Chapitre 70

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Ingrid

Dix heures plus tard...

Je me réveille en sursaut, tirée des bras de Morphée par la main de mon cousin, posée sur mon épaule.

— Excuse-moi, je ne voulais pas t'effrayer. J'ai pensé qu'une tasse de café te ferait du bien.

Je me redresse sur ma chaise en plastique et grimace, percluse de courbatures. Mais, j'ai déjà de la chance que l'équipe soignante m'ait autorisé à rester en dépassant allégrement les heures de visite, alors je ne vais pas me plaindre.

— Merci Nils.

Je porte le breuvage chaud à mes lèvres, le regard posé sur le scope qui continue de biper dans un rythme lent et régulier. Dans un sens, voir que les constantes vitales de Sven sont stables me rassure. Puis, mes yeux tombent sur sa silhouette endormie dans ce lit d'hôpital et les larmes inondent à nouveau mes joues.

— Quand est-ce que le chirurgien doit passer ?

Je me tourne vers mon cousin, un petit sourire aux lèvres. Il connaît déjà cette information, puisqu'il est resté ici toute la nuit, pour ne pas me laisser veiller seule au chevet de Sven.

Lorsque j'ai réussi à franchir le portail ouvert par Malique, je me retrouvée projetée en haut du Skinnarviksberget en tenant Sven qui baignait dans son sang contre moi. C'est Nils, alors présent, qui a eu le réflexe d'appeler les secours en prétextant que Sven s'était interposé dans une bagarre pour le défendre, Malique et lui, d'agresseurs homophobes. J'ai honte qu'il ait menti à propos d'un sujet aussi grave, mais c'est grâce à lui, et à la rapidité d'intervention de l'urgentiste, que l'homme que j'aime est encore en vie, même s'il est à l'heure actuelle, intubé.

— À dix heures, je croasse, la voix nouée. Il ne devrait plus tarder

Nils se penche vers moi et dépose un rapide baiser sur le sommet de mon crâne, comme Sven le faisait parfois. Ce simple souvenir déclenche à nouveau en moi un raz-de-marée de tristesse. Je pose le gobelet en plastique sur la table de chevet et sanglote. C'est simple, depuis mon arrivée dans cette chambre d'hôpital, je ne fais que ça.

— Ingrid, vois le bon côté des choses, vous avez réussi à revenir, et ton viking chéri respire !

Un ricanement nerveux m'échappe. Il n'y a que Nils capable de plaisanter dans de telles circonstances. C'est adorable de sa part de vouloir me remonter le moral, mais après ce que j'ai vécu ces dernières semaines, et surtout cette nuit dans le temple, je suis à bout de nerfs.

— Je te rappelle qu'il a été opéré en urgence cette nuit, que le chirurgien lui a retiré la vésicule biliaire, et que sans transfusion, il aurait succombé à son hémorragie.

— Mais ce n'est pas ce qui est arrivé, Ingrid.

J'exhale un long soupir, et me lève pour contempler les immeubles lécher le ciel par-delà la fenêtre. La gorge nouée, je me frotte mes avant-bras pour essayer de stopper les tremblements intempestifs de mon corps, en vain. L'adrénaline continue de fuser à toute vitesse dans mes veines, et à chaque battement de paupières, une terrible image du duel entre Sven et son meilleur ami me frappe à nouveau de plein fouet.

Je passe ma langue sur mes lèvres en expirant pour garder mon calme. Nils n'a pas la moindre idée de ce j'ai dû faire pour réussir à tirer le corps inerte de Sven jusque dans le cercle de sel. Comment vais-je pouvoir vivre avec un tel fardeau sur mes épaules ?

J'ai tué Folker.

Les sourcils froncés, je baisse le menton et observe avec horreur mes doigts. Il reste encore du sang séché sous mes ongles, ce n'est peut-être pas celui de Sven. Je me précipite vers la salle de bain attenante pour ôter les dernières traces de vie à Folker sur moi. Je me savonne les mains, comme si un policier risquait à tout moment de débouler dans le service des soins intensifs pour m'interroger et m'arrêter. Ce qui me fait penser à quelque chose :

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant