Chapitre 51

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Ingrid

La veille au soir...

Trois discrets coups portés contre la porte de la chambre me tirent de ma rêverie éveillée. Je me redresse à toute vitesse de la couche de Sven pour m'asseoir au bout du lit et fixer le battant. Sans attendre ma réponse, une jeune adolescente aux cheveux blonds comme les blés et aux yeux noisette entre dans la pièce. Un gardien posté devant l'entrée recule d'un pas, pour en laisser un autre passer, et déposer une grosse cuve en bois à mes pieds. Un troisième les rejoint, une bassine remplie d'eau chaude entre les mains. Je comprends que je dois me laver, même si c'est le cadet de mes soucis compte tenu de ma situation.

Les hommes sortent de la pièce en me laissant seule avec la jeune fille. Son visage est constellé de taches de rousseur et ses pommettes émaciées me fendent le cœur. Elle ne mange pas à sa faim, et cela se voit. La tête baissée, elle se racle la gorge pour attirer mon attention. En silence, elle verse le liquide brûlant dans la baignoire de fortune, puis ose enfin lever les yeux dans ma direction.

— Si madame veut bien se déshabiller.

Mal à l'aise, je cherche comment lui dire sans la vexer ni lui attirer de problèmes, que je refuse d'être lavée quelqu'un d'autre. Je ne suis pas impotente malgré le fait que je sois percluse de courbatures.

— Comment vous appelez-vous ?

— Olga.

— Enchantée, mon nom est Ingrid. Olga, je ne voudrais pas vous causer du tort, mais je n'ai pas besoin d'aide pour faire ma toilette. À la place, je vous propose de vous asseoir sur le lit et de vous reposer en attendant que je me prépare. Qu'en dites-vous ?

Ses grands yeux s'écarquillent de stupeur. Ce doit être la première fois qu'elle entend une chose pareille de sa vie.

— Je ne peux pas, elle bredouille. Je n'ai pas le droit.

Pendant une fraction de seconde, je me demande si nous ne pourrions pas, Sven et moi l'emmener avec nous à mon époque pour la soustraire à sa condition d'esclave.

— Olga, vous n'êtes pas obligée de répéter ce qu'il se passe entre ces murs, ou bien ?

En guise de réponse, elle jette un furtif coup d'œil par-dessus son épaule, vers la porte. Je comprends alors que justement, si, cela fait partie de ses attributions. Réussir à faire mon alliée risque d'être compliqué.

— Vous a-t-on dit jusqu'à quand, je reste ici ?

Elle secoue la tête par la négative. Un soupir agacé m'échappe. Il faut que je trouve un moyen de gagner sa confiance pour obtenir quelques informations, aussi maigres soient-elles. Olga continue de me fixer en attendant que je daigne entrer dans la cuve. Je m'exécute pour combler ce silence gênant entre nous. Gênée, je frémis en me déshabillant devant une parfaite inconnue. Même si je sais que nous sommes enfermées dans la chambre, je crains que le guerrier posté en permanence devant ma prison dorée l'ouvre sans prévenir.

Les bras croisés sur la poitrine, je pénètre dans la baignoire. La boule au ventre, je prends bien soin de tourner le dos au battant. Avec des gestes mécaniques, Olga s'approche de moi et trempe un linge dans l'eau chaude. Je lui prends des mains en la regardant avec détermination.

— Olga, j'insiste. Asseyez-vous. Reposez-vous. Enlever même vos chaussures, si vous le souhaitez, personne n'en saura rien. Je me dépêche, comme ça vous aussi, vous pourrez vous laver. Qu'en dites-vous ?

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant