*Moretti*

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16. Blood

La lumière du jour m'aveugle et me sort de mon sommeil. Un grognement échappe à ma bouche tandis que mon corps se redresse. La solitude me saute aux yeux. Rachelle n'est plus là et les draps sont froids au niveau de la place qu'elle occupait. Je passe une paume sur mon visage et dans ma chevelure écarlate en me maudissant. Les souvenirs d'hier soir tournant en boucle dans mon cerveau, je me lève et quitte la chaleur des couvertures. Mes habits de la veille encore sur moi, je souffle.

M'endormir après avoir fondu en larmes, alors qu'il y avait le chaos au rez-de-chaussée. Alors qu'il y avait un prisonnier, une rousse énervante et du sang sur le marbre blanc. C'est pathétique. Je n'aurais pas dû perdre le contrôle. Je n'aurais pas dû m'effondrer.

Mon humanité n'aurait pas dû refaire surface...

Rapidement, je prends des vêtements, quitte la chambre et file à la douche. L'eau brûlante décontracte mes muscles bandés de stress, d'amertume et de regret. J'augmente la chaleur et son mordant me fait grimacer. Mes cicatrices crient de douleur, mon épiderme rougit et le plaisir me tord les entrailles. Ma conscience est brisée, mon cerveau convertit la souffrance en bien-être. Je me hais, je hais le monde. Je hais la famille Woods. Les responsables de mon malheur, de ma décadence. Mon esprit est en contradiction permanente. La part la plus sombre de moi hurle et aime la violence que je m'inflige. Que j'inflige aux autres. La partie la plus humaine, à contrario... Elle est la créatrice de la haine, du dégoût qui me ronge lorsque mon cerveau n'arrive pas à laisser le monstre au premier plan.

Comme si deux personnes vivaient en moi...

Comme si Aria se débattait, essayait de revenir et m'imposer ses émotions beaucoup trop compatissantes pour les actes que je commettrai dans l'avenir. Je n'ai pas de dédoublement de personnalité mais bordel... C'est tellement plus simple de personnifier mon moi du passé qui lutte pour me ramener dans la lumière.

Lumière que je ne veux plus voir. La noirceur me colle à la peau. Les pulsions sombres ont toujours été présentes. Le seul regret qui me transperce à un point que la douleur n'est pas agréable... c'est de me dire que je ne suis que la création d'Aaron Woods. Le monstre en moi n'a pas été libéré de mon plein gré. Ce n'est pas moi qui l'ai apprivoisé.

C'est Aaron.

Il m'a fait avancer, libéré ma vraie nature. Il m'a torturée pour que la douleur ne soit plus synonyme de peur. Il a créé la machine que je suis. La femme forte que j'ai toujours voulue être. Il a créé Blood.

Et ça me dégoûte.

Le goût de la vengeance est tout proche. Je veux la sentir rouler sur ma langue. Montrer à Aaron que ma personne n'est plus sous son contrôle. Qu'être le créateur n'accorde pas le titre de maître. L'envie de le faire souffrir fait briller mes pupilles dilatées. Je lui reprendrai tout ce qu'il a construit. Je le ferai souffrir et le briserai autant qu'il m'a torturée et effacée.

Les Woods ont creusé leurs tombes. Me faire mal, m'abandonner, me pousser à la folie... Leur victime s'est transformée en bourreau. L'amour n'a plus d'importance. Mon palpitant qui s'emballe dès qu'il voit Caleb n'a plus de pouvoir. Je ne me laisserai pas redevenir faible. Je me libérerai de son emprise. De ce besoin d'être à ses côtés.

La mort des frères sera ma délivrance, mon envol et mon indépendance.

En sortant de la salle de bain, j'attache mes cheveux en queue de cheval haute. Mes jambes couvertes dans un jean taille haute sombre, ma poitrine compressée dans un crop top rouge sang.

MY POISONOù les histoires vivent. Découvrez maintenant