Le parfum épais des encens embaumait la chambre de Lao Ye, étouffant presque la fraîcheur du soir. Hwa Lin était accroupie près de lui, une serviette imbibée d'onguents à la main. Les cicatrices sur le visage du prince s'étaient assouplies ; la chair, autrefois livide et rongée, avait repris des teintes plus humaines. Quand elle passait le linge humide sur son front, les gardes eux-mêmes semblaient moins se détourner de dégoût.
Mais l'ombre dans ses yeux, elle, n'avait pas disparu.
- Assez... soupira Lao Ye en détournant la tête. Mes plaies se referment, je respire mieux. Mais tout cela n'est rien... si je ne peux pas être homme.
Hwa Lin s'immobilisa. Ses doigts tremblèrent légèrement avant qu'elle ne les ramène contre elle, comme une simple servante effrayée. Intérieurement, son esprit était une tempête. Elle savait que ce jour viendrait, que le prince parlerait enfin de ce que tous chuchotaient.
- On murmure... reprit Lao Ye, la voix basse, rauque, qu'aucune femme ne peut plus me satisfaire. Que je ne peux plus donner d'héritier. Est-ce vrai ?
Ses yeux brûlaient, pas de fièvre mais d'orgueil blessé. Hwa Lin baissa les siens, jouant l'embarras et l'humilité. Elle prit un papier, écrivit quelques mots d'une main hésitante :
"Il est trop tôt pour dire. Le corps guérit lentement. Il faut du temps."
Lao Ye lut, et ses lèvres se crispèrent.
- Toujours du temps... cracha-t-il. Des semaines que j'attends ! Que puis-je faire d'un visage cicatrisé si je ne peux pas engendrer ? Aux yeux de mon père, je suis déjà mort...
Hwa Lin recula, posant les mains au sol, la tête baissée. Son rôle exigeait la peur, mais en elle, la peur était double : peur de voir son masque craquer, peur aussi de ce que Lao Ye deviendrait s'il comprenait qu'il ne serait jamais guéri de ce mal-là. Car Hwa Lin le savait : l'impuissance qu'il redoutait n'était pas une simple conséquence du poison, mais la marque d'un mal irréversible, pensé, voulu.
"Il est prisonnier de ses propres illusions," songea-t-elle, mais un prince qui se sent trahi peut toujours s'avérer utile pour notre cause."
Elle effleura de nouveau sa plume et ajouta :
"Votre Altesse doit garder courage. Le banquet approche. Montrez-vous fort, et les doutes s'apaiseront."
Il la fixa longuement, ses yeux rougis luisant d'une rage contenue. Puis, d'un geste brusque, il repoussa la tablette de bois.
- Dégage.
Hwa Lin s'inclina profondément, ramassa ses instruments et quitta la pièce, les épaules basses, le pas mesuré comme une ombre effacée. Mais son cœur battait à tout rompre.
Dans ses appartements, la lampe à huile n'avait pas encore été allumée. Elle referma la porte, tira le loquet... et une silhouette se détacha de l'ombre.
- Tu reviens tard, chuchota Mo Yuan en se redressant du coin où il s'était caché.
Hwa Lin porta aussitôt un doigt à ses lèvres, puis s'agenouilla pour tirer le coffre bas où elle rangeait ses fioles. Elle fit mine de fouiller, tandis que Mo Yuan approchait.
- Le banquet est demain, reprit-il doucement. Et tout bouge plus vite qu'on ne l'imaginait.
Hwa Lin, sans relever la tête, souffla presque sans voix :
- Dis-moi.
Mo Yuan s'accroupit près d'elle. Son regard brillait dans la pénombre.
- Mo Han est bien installé au ministère des rites. Il tisse déjà ses fils : les cérémonies, les archives, tout finira par passer par lui. Avec son sceau, il pourra légitimer n'importe quelle alliance, n'importe quelle nomination. C'est une arme discrète, mais redoutable.
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Noces d'orient 2.
FantasyLe tournoi est sur le point de commencer, les résultats seront décisifs. Mais alors que nos deux amoureux s'apprêtent à se jeter dans la bataille, ils n'ont aucune idée que la tempête est loin d'être passée
