Chapitre 14

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Amalia De Castro

Je sens la terre lourde, humide, pesante contre ma peau, comme une couverture épaisse qui m'écrase lentement. Mes doigts se tendent, cherchant à percer la croûte sombre qui m'enserre. Un bruit sourd, comme un frémissement, s'échappe de ma gorge alors que je commence à émerger. La terre cède peu à peu, mes bras se déploient, mes jambes se tendent dans un mouvement étrange, maladroit.

L'air me brûle les narines, un air froid, un air pur... Une sensation d'oubli et d'urgence m'envahit. Je suis ici, en vie, mais je ne sais pas exactement comment. J'ai l'impression que mes pensées, mes souvenirs, se mélangent à la terre que je chasse de mon corps, comme une boue qui se dissipe.

Je me redresse lentement, je suis dans un endroit que je ne reconnais pas vraiment, mais qui pourtant me semble familier. Des arbres, des pierres, le ciel au-dessus, mais tout semble déformé, comme si j'étais à la fois dedans et dehors, comme une spectre qui n'a pas encore trouvé sa place. Ma peau est rugueuse, presque vivante, parcourue de légères pulsations, comme si la terre elle-même m'avait redonné vie.

Je sens la puissance qui coule en moi, une énergie sauvage et ancienne, mais aussi une fragilité, une hésitation. Qui suis-je ? Pourquoi suis-je là ? Des questions qui flottent dans mon esprit, des bribes d'images, de sensations, de douleurs lointaines, tout cela m'échappe encore.

— Delantre !

C'est l'unique mot qui me vient à l'esprit. Delantre, Delantre, Delantre ! Cette litanie me tient en vie. Je commence à marcher, touchant mon corps sale, mes doigts empestent la terre, l'humidité et la mousse. Je trouve mon cou, ma peau rencontre quelque chose de boursouflé par endroit, deux lignes inégales qui se joignent aux extrémités. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir comment je me suis retrouvée avec ces lignes boursouflées sur le cou.

Je continue mon chemin, ignorant tout des terres que je foule, quelque chose d'autre me guide, quelque chose qui pousse mon subconscient et mon cœur dans cette direction. Plus je marche, plus je prends conscience de mon environnement, jusqu'à tomber sur un arbre gravé d'arabesques et de lettres. Ohana.

— Ohana veut dire famille...
— Et cela veut dire que personne ne doit être oublié, complétais-je sans réfléchir.

Je fais volte face et tombe sur un homme aux cheveux noir et aux yeux cobalts qui... Qui doit être mort !

— Papa ?

Felinka Klein

Je la sens, son essence... Je regarde le corps inanimé d'Amalia, je la ressens. Je ressens ses soufflés, les battements de ses cils comme si elle était face à moi... Je sens son parfum, je peux sentir la texture de ses cheveux et de sa peau.

— Sert toi de moi Felinka, entendis-je dans mon dos, sert toi de moi pour te venger du Conseil et pour sauver Amalia des Lymbes des Oubliés.

Je me retourne pour regarder Britney et son expression suppliante. Elle s'approche, attrape mes mains dans les siennes pour les tenir entre nous deux.

— Utilise-moi comme tu le souhaites mais ne les laisse pas reprendre le contrôle de mon esprit et de mon existence, je t'en prie.

Je suis d'abord surprise de son initiative avant d'être touchée par cette forme de dévouement, Britney se jetterait sur la première femme qui la protègerait des hommes, de ces pourritures de chromosome XY qui l'ont traumatisée a bien des égards, de bien des façon.

— Les Lymbes des Oubliés ? demandais-je incertaine.
— Elle est là-bas, murmure-t-elle, un monde parallèle créé par les sorcières pour la Grande Faucheuse primaire.

𝐊𝐈𝐋𝐋𝐄𝐑 𝐐𝐔𝐄𝐄𝐍 [𝐓𝐄𝐑𝐌𝐈𝐍𝐄́𝐄]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant