Chapitre 16

72 12 1
                                        




Il aurait pu faire jour comme nuit, qu'elle n'aurait su faire la différence. Sa tête semblait peser bien plus que son corps après toutes ces injections dopantes. Sans même parler de cette poignets dans lesquels elle ne sentait plus le sang passé tant ils étaient étouffés par les chaînes qui la maintenaient. Le plus dur était sûrement les hurlements qui provenaient des autres geôles autour d'elle.
Il s'agissait de cris d'horreur, de terreur, d'agonie qui petit à petit perdait en intensité jusqu'à s'éteindre de manière glaçante.
Sakura était tétanisée de ne serait-ce qu'imaginer ce qui se passait de l'autre côté. Elle était nourrie deux fois par jour par Tayeki mais n'avait vu personne d'autre. Elle se réveillait chaque jour avec l'esprit un peu moins embaumé que la veille, seulement après son premier repas, elle retournait à sa léthargie. Il était évident que c'était par la nourriture qu'elle se faisait droguer. Et si au début, elle avait tenté de ne pas s'alimenter, elle avait vite abandonné l'idée. Il ne lui servait à rien de s'affamer d'autant que jusqu'ici, ils n'avaient en aucun cas profiter de sa léthargie pour lui infliger quoi que ce soit. La pièce était froide et à peine isolée. Elle gisait sur le sol. Et au milieu de tout ça, Tayeki osait lui répéter que tout irait bien et qu'il saurait la sortir de là.
Comme ci ce n'était pas de sa faute à lui si elle se retrouvait ici. Elle n'écoutait presque pas son baratin. Il était d'ailleurs la seule personne qu'elle avait vu jusqu'ici mais dehors, il y avait du monde. Ça elle pouvait l'entendre malgré tout. Et du monde qui semblait souffrir. C'était terrifiant.

Sakura attendait de ce fait avec impatience le moment de recevoir chaque jour son plat contenant la morphine qui la rendait absente mentalement. Elle avait fini par préféré cette léthargie aux bruits d'agonie permanents qui l'entouraient. L'humidité était tellement pesante qu'elle se sentait enrobée de suie. Personne d'autre ne venait, ne serait-ce même pour la torturer ou autre. Elle était totalement déconnectée de l'extérieur. Dans ses faibles moments de conscience, l'ironie voulait qu'au lieu de penser à comment survivre, dans sa tête, il n'y avait que l'image d'un homme aux cheveux bruns qui lui manquait atrocement.

Parviendrait-il une fois de plus à la sauver ? Ce serait bien mais valait mieux rester réaliste pour éviter le contrecoup de la désillusion. S'il fallait vraiment qu'elle meurt ici, elle aurait au moins aimé avoir pu se vanter d'avoir vécu une vie incroyable, ce qui n'était même pas le cas d'ailleurs.
Peureuse et effacée, elle avait toujours refusée de prendre des risques ce qui lui avait valu une existence des plus monotones qui soit.

Le bruit de la porte de sa geôle retentit, certainement Tayeki, elle ne daignait même pas bouger, après tout elle avait enfin trouvé une position agréable en dépit de ses grandes chaînes qui l'entouraient. Elle sentit une main dégagée brusquement de son visage, l'épaisse masse de cheveux qui lui dissimulait le visage. Elle se figeait soudainement.

Non, ça ne pouvait être le médecin. Il n'était jamais brusque, paradoxalement.
Son regard rentrait en contact avec un total inconnu aux yeux bleus. L'empoignant par les cheveux, il la redressait d'un coup. Sakura ne put retenir le cri de douleur qui franchit ses lèvres.

« - Puisque personne n'en a le cran, il faut toujours que je me charge du sale boulot. »

Ce n'était pas Tayeki. Et rien qu'à la violence de cette main, elle comprit qu'elle allait regretter de s'être réveillée.

____

A des lieux de là, un commandant par défaut, épluchait des écrits qui allaient dans tous les sens. Sous ses yeux on pouvait lire les marques d'une fatigue d'au moins deux semaines et sur son bureau on pouvait compter une dizaine de tasse de thé achevée. Il avait le sommeil perturbé à quoi bon y perdre du temps de toute façon. Il préférait investir son énergie dans les enquêtes d'autant que la pression montait de plus en plus.

PansementsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant