Les jours suivants, je suis allée à l'école comme d'ordinaire. Je suis retournée en classe depuis l'incident, et tout se passe bien. J'agis comme si j'étais un zombie. Pas de vagues, rien. Je suis tout ce que l'on attend de moi.
Marcus a pris ses distances à l'école, comme tous les autres garçons d'ailleurs. On m'a donné plusieurs surnoms. Il y a rebelle, pour le R que j'ai reçu sur la fesse. Certains m'appellent la cogneuse. J'aime bien celui-là de surnom. Les filles m'ont donné des sobriquets moins sympathiques. La folle, ou sa majesté. Je suis assez hautaine apparemment.
Mais je m'en fiche. Je n'ai pas revu le directeur, à part lors des saluts officiels du matin, avant l'entrée en classe.
J'ai de bons résultats, et je deviens à mon grand étonnement le modèle de la parfaite petite écolière du gouvernement.
On ne m'embête plus tellement. Je suis seule, comme toujours.
Je ne regarde d'ailleurs aucun d'entre eux. Pas par peur, mais par survie. Chacun peut être un ennemi potentiel, être de mèche avec le Guide.
Je hais mon enseignante, et revenir dans la classe m'a demandé bien des efforts au départ. Mais je comprends aussi qu'elle est une victime comme moi. Je ne peux pas juger quelqu'un pour ses actes. Elle aussi est une survivante, tout comme moi. Il y a quelque chose dans son regard qui montre une grande souffrance. Elle est intelligente. Et comme toutes les personnes intelligentes, elle est lucide sur notre monde, et sur ce qu'elle doit faire pour survivre.
Je mets un masque, prétendant être quelqu'un que je ne suis pas. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir. Mais je dois essayer.
— Mademoiselle Lemart, m'interpelle-t-elle alors que je m'apprête à sortir.
Je me retourne lentement, après avoir pris une inspiration qu'elle n'a pas pu entendre. Je ne parle pas tant que je n'y suis pas invitée.
Je la regarde fixement, sans oser croiser ses yeux légèrement en amande. Elle a le teint parfaitement lisse, comme une poupée.
— Je souhaiterais m'entretenir quelques instants avec vous.
J'attends, en acquiesçant de la tête. Elle me montre son bureau sur l'estrade, et me prie de prendre une chaise et de m'approcher. Je prends la chaise et la pose comme elle me l'a indiqué.
Elle ne semble pas satisfaite de la façon dont je l'ai placée. Aussi, elle se lève pour la positionner comme elle l'entend.
Elle me regarde fixement.
— Comment allez-vous, mademoiselle Lemart ?
Elle a posé cette question à la façon d'une machine, détachant bien chaque mot, et marquant une pause entre chaque.
— Je vais bien, dis-je suspicieuse, mais polie.
Elle est assise, le buste penché un peu en avant, les mains jointes face à elle, les coudes posés sur le bureau, bien avancés vers moi.
Elle baisse un peu la tête.
— C'est bien. Je voulais m'en assurer. Vous pouvez y aller.
— C'est tout ? Je me lève, un peu tendue.
Elle sourit. C'est la première fois que je la vois sourire. Je ne sais pas quoi en penser.
— Oui.
Elle tortille un peu ses doigts. Je vois qu'elle lance quelques regards dans un coin de la pièce.
— Et vous mademoiselle ? Vous allez bien ?
VOUS LISEZ
Colonisation
Science FictionElina a 12 ans, mais elle n'est pas une fille comme les autres. Depuis sa naissance, elle est restée enfermée dans une maison. Elle ne connaît rien du monde qui l'entoure. Mais aujourd'hui, c'est différent, car elle vient de prendre une décision q...
