"Comment j'ai su que je l'aimais?
Je lui étais fidèle sans même lui appartenir."
PDV de Fatima Soumaya Sylla
Après une bonne douche, je m’habille rapidement et rattrape mes prières. Une fois mon tapis rangé, je me laisse tomber sur mon lit, épuisée. Nous ne sommes que lundi, pourtant j’ai déjà hâte d’être en week-end. Entre les cours et ces rêves toujours plus étranges, j’ai l’impression de ne plus tenir le rythme. Mes paupières se ferment malgré moi, emportées par le poids de mes pensées.
Je me retrouve une fois de plus dans cette étrange vallée. Elle est identique aux fois précédentes. Et lui, encore lui, le même jeune homme, les yeux emplis d’un calme dérangeant. Il s’avance vers moi, un léger sourire aux lèvres.
Moi: Dama lako gnane, rek sou néké sa wakh you compliqué yoyou mola fi indi balma ko. Loumay diangu école rek doyna ma. (S’il te plaît, si c’est encore pour me parler de choses incompréhensibles, laisse tomber. Les devoirs de l’école me suffisent déjà.)
Lui: L’humain qui cesse de réfléchir devient un animal sans but. Et tu n’es pas un animal, n’est-ce pas ?
Moi: Louma lérr ba lérr moy yaw mala guéneu nék nit. (Ce qui est sûr, c’est que je suis bien plus humaine que toi.) Commence déjà par me dire qui tu es, et pourquoi tu hantes mes rêves.
Lui: Je suis le fantôme de leur passé. Celui qu’ils ont sacrifié pour l’argent et le pouvoir. Celui qui ne demandait qu’à vivre, et à qui ils ont offert la mort.
Je suis celui qui ne connaîtra jamais la paix tant que la vérité n’éclatera pas.
Et toi, Fatima, tu es l’Élue. Celle qui doit les arrêter, celle qui doit faire éclater la lumière sur leurs crimes. Le temps presse. Vous devez vous unir. Ils l’ont fait revenir, et il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas détruit les Élus et tous ceux qui entraveront son chemin. L’heure des révélations a sonné.
Des dizaines de questions se bousculent dans ma tête, brûlantes et confuses. Mais avant que je ne puisse en poser ne serait-ce qu’une, je sens le sol se dérober sous mes pieds. Mon corps chute dans le vide comme aspiré par une force inconnue.
J’ouvre brusquement les yeux, haletante, secouée. Devant moi, ma mère me fixe, les yeux écarquillés par une terreur qu’elle ne cherche même pas à dissimuler.
Maman: Mon Dieu… Fatima… Tes yeux…
Moi: Mes yeux ? Qu’est-ce qu’ils ont mes yeux ?
Elle ne répond pas. Elle reste figée, les lèvres entrouvertes, incapable de détourner son regard. Inquiète, je me lève, m’approche du miroir, et là… je reste sans voix. Mes yeux, d’ordinaire noirs, sont devenus gris. Un gris si clair qu’il semble presque transparent, comme traversé par une lumière étrange.
Je devrais paniquer, crier, pleurer peut-être. Mais non. Je me sens étrangement calme. Ce gris m’attire. Je ne parviens plus à décrocher mes yeux du miroir.
Maman: Il faut que tu montres ça à ton grand-père. Il saura quoi faire.
Moi: Mais maman, grand-père n’est pas là… Il…
Maman: Il est en bas. C’est pour ça que j’étais venue te réveiller.
Je descends les escaliers encore troublée, ma mère m’entraîne par le bras avec une urgence que je ne lui connais pas. Mon cœur bat plus vite que d’habitude. J’ignore si c’est à cause de mon rêve ou de ce que je viens de voir dans mes yeux.
Lorsque j’entre dans le salon, je découvre mon père, mon frère et mon grand-père, assis ensemble, en pleine discussion. Leurs rires résonnent encore dans la pièce, mais tout s’arrête net dès qu’ils nous aperçoivent. Ma mère, toujours bouleversée, reste figée près de moi, et tous trois posent leur regard sur moi… ou plutôt sur mes yeux.
Le silence devient pesant.
Ils me dévisagent comme si j’étais une apparition divine. Franchement, ils exagèrent. Oui, mes yeux ont changé de couleur. Et alors ? Ce n’est pas non plus comme si j’avais trois têtes.
Abdel: Fi gua gnew fék gnep tok, guané gnou daguay guiss ay rap, gnou nangou ko. Gua tok ay fane gnewat né daguay wakh ak gnom ba amsi ay kharite. Lolou tamit gnou nangou ko. Tay gua indi ay beut gnou gris lou déss, souba gua sopalikou done rap yaw tamit...
(D’abord, c’était le fait que tu puisses voir les djinns. Ensuite, tu nous as dit que tu pouvais leur parler, et même que tu étais amie avec eux. Et maintenant tu reviens avec des yeux gris bizarres… Il ne manquerait plus que tu sois devenue l’une d’eux.)
Je n’arrive pas à me retenir, j’éclate de rire. Ce gars, vraiment... Il ne sait pas être sérieux une minute ? Il voit pas que la situation est déjà bien assez compliquée ?
