'est qui, qui a eu la bonne idée de prévoir l'ouverture de sa fleuristerie à peine une semaine après notre déménagement ?

En guise de réponse, Ingrid se mordille la lèvre. Elle avait tellement hâte de pouvoir recommencer son activité, qu'elle a insisté pour déménager ce week-end, et a décidé d'organiser l'inauguration de sa boutique... le samedi suivant.

Résultats : il y a tellement de cartons autour de nous que nous peinons à avancer dans l'appartement. Et même avec toute la bonne volonté du monde, je ne vois pas comment nous pourrions décemment finir de tout ranger, nettoyer, peindre, arranger la décoration, à temps.

— Avec un peu d'huile de coude, rien n'est impossible, s'exclame Ellen. J'ai posé quelques jours de libre cette semaine pour vous aider. Ce n'est pas tous les jours que sa fille unique ouvre son entreprise.

Le sourcil arqué, je note mentalement cette expression pour demander plus tard à Ingrid ce qu'elle signifie. J'ai beau réfléchir, je ne vois pas quel est le rapport entre la cuisine et toutes les tâches à accomplir en six jours à peine.

— On viendra nous aussi filer un coup de main les après-midis, ajoute Nils. Ça va aller. Et puis, dormir, c'est surfait, non ?

Nous rions tous ensemble à sa plaisanterie, puis discutons de l'ouverture prochaine de l'échoppe d'Ingrid. Sa mine réjouie lorsqu'elle évoque ce qu'elle compte mettre en place dans sa boutique me réchauffe le cœur. Depuis que Lucas n'est plus un problème dans sa vie, Ingrid est plus heureuse que jamais.

— Au fait, tu as trouvé un nom à ta boutique ? la questionne Sofia.

Le sourire aux lèvres, Ingrid se tourne vers moi avant de balayer nos amis du regard. Elle met du temps à répondre pour volontairement faire durer le suspense, ce qui m'amuse tout autant qu'elle, si ce n'est plus.

— Les fleurs de Freya.

Malique et Nils valident tout de suite l'idée, ce qui ne m'étonne pas, puisque seuls eux doivent comprendre le clin d'œil.

Même si nous ne saurons jamais si Ingrid est réellement une descendante de la déesse de l'amour, une partie de moi continue de penser que c'est grâce aux Dieux si nos chemins se sont croisés pour n'en former plus qu'un.


D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant