Amalia De Castro
Courir est devenu presque instinctif pour moi. Une habitude, un réflexe gravé dans mes muscles. Et pourtant, à l'école, j'étais la dernière à franchir la ligne d'arrivée, rouge comme une tomate et prête à m'évanouir à la première montée. En temps normal, je déteste ça. Mais là, dans cette forêt aux ombres mouvantes, je me sens étrangement à ma place.
Je slalome entre les troncs massifs qui s'élèvent bien au-dessus de ma tête, comme des piliers anciens. L'odeur d'humus, le craquement discret des feuilles sous mes pas, le sifflement de ma respiration dans l'air froid... tout se mélange dans une concentration presque animale. Mon souffle est court, mon œil aiguisé, mon cœur tambourine comme un tambour de guerre.
Ma proie est rapide, agile. Trop agile pour que je puisse compter seulement sur mes jambes. Alors, j'use de ce que je n'ai jamais vraiment utilisé auparavant, pas consciemment du moins, soit ma voix.
— Stop !
Ma voix se dédouble. Elle vibre dans mes os, s'enfonce dans ma cage thoracique, se répand dans mes nerfs comme un éclair. L'onde sonore fuse, invisible mais palpable, et frappe l'ombre devant moi avec la force d'un coup de massue. Elle s'écroule sur le sol moussu.
Je pousse un cri bref, sec, vers le bas, et une nouvelle onde me propulse en avant. Je bondis, atterris dans un roulé maîtrisé, juste à côté du corps que je traque depuis trente bonnes minutes.
Je ne perds pas une seconde. Mes genoux se posent de part et d'autre de ses hanches, mes mains attrapent ses poignets et les plaquent contre le sol. Mes ongles s'enfoncent dans la terre humide, comme pour y puiser un appui supplémentaire. Felinka me fusille du regard, ses lèvres entrouvertes laissant échapper un souffle irrégulier. Même dans cette position, elle dégage cette beauté crue et intemporelle mais là, essoufflée et immobilisée sous moi, c'est encore plus envoûtant.
— Perdu, petite vampire, souris-je victorieuse.
— Après trente minutes, il était temps que tu me mettes la main dessus, réplique-t-elle, le regard pétillant. Tu veux rester plantée là longtemps ou tu me relâches ?
Je me penche, rapide comme une morsure, et effleure ses lèvres d'un baiser trop furtif pour qu'elle ait le temps de réagir.
— Shhh, grogne-t-elle, à moitié agacée. Reviens par là, j'ai pas eu ma dose.
— Toxicomane.
— Comment ne pas l'être quand il s'agit de toi, Liebe ? souffle-t-elle, avant de forcer brusquement et de renverser notre position.
Je jure entre mes dents. Elle m'a eue. Encore. Rivaliser avec une vampire de huit siècles quand on est juste une banshee en formation... pas évident.
— Oh... ton sourire n'augure rien de bon, murmuré-je en croisant ses yeux brillants.
— Si nous n'étions pas censées aller à l'anniversaire de Morana, crois-moi, tu aurais fini avec de sacrées difficultés pour marcher, répond-elle simplement.
Je roule des yeux. Moi aussi, je préférerais mille fois m'envoyer en l'air que de me pointer à cette réception qui sent déjà la peur et l'hypocrisie à plein nez. Morana ne le sait pas encore, mais elle va fêter ses mille ans avec nous.
— Ce n'est que partie remise, chaton, soufflé-je en me redressant. Après tout, nous avons l'éternité pour explorer toutes les positions du Kamasutra...
— Et peut-être en inventer quelques-unes, réplique-t-elle avec un sourire salace.
Nous reprenons la route vers le manoir, rapides comme le vent. Contrairement aux films et aux séries, il n'y a pas de ralenti pour me permettre d'admirer la noirceur de ses cheveux flottant derrière elle ; tout ce que je perçois, c'est une ombre mouvante, fluide, aussi rapide qu'un guépard.
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𝐊𝐈𝐋𝐋𝐄𝐑 𝐐𝐔𝐄𝐄𝐍 [𝐓𝐄𝐑𝐌𝐈𝐍𝐄́𝐄]
Roman d'amour𝐒𝐞𝐮𝐥 𝐮𝐧 𝐯𝐚𝐦𝐩𝐢𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐭'𝐚𝐢𝐦𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥'𝐞́𝐭𝐞𝐫𝐧𝐢𝐭𝐞́ Amalia De Castro incarne le Wokisme par excellence : féministe, têtue, indépendante et franche, mais avec un cœur tendre. Professeure de littérature dans une petite f...
![𝐊𝐈𝐋𝐋𝐄𝐑 𝐐𝐔𝐄𝐄𝐍 [𝐓𝐄𝐑𝐌𝐈𝐍𝐄́𝐄]](https://img.wattpad.com/cover/380391619-64-k783064.jpg)