Papa: Ce sont sûrement des lentilles, ou… je ne sais pas, quelque chose du genre.
Abdel: Li kay, kouko khôl, khamni dou lentille. Beutou nit deug la… wala beutou rap, fi woroul dé. (Ça se voit que ce ne sont pas des lentilles. Ce sont soit les yeux d’un humain… ou ceux d’un djinn, ce n'est pas sûr.)
Je le regarde de travers. Il hausse les épaules, tout à fait sérieux. Aucun humour dans sa voix.
Un raclement de gorge nous interrompt. Mon grand-père me fixe avec intensité.
Grand-père: Approche, viens t’asseoir près de moi.
Je m’exécute sans discuter. Lui seul, parmi eux tous, peut m’expliquer ce qui m’arrive.
Grand-père: Raconte-moi ton rêve.
Je fronce les sourcils. Comment peut-il savoir pour le rêve ? Je n’en ai parlé à personne…
Moi: Je ne vois pas de quoi tu parles. Je n’ai rien rêvé.
Abdel: Day fén dé. Démb rk wakhon nama ni day guent kou goor koukoy wakh ay wakhou doff. (Elle ment. Hier encore, elle m’a dit qu’elle rêvait d’un homme qui lui disait des choses incompréhensibles.)
Moi: Ay ragalal Yalla, kagn lala wakh lolou.
(Craignant Dieu, pourquoi tu mens comme ça ?)
Maman: Fatima, yaw dal négua. Gnoun gnoy sone di daw sa guinaw pour meneu kham lou la dale. Mais yaw, sa yone si dara watna ni. So oubi woul sa guémign bi wakh sa mame, lane guay guent, digua beug wakh mou teuleu. ( si tu ne dis pas à ton grand père ce qu'il veut savoir, je te fais parler moi même ).
Mom kouko bayi mou menacer ma ?
Moi: Mais ce ne sont que des rêves normal. Rien de plus.
Abdel: Yaw normalo beug say rêves normal… lolou meunoul nék. (Tu veux que tes rêves soient normaux alors que toi-même tu ne l’es pas ?)
Je l’ignore royalement et me concentre sur mon grand-père, dont le regard semble percer au travers de moi.
Grand-père: Comment est-il, cet homme ?
Moi: C’est là que ça devient étrange. Il n’y a rien de vivant en lui. Il dégage quelque chose de… froid, lourd. On dirait la mort. Je pourrais le sentir à des kilomètres.
Papa"choqué": Soubhana Allah…
Abdel: Ay mane li gougnou kay wakhé, mom yamatoul si rap yi. Légui bolé nassi gna déé. (En plus des djinns, elle y mêle les morts maintenant )
Grand-père"en l’ignorant": Et qu’est-ce qu’il t’a dit ?
Moi: Loumou wakh yep kay meunou massé diar. ( Je ne peux pas répéter tout ce qu'il m'a dit.)
Il me fusille du regard, l'air impatient.
Moi: Mais il ne cesse de répéter que je suis l’Élue. Que je dois m’unir à… quelqu’un, je ne sais pas qui. Pour faire éclater la vérité. Il parle comme si un mal revenait et qu’on devait l’arrêter.
Grand-père reste silencieux, les yeux dans le vide. Ses traits deviennent lourds, comme si mes paroles portaient un poids ancien qu’il espérait ne jamais revoir.
Moi: J’avais l’intention de t’en parler… Mais je sentais que je devais continuer à rêver, pour mieux comprendre. La seule au courant, c’est Wafi.
Grand-père: Je comprends. J’ai cru pouvoir te protéger. J’ai cru pouvoir empêcher que cela se produise. Mais je vois à présent que tout cela fait partie de ton destin. Tu es née pour accomplir une mission bien plus grande que ce que tu crois. Malgré tes capacités, j’ai toujours voulu te préserver du mal de ce monde… mais l’heure est venue pour toi de connaître certaines vérités.
Moi: Quelles vérités, grand-père ? Je cherche mais je ne comprends rien à tout ça.
Grand-père: Il y a des vérités que je ne peux pas te révéler. Pas encore. Il vous faudra du courage, beaucoup de patience, mais j’ai confiance en vous.
Je hoche lentement la tête, bien que je ne comprenne pas tout. Une chose est sûre, je suis au cœur de quelque chose qui me dépasse.
Grand-père: Approche-toi. Je vais retirer le sceau… définitivement.
Je m’exécute sans protester. Il pose sa main droite sur ma tête et murmure des paroles dans une langue que je ne comprends pas.
Soudain, une douleur fulgurante traverse tout mon corps. Je pousse un cri aigu, incapable de résister. Tout devient flou. La dernière chose que je perçois avant de sombrer dans l’inconscience… c’est ma mère qui se dirige vers moi.
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RÉVÉLATIONS
De TodoFatima Soumaya Sylla pensait mener une vie ordinaire. Enfin... presque. Depuis son plus jeune âge, elle évolue dans un monde où le mystique se mêle au réel, dotée de capacités qu'elle ne comprend pas entièrement. Mais tout bascule avec l'arrivée de...
