Wang Yi Li se réveilla tard ce matin-là, allongée sur un lit qu'elle jugeait trop dur, trop étroit, et surtout indigne de son rang. Le voile de soie qui recouvrait le baldaquin n'avait ni la finesse ni la couleur éclatante de ceux auxquels elle était habituée. Elle tendit un bras paresseux et sa main glissa sur le drap frais, mais la sensation ne lui apporta aucun réconfort. Elle poussa un soupir agacé et se redressa lentement, comme si chaque geste devait exprimer sa contrariété.
- Linghua, dit-elle d'une voix traînante, pourquoi cet endroit m'accable-t-il de sa médiocrité dès l'aube ?
Sa fidèle servante accourut, tenant un plateau d'argent où fumaient des tasses de thé délicatement parfumé.
- Princesse, il ne faut point dire cela. Ce pavillon est considéré comme l'un des plus raffinés de l'aile orientale.
Yi Li prit la tasse, la porta à ses lèvres, puis reposa aussitôt le breuvage avec dédain.
- Raffiné ? Ce thé est tiède. La porcelaine est épaisse. Et regarde ces tentures ! s'exclama-t-elle en désignant le paravent voisin. Elles n'ont ni éclat ni profondeur. Les artisans de Shuǐjīng auraient été fouettés pour moins que cela.
Linghua baissa la tête, soumise. Mais Yi Li n'attendait pas de réponse. Elle parlait pour se convaincre elle-même que rien ni personne ici ne saurait l'égaler.
Elle se leva et marcha pieds nus jusqu'à la fenêtre. Les jardins s'étendaient au-dehors, harmonieux, entretenus avec soin, mais leur beauté réglée, presque militaire, la dérangeait. À Shuǐjīng, ses propres jardins n'étaient qu'exubérance, parfums rares, oiseaux exotiques. Ici, tout semblait contenu, discipliné, mesuré.
- Un empire d'hommes sans imagination... murmura-t-elle. Ils croient que l'ordre suffit à remplacer la grandeur.
Ses yeux s'assombrirent. Un silence pesa dans la chambre, seulement troublé par le bruit discret de Linghua qui pliait les vêtements de sa maîtresse.
Yi Li finit par briser ce silence d'un ton sec :
- Rappelle-moi pourquoi je suis ici.
- Votre Majesté, répondit Linghua avec prudence, vous avez été choisie pour devenir l'épouse du prince qui remportera le tournoi des talents.
Yi Li ferma les yeux, irritée par cette vérité qu'elle n'avait pas choisie.
- Choisie. Comme si j'étais un pion sur l'échiquier de mon père. Une offrande envoyée pour calmer la colère de cet empire.
Ses lèvres se retroussèrent en un sourire amer.
- Mais ce qu'ils ignorent, c'est que le pion que je suis peut devenir reine.
Elle s'assit devant son miroir de bronze, saisit une épingle d'or et la fit tourner entre ses doigts. Son reflet lui renvoya une image qu'elle adorait : la beauté d'une fleur fragile, mais au cœur dur et épineux.
- L'un de ces princes sera à moi. Pas par hasard, pas par volonté divine. Mais parce que je le déciderai. Et si je dois m'allier à d'autres serpents pour y parvenir... qu'il en soit ainsi.
À cet instant, un bruit discret interrompit ses pensées. Une servante entra, les mains jointes, et s'inclina profondément.
- Princesse, un message pour vous.
Yi Li tendit la main sans un mot. Le pli était petit, scellé d'une cire rouge sans armoirie. Elle déchira l'enveloppe avec impatience, déplia le papier et lut rapidement.
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Noces d'orient 2.
FantasyLe tournoi est sur le point de commencer, les résultats seront décisifs. Mais alors que nos deux amoureux s'apprêtent à se jeter dans la bataille, ils n'ont aucune idée que la tempête est loin d'être passée
