Le surveillant m'avait toujours bien en poigne. Sa main était très ferme, mais son visage n'exprimait aucune émotion visible.
Un vif brouhaha s'était formé autour de notre altercation, et ma rage était encore vive.
Je n'en revenais pas de ce que je venais de faire. J'étais passée par plein d'émotions.
La colère d'abord. Un flot intense s'était formé dans le creux de mon estomac. Un feu ardent, bouillonnant. Mon cœur avait fait un bond et ça avait été comme si mon cerveau et mon corps étaient devenus deux entités complètement différentes. Mon corps s'était jeté en avant et avait dégagé une telle force, que j'avais été incapable de me contrôler.
J'avais eu envie d'exploser, et d'emporter tout le monde avec moi. Mon enseignante dont l'injustice m'avait révoltée ; cette gamine dont j'avais voulu détruire entièrement le visage avec mes ongles. Je me souviens que mon corps avait tremblé entièrement, secoué de micro spasmes. Mais le pire, c'était le sang qui m'était monté aux joues. Ce sang qui venait agir comme un carburant dans mes veines, un carburant qui me donnait le courage de tout entreprendre.
Puis la colère s'était développée en rage, et j'avais bondi. Je crois que si mon enseignante ne m'avait pas giflée, je l'aurais détruite, cette petite face mesquine.
Enfin, lorsque mon poing avait touché le nez de cette fille, et que j'avais entendu le choc briser le fragile équilibre de son visage si fin, j'avais exulté de bonheur. Je m'étais sentie si puissante. Je pensais que j'étais capable de tout entreprendre. Je n'avais plus aucune limite. L'adrénaline s'était encore accentuée lorsque je l'avais entendue crier.
Un cri de gamine, à la fois surprise et en proie à la douleur.
Et puis la terreur. La terreur de ce que je venais de faire. Comment j'avais pu faire une telle chose ? Comment n'avais-je pas pu réussir à me contrôler ? Et surtout, qu'allait-il arriver maintenant ?
La peur, je l'avais lue dans les yeux noirs de Marcus. Du haut de la rambarde d'escalier, figé de stupeur comme tous les autres, il m'avait regardée faire cette chose insensée. Il ne savait pas que c'était l'évocation de son nom qui m'avait fait bondir hors de moi-même. Le seul nom de Marcus, avait électrisé tous mes membres. Pourquoi la seule prononciation de son nom avait-elle pu me mettre dans cet état-là ? Je crois que je connaissais la réponse, tout au fond de moi.
La peur était ce qui me dominait à présent. Les tremblements, je les sentis à nouveau, et le sang n'affluait plus jusqu'à mes joues. Au contraire, j'avais plutôt l'impression qu'il quittait mon corps. Mes genoux tremblaient tandis que d'une main ferme, le surveillant me fit me tenir droite au centre d'une vaste pièce.
Il ne me parla pas, pas une fois. Il vint poser un lourd ouvrage sur ma tête, que je dus tenir bien droite. Puis il partit, me laissant seule dans cette vaste pièce sans aucune ouverture vers l'extérieur. Seule, avec l'ouvrage imposant qui appuyait telle une brique sur mon crâne.
Je voulus me remettre un peu plus droite, mais l'ouvrage menaça de vaciller, et je ne bougeai définitivement plus.
Les secondes s'écoulaient, interminables. Pas un son ne passait les murs. Je n'entendais que le bruit de ma respiration, tantôt lente, tantôt épuisée, tantôt paniquée.
L'ouvrage était si lourd que j'avais l'impression que ma nuque allait se briser sous son poids. Mon dos me faisait souffrir atrocement. Mais le pire, c'était de rester debout.
Mes genoux allaient flancher. Ils tremblaient. J'essayais de me soulager en m'appuyant un peu plus sur une jambe que l'autre, mais après ça, c'étaient mes hanches qui me piquaient de douleur.
Il n'y avait pas d'horloge dans la salle. Pas un motif que j'aurais pu contempler. Pas une fenêtre. La pièce était vaste, mais ce vide oppressant me donnait l'illusion que les murs se rapprochaient ou s'éloignaient de moi. Je ne savais pas quoi faire. Est-ce que je devais laisser tomber le livre ? Est-ce que je devais tenir à tout prix ? Qu'allait-on faire de moi ?
Je n'avais que ça à faire. Réfléchir ! Penser, méditer sur ce que j'avais fait et dans quel pétrin je m'étais fourrée.
Je pensais à ma « tante ». Qu'est-ce qu'elle allait dire ? À cette minute précise, je me demandai qui était le plus à craindre. Cette école, ou bien ma tante ?
Je fermai les yeux.
*****
Lorsque j'entendis enfin la porte s'ouvrir, j'ouvris les yeux. Le surveillant entra, et enleva le livre qui était posé sur ma tête. Pour la première fois, il me dévisagea avec crainte. Au moment où ma tête redevenait enfin libre, ma conscience réintégra mon corps, et c'est là que la douleur s'empara de moi. Je serrai mes lèvres pour ne pas laisser échapper le moindre son. J'avais atrocement mal dans tous mes membres.
Le surveillant m'attrapa par le bras et je faillis tomber.
Mes genoux étaient si raides que j'avais du mal à les plier. Ma colonne vertébrale menaçait de se briser.
Mais je ne dis rien. Je me contentai de me laisser entraîner, vers un nouvel espace.
Je suivis un couloir où le sol était couvert d'un parquet en bois très vieux. Il grinçait à chaque pas. De chaque côté, des dizaines de portes. Je n'avais aucune idée de ce qu'elles pouvaient contenir.
Et là, tout au fond, une grande porte, plus imposante que les autres. Je déglutis de frayeur.
Quelle nouvelle épreuve allait encore m'attendre ?
VOUS LISEZ
Colonisation
Science-FictionElina a 12 ans, mais elle n'est pas une fille comme les autres. Depuis sa naissance, elle est restée enfermée dans une maison. Elle ne connaît rien du monde qui l'entoure. Mais aujourd'hui, c'est différent, car elle vient de prendre une décision q...
