Felinka Klein
Nous sommes finalement arrivées à la fac à l'heure pour nos premières heures respectives. Enfin, je commence une heure après elle alors je me suis dirigée vers la salle de repos afin de récupérer les copies de ses élèves pour ensuite monter dans mon bureau. La mise à disposition de bureau en binôme ou personnel est vraiment quelque chose que j'ai immédiatement aimé dans la fac.
L'autre enseignante chercheuse avec qui je partage le mien, Sienna Calendura, n'est que très rarement, voir jamais, dans le bureau si bien que je ne serais même pas capable de la reconnaître, la faute aussi à mon irrépressible envie de voir Amalia sans arrêt et donc ma non-présence dans ce bureau.
Je découvre le devoir avec un corrigé qu'elle a fait, c'est parfait ! Je n'aurais qu'à comparer ce que ses élèves ont marqué à ce qu'elle attendait et, la connaissant, elle ne rechignerait pas sur les tournures de phrases parfois étranges.
***
Je souffle et m'étire, c'est bien la première fois que je m'attèle à la correction de cinquante copies de quatre pages chacune en moins d'une heure. Il est neuf heure quarante et il ne me reste qu'un mince paquet, sûrement une dizaine de copies maximum.
J'entends la porte du bureau s'ouvrir et découvre ma collègue. Sienna est une femme très belle mais visiblement âgées. Ses cheveux poivre et sel entourent un visage marqué par la vie, avec des rides du sourire et celle du lion. Elle n'est pas très grande mais a un style à la française assez rétro. Quand je la regarde, je revois la France de la libération.
— Oh bonjour, c'est donc vous la fameuse Felinka Klein, m'apostrophe-t-elle.
— Fameuse ? Je ne sais pas comment je dois prendre cela mais oui, vous êtes donc Sienna Calendura.
— Absolument ! Votre nom fait débat très chère et j'avoue qu'en quarante ans je n'ai jamais entendu autant jaser sur une ou un collègue.
Quarante ans d'expérience à la fac ou dans le métier ? Je sais que pour arriver ici j'ai dû passer plus de dix ans dans le secondaire avant de produire une thèse sur l'évolution de la littérature depuis le seizième siècle, je sais aussi que mon parcours n'est pas la seule possibilité... Et puis je m'en moque.
— Et bien tant que l'on ne vient pas me chercher j'imagine que je m'en moque royalement !
J'espère secrètement qu'elle se taise mais non, elle revient à la charge en m'expliquant combien les paroles à mon égard mêlant admiration et dégoût.
Ouais, dégoût, j'allais te le dire... Les humains et leurs manies de toujours chercher la petite bête quand tout va bien...
Pour lui faire comprendre mon désintérêt total, je retourne a mes corrections, enfin à celles d'Amalia... Elle s'approche pour s'asseoir face à moi, m'observant silencieusement jusqu'à ce que je relève les yeux vers elle.
— Quoi ?
— Vous n'êtes pas très bavarde, constate-t-elle.
— Non absolument pas, claquais-je.
Mon portable vibre, je le prends, c'est un message d'Amalia et je n'ai nullement besoin de le lire pour sentir la chair de poule parcourir mon corps de façon désagréable au possible.
J'ouvre le message sans offrir plus de mon attention a cette collègue qui parle beaucoup trop.
Felinka... Vient en salle B103 MAINTENANT
Je ne perds pas de temps et saute de mon siège pour quitter le bureau sans me soucier un instant de cette Sienna qui m'appelle vainement.
Je trottine dans les couloirs pour aller à une vitesse humaine et passe par les passerelles extérieures pour rejoindre le bâtiment indiqué par Amalia sans perdre plus de temps que nécessaire.
Je dévale les escaliers pour passer du second au premier étage et cherche la salle B103 avant de devoir faire tout le couloir pour enfin trouver cette satanée salle dont la porte est close.
Je l'ouvre à la volée et tombe sur un spectacle des plus macabre, Amalia retient la tête d'un homme allongé dans une mare de sang écarlate. Ses yeux sont ressortis de leurs orbites, le sang s'échappe de cet endroit, de son nez et de ses oreilles sanguinolentes.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? Demandais-je en refermant la porte derrière moi.
— Je... Je ne sais pas, il s'est approché et ensuite j'ai paniqué et il... Il est plein de sang putain !
Sa panique fait augmenter le rythme de mon palpitant, qu'est-ce qui s'est passé ici ? Je m'approche observer l'homme, sa chemise est décorée de l'insigne du Conseil... Oh la merde !
— Amalia tu viens de tuer un conseiller, murmurais-je avant de lever les yeux vers elle.
Je ne reconnais pas l'étincelle qui brille dans ses iris, elle respire le danger, l'inexorable puissance ancienne, qui vibre dans ses yeux et cette malice... Tout mon être crie au désir, à l'envie d'assouvir une nouvelle faim, celle de nos peaux qui se touchent, de nos lèvres qui se goûtent, de la plus primitive des envies.
— C'était donc une menace, conclut-elle sans une once de pitié.
Elle essuie ses joues avant de s'avancer à quatre pattes vers moi, ne se souciant plus du corps gisant là. Elle se glisse à califourchon sur mes jambes pour écraser ses lèvres sur les miennes.
Je n'arrive pas à savoir si je trouve cela excitant ou très malaisant vis-à-vis du cadavre encore chaud mais je réponds à ce baiser avec autant de ferveur qu'elle. Elle mord ma lèvre inférieure avant de s'écarter. Son regard a viré à l'or le plus brillant que j'ai pu voir, au plus précieux des métaux. Il luis de danger, de primitivité et je ne sais pas comme l'interpréter, comment faire face à cette nouvelle menace car j'en suis sûre, l'Amalia face à moi n'est pas ma petite humaine douce et empathique.
— Je suis morte, annonce-t-elle telle une sentence.
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𝐊𝐈𝐋𝐋𝐄𝐑 𝐐𝐔𝐄𝐄𝐍 [𝐓𝐄𝐑𝐌𝐈𝐍𝐄́𝐄]
Romance𝐒𝐞𝐮𝐥 𝐮𝐧 𝐯𝐚𝐦𝐩𝐢𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐭'𝐚𝐢𝐦𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥'𝐞́𝐭𝐞𝐫𝐧𝐢𝐭𝐞́ Amalia De Castro incarne le Wokisme par excellence : féministe, têtue, indépendante et franche, mais avec un cœur tendre. Professeure de littérature dans une petite f...
![𝐊𝐈𝐋𝐋𝐄𝐑 𝐐𝐔𝐄𝐄𝐍 [𝐓𝐄𝐑𝐌𝐈𝐍𝐄́𝐄]](https://img.wattpad.com/cover/380391619-64-k783064.jpg)