Quelques années plus tard.
Je me suis réveillée avant que la lumière ne frappe le sol à travers le petit trou dans la porte. Comme tous les jours.
Mon matelas est fin. Mon oreiller, si je peux appeler ainsi le teeshirt que j'ai enroulé en boule, ne soutient pas ma tête. Et pourtant, ce matin, je m'y suis accrochée comme à une bouée.
Parce que je sais.
C'est la dernière fois.
La dernière fois que je m'éveille dans cette putain de cellule.
La dernière fois que je compte les fissures sur le plafond, les éraflures sur les murs, les battements de mon cœur pour tromper le silence.
La dernière fois que je fais semblant d'être de pierre.
Je soupire et me lève doucement. Chacun de mes gestes est répétitif, ritualisé. J'ai réappris à survivre ici. À faire de la routine une armure. J'attends environ une dizaine de minutes avant d'entendre les pas de Pattinson, un des gardiens. Il tape sur la porte et je mets les mains en évidence à travers la trappe qui est en plein milieu de la porte blindée. Il me passe les menottes et je recule avant que la porte ne s'ouvre.
Pattinson: Tu sais que c'est aujourd'hui ?
Je hoche la tête.
Il ne dit rien d'autre. Il me regarde un moment de plus, puis avance. On s'est tout de suite bien entendu. Il n'a jamais été cruel. Il ne sait pas montrer trop gentil non plus compte tenu de son travail. Juste... un homme qui a vu trop de femmes perdre la tête dans cette aile. Moi, je suis restée droite. Même quand je tremblais à l'intérieur. J'ai tenu, pour ma famille. Mais il s'est montré particulièrement bon avec moi.
Je le suis jusqu'à la douche. L'un des seuls avantages de l'isolement. Nous prenons notre douche après les autres détenus ce qui fait que nous ne sommes que cinq femmes dans ces grandes douches.
Il y'a trois ans, après avoir avoir remis la clé usb et les aveux de mon oncle au FBI, j'ai été arrêté, jugé et remis en prison pour purger la peine en rapport avec mon évasion puisque j'ai été acquittée des charges qui pesaient contre moi concernant le meurtre de la fille. J'ai été placé en isolement au bout de quelques mois puisque je me suis battue et j'ai été poignardée. Ça fait trois ans que je n'ai aucun contact avec l'extérieur, pas même une visite ni un appel.
Je termine rapidement ma douche, me rhabille et attends patiemment les gardiens. Ils viennent quelques minutes plus tard et nous ramènent dans nos cellules. Une fois les mains libérées, je souffle et passe mes mains sur mon visage. Je n'ai plus peur des miroirs. Parce qu'ici, y'en a pas. Alors je suis devenue ce que je sens, pas ce que je vois. Je plie ma couverture. Parfaitement. Par habitude.
La matinée passe. Lentement. Trop lentement.
Je range ce qu'il me reste. Toutes les lettres que j'ai écrites, un bracelet en fil tressé que j'ai fait pendant une nuit d'insomnie. Et cette photo. Froissée. Délavée. Moi et eux. Les garçons. Aneria. Avant que tout explose. Je m'assois, le dos contre le mur, les yeux fermés. Et les souvenirs remontent. Comme des vagues.
La mort de mes parents. Lui. L'arrestation. Le procès. L'isolement. L'évasion. Le froid. Le silence. Les cris qu'on n'entend pas. Les jours sans fin. Les lettres jamais envoyées. Les larmes qu'on ravale. Les rêves qu'on enterre.
Mais aussi ma voix intérieure. Celle qui m'a dit chaque jour : Tiens bon. Reste debout. Ne leur donne pas ta dignité.
Je suis Pattinson avec les autres détenues et il nous guide au réfectoire. Je m'assieds après qu'une surveillante me tende un plateau. Je ne mange pas. J'ai la gorge nouée. Le goût de la peur. Pas la peur de rester. La peur de partir, parce que l'extérieur, c'est inconnu maintenant. Je termine rapidement mon repas, débarrasse et retourne dans ma cellule dans un mot.
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MERCEDES
RomansaOn dit souvent que la mort est l'un des remèdes à la souffrance, à la douleur. Qu'il y a des souffrances que seule la mort peut soulager. Eh bien, je pense que c'est la realité. Après tout, vaut mieux abréger la vie de quelqu'un qui souffre contin...
