Le mariage

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C'était le grand jour. Ma mère avait reçu deux hommes hier qui étaient venus la voir, afin de fixer les derniers préparatifs. Ça avait pris plus de temps que prévu. L'homme que ma mère devait épouser, avait émis quelques réticences à devoir s'occuper d'un enfant, c'est-à-dire moi. Il faut dire que je ne faisais pas vraiment partie du contrat de départ.

Mais finalement, il avait accepté l'union.

Ma mère s'en fichait. Je pense même qu'elle espérait au fond d'elle que cet homme se rétracte. Mais il n'en fit rien. L'union allait bien avoir lieu.

Je me rendais compte que le mariage était une sacrée comédie. Toutes les femmes du quartier s'y mettaient. Pourtant, aucune d'elles ne connaissait vraiment ma mère, mais elles faisaient comme si. Elles gloussaient dans tous les coins, posant des questions indiscrètes, racontant des anecdotes de leurs premiers moments avec leurs maris. Je me demandais si les hommes étaient pareils.

Elles faisaient des tas de suppositions : était-il beau ? Grand ou petit ? Brun ou blond ? Et surtout, est-ce qu'il avait de l'argent ?

L'épisode de ma grande faute semblait avoir été oublié dans le quartier. Même à l'école, les autres élèves avaient fini par se lasser. Tous, sauf mon bourreau, qui guettait mon moindre faux pas.

Les réjouissances étaient de mise. Les enfants jouaient, les femmes préparaient le repas.

Le mariage avait toujours lieu dans la rue, en présence de témoins, et tout le quartier était en liesse.

Moi ?

J'angoissais.

Je n'avais jamais vécu avec un homme. Je ne sais pas ce que j'espérais ; que ça change ou pas. Je n'en avais aucune idée.

La ruelle était entièrement décorée. Des fleurs, embaumaient chaque particule d'air de ce quartier infâme. Il y avait quantité de couleurs, pour un jour qui à mon sens, ne méritait aucune célébration. Des rires, les oiseaux qui chantaient, les enfants qui jouaient. Garçons et filles se mélangeant. C'était assez unique.

Un mouvement de foule se pressa à l'entrée de la ruelle, qu'aucun véhicule ne pouvait emprunter, tant elle était étroite. Cette ruelle était comme moi, comme notre vie ; une impasse.

Je suivis le mouvement moi aussi, me libérant un instant des mains qui m'habillaient, m'apprêtaient pour me présenter à mon futur beau-père.

Elles ne pouvaient pas me retenir. Depuis des semaines, j'attendais de le voir. Je savais que c'était le cortège du futur marié qui venait d'arriver.

Elles avaient beau me crier dessus, articulant mon prénom au départ avec surprise, puis avec colère, je m'en moquais.

Pieds nus, revêtue d'une robe légère blanche, je me précipitai, écartant les curieux.

C'est là que je le vis.

*****

Il n'était pas du tout comme je l'imaginais. Plutôt grand, et pas ventripotent pour un sou. Au contraire, cet homme-là faisait jeune. Il avait un buste large, et avait revêtu la tenue traditionnelle des mariages. Une longue toge blanche, en lin. On pouvait presque voir au travers lorsqu'il enjambait un rayon de soleil.

Mais ce qui me marqua le plus, ce fut son sourire.

Je me retrouvai instantanément soulagée, sans réellement savoir pourquoi.

Il saluait la foule qui venait lui souhaiter la bienvenue. Je jetai un regard en arrière, pour voir si ma mère était en vue. Mais non. Comment ne pouvait-elle pas venir jeter un coup d'œil ? Son manque de curiosité me dépassait complètement.

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