Faux-semblants

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La nuit est tombée. Les bruits de la rue ont diminué, et après avoir pleuré à chaudes larmes, je me ressaisis.

Pleurer, je n'avais jamais vraiment essayé auparavant. Du moins, les quelques pleurs que j'avais pu verser avant, ce n'était vraiment rien en comparaison. Je me sens épuisée, vidée. Je crois bien que mes larmes ont arrêté de couler, car je n'ai plus de force, ou plus assez de liquide pour les alimenter.

J'ai hoqueté si fort, criant par moments. Mes yeux sont tout gonflés, et mon visage qui est si pâle d'habitude, est devenu très rouge.

J'ai chaud, mais je suis couverte de frissons.

Samuel s'est endormi. Il a laissé la porte de leur chambre ouverte, et je vois sa silhouette recroquevillée sur un côté du lit dans la pénombre. Je n'ose pas allumer les lumières, mais il va bien falloir.

Clic.

J'allume la petite lampe de chevet du salon. Le sang qui macule le sol semble noir sous ce faible éclairage.

Il faut que je nettoie ça.

J'inspire. Le moment critique passé, cette vue du sang me dégoûte. Déjà, elle répand une odeur de maladie et de mort dans la maison.

Je prends un seau avec de l'eau que je fais un peu chauffer. Je ne sais pas pourquoi. J'imagine que ça peut désinfecter. C'est stupide. L'eau n'est pas bouillante.

Je mets un peu de savon. Puis, avec une serpillière, j'éponge.

Mes mains sont rouges. C'est visqueux, et plus épais que je ne l'aurais pensé. J'essore ce sang dans la bassine, et je recommence. Je change l'eau plusieurs fois. Puis je nettoie la serpillière du mieux que je le peux. Ce n'est pas facile. Avec le rationnement en place, l'usage de l'eau est strictement limité, et j'essaie d'en gaspiller le moins possible.

Ma tâche achevée, je me sens terriblement sale. Les nuits sont encore moites, et j'ai envie d'enlever toute trace de cet événement.

Je remplis la bassine qui nous sert à faire notre toilette avec de l'eau. Je ne prends même pas la peine de la faire chauffer cette fois.

La bassine est lourde, mais je parviens quand même à la placer dans la petite pièce qui nous sert de salle d'eau. Cette pièce est simple. Un petit lavabo, et un carré un peu surélevé munit d'une évacuation des eaux. J'y pose la bassine, et prends le gant et un gobelet.

J'attrape le savon.

Maman adore les savons à la rose. Je sens toujours le savon avant de m'en servir. Une habitude.

J'aime bien cette odeur.

Je prends le gobelet, et je déverse son contenu sur mon petit corps. L'eau est plus froide que je ne le croyais. Je regrette à ce moment-là de ne pas l'avoir fait chauffer un peu.

Ça ne me ressemble pas d'ailleurs, de me laver à l'eau froide. Je déteste ça au plus haut point. Mais je pense que cette fois-ci est un peu particulière, et mon esprit n'est plus vraiment connecté avec mon corps.

J'essaie de ne pas trop penser.

Je fais mousser le savon sur le gant, et je frotte. Ça sent si bon, que pendant les quelques minutes que dure mon bain, mon esprit fait le vide.

En me séchant, je remarque que je n'arrive toujours pas à passer franchement la serviette sur mon dos et mes fesses. Même si je n'ai plus mal, les souvenirs de la douleur sont restés ancrés en moi. Par réflexe, j'essaie de toucher à ces zones-là le moins possible. Même quand je me couche, je m'allonge plutôt sur le côté. Quand je m'assois, je pose toujours une fesse, puis l'autre tout doucement.

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