Sven
Les lèvres pincées, j'examine encore une fois en détail la tenue que je tiens en main avant de l'enfiler. Debout dans le vestiaire du cabaret, j'observe, la mâchoire contractée, le gilet sans manches que Nils m'oblige à porter... torse nu. Il ne recouvre rien, et les franges qui s'agitent à chacun de mes mouvements m'horripile déjà.
Dans mon dos, deux hommes se raillent de moi, sans aucune gêne. Derrière mes paupières closes, je ferme les poings en prenant une grande inspiration pour garder mon calme. Imaginer la réaction que j'aurais eu à mon époque m'apaise. J'aurais collé tour à tour mes deux collègues contre le mur en leur promettant qu'au prochain ricanement, je leur arracherais la langue sur le champ. Simple, rapide et assez dissuasif pour leur faire passer l'envie de recommencer.
Mais en 2018, malheureusement, cela m'est impossible. Je dois réprimer et ensevelir mes pulsions au fond de moi, un exercice de plus en plus difficile. Comme si la perspective de retourner en 870 avait attisé les plus bas instincts que je possédais à mon époque. Il ne me reste plus que vingt-deux jours à attendre avant de pouvoir voyager en sens inverse à la prochaine pleine lune. Il me tarde de me débarrasser de mon oncle, ses sbires, et tous ceux qui d'une manière ou d'une autre, ont participé à l'attaque et le siège de Jelling.
La tête ailleurs, je sursaute quand les deux hommes claquent la porte derrière eux en quittant les vestiaires. C'est vrai que j'aurais pu me montrer plus... avenant en arrivant. Mais entre l'appréhension à l'idée de qui m'attend pour ce premier soir de travail, mes maigres rudiments de suédois pour parler à des étrangers, et mes nuits blanches passées à échafauder le plan parfait pour anéantir Aesir, je ne suis pas au sommet de ma forme.
J'exhale un long soupir, m'habille en toute vitesse, puis sors de la pièce, la tête haute, malgré mon accoutrement ridicule. Quelques mètres plus loin, Ingrid se tient debout dans le couloir et m'attends. Le sourire qui se dessine sur ses lèvres en dit long sur ce qu'elle pense au sujet de ma tenue de travail. Je m'approche d'elle et l'étreint avec délice. Elle pouffe contre moi en m'arrachant mon chapeau des mains, et se hisse sur la pointe des pieds pour le poser sur le sommet de mon crâne.
— Un cow boy sans un Stetson vissé sur la tête, n'en est pas vraiment.
Je grogne dans ma barbe avant de me nicher dans son cou pour sentir les effluves vanillés de son parfum. Depuis que j'ai promis à Ingrid que je reviendrais, je la trouve plus joyeuse, comme si la perspective que nous ne seront séparés qu'un temps limité lui insufflait la force nécessaire pour tout recommencer à zéro, ici, à Stockholm.
— Je n'ai pas compris la moitié de ce que tu as dit.
Mes lèvres se promènent sur sa gorge avant d'attraper une fine bande de peau entre mes dents pour venir la mordiller. Ingrid hoquette avant de s'écarter de moi.
— On ne peut pas se comporter ainsi, ici, elle m'informe, les yeux écarquillés. Sinon, les autres employés de mon cousin vont jaser et raconter que nous sommes traités différemment à cause de mon lien de parenté avec le patron. En revanche, est-ce tu crois que tu pourrais ramener ton uniforme ce soir, à la maison ?
Je plisse un sourcil interrogateur en observant Ingrid.
— Je croyais que j'étais censé le laisser dans mon casier à la fin de notre service.
— Oui, mais... je crois que j'ai envie que tu le gardes... pour plus tard.
Oh. Mon cœur bat un peu plus fort, tout comme une autre partie de mon corps située bien plus bas. D'humeur joueuse, Ingrid plonge son regard dans le mien, avant de se mordre la lèvre de façon exagérée, au ralenti. Mes yeux tombent sur sa bouche gourmande, des images de nos nombreux ébats défilent dans ma tête.
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D'azur et d'acier
RomanceLorsque la lune et la déesse Freya décide de jouer les entremetteuses entre deux êtres que 1200 ans séparent, gare à ceux qui se dresseraient en travers de leur projet. Alors qu'Ingrid parvient enfin à s'échapper des griffes de son petit ami violent...
