Chapitre 65

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Sven

Le souffle court, je me réveille en sursaut en clignant des yeux pour m'habituer à la pénombre ambiante et grimace de douleur en jetant un bref coup d'œil à ma blessure. Le cauchemar qui vient de me tirer de mon sommeil avait l'air si vrai, qu'il me faut quelques instants pour comprendre que ce n'était qu'un mauvais rêve. Je pivote vers Ingrid et constate qu'elle dort encore à poings fermés. Avec douceur, je dégage une mèche de cheveux qui tombe de son visage pour la replacer derrière son oreille. Du revers de la main, j'essuie une perle de transpiration sur mon front moite et me remémorant les atroces images qui défilaient dans ma tête. L'oracle se faisait décapiter par Lucas sous mes yeux, tandis qu'Odin léchait le cadavre encore chaud de sa maitresse au milieu des ruines du temple en Francie. La chair de poule hérisse tous les poils de mon corps. J'essaie de chasser ces funestes pensées en priant au fond de moi nos Dieux pour qu'elles ne soient en aucun cas prémonitoires...

Néanmoins, à l'aube de mon voyage avec Ingrid, un étrange pressentiment m'assaille. Est-ce la peur de cette nouvelle vie qui m'attend qui me met dans cet état ? Ou alors mes craintes quant à l'ampleur des défis qui m'attendent en 2018 ? Combien de temps cela va-t-il me prendre pour apprendre à lire, écrire, ou encore passer mon permis de conduire ? Vais-je passer le reste de mes jours à servir des cocktails affublés d'un déguisement de cow-boy dans un cabaret ? Bien qu'Ingrid ne cesse de me rassurer à ce sujet, je ne suis pas aussi confiant qu'elle, c'est même tout le contraire.

Le regard perdu dans le vide, je me raidis lorsque la voix d'Ingrid me tire de mes réflexions.

— Bonjour, cher mari.

Sa voix encore ensommeillée fait éclore un sourire sur mes lèvres.

— Bonjour, ma chère épouse.

Ingrid s'étire, encore nue, en poussant un adorable gémissement. La couverture glisse sur son ventre en laissant deviner la naissance de sa poitrine. Happée par la contemplation de ses courbes, j'observe le corps d'Ingrid en sentant une autre partie de mon corps s'éveiller elle-aussi.

— Eh, tout va bien ?

Je plaque un sourire de façade sur mon visage et décide de garder mes inquiétudes pour moi. C'est seulement que je remarque que mes sourcils sont froncés et ma mâchoire serrée à m'en faire presque mal. Ce n'est pas la peine d'accabler davantage Ingrid pour le choix que j'ai fait de rester vivre auprès d'elle. Elle doit déjà assez s'en vouloir que je quitte Jelling et mon époque, par amour pour elle.

— J'ai juste fait un horrible cauchemar.

— Peut-être qu'on a un peu trop abusé d'ale hier soir.

Je m'allonge sur le côté et dépose un baiser sur son épaule, avant d'appuyer ma tête sur mon coude.

— Parle pour toi, même je ne vais pas me plaindre que l'alcool rend ma femme chaude comme une lapine.

Ingrid me fusille du regard, la bouche grande ouverte. Offusquée par ma remarque, elle me fait les gros yeux, avant de tirer d'un coup sec sur la couette et de me tourner le dos. D'humeur taquine, je me colle contre ses fesses quand soudain son corps se crispe contre moi.

— Sven ! Mon collier, où est-ce que tu l'as mis hier soir ?

Sans un mot, je me lève et fait le tour du lit pour me poster devant la table de chevet. Je reste muet en apercevant que la pierre de lune n'est pas là. J'étais pourtant certain de l'avoir posé ici.

— Sven, réponds-moi.

Son ton transpire l'inquiétude, et il y a de quoi. Ingrid bondit sur ses pieds en couvrant sa silhouette avec la couverture épaisse. Mon sang ne fait qu'un tour et mon cœur tambourine à mes oreilles en réfléchissant à toute allure. Immobile, je n'arrive pas à bouger, trop concentré à passer en revue dans ma tête mes gestes de la veille. Ingrid n'attend pas que je réagisse pour se mettre à chercher frénétiquement notre précieux sésame. Sans lui, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir réussir à retourner tous les deux à Stockholm.

D'azur et d'acierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant