Ma mère est rentrée. Comme ça. Comme si rien ne s'était jamais passé. Elle n'a pas été surprise de voir Samuel, un trou fiché dans l'épaule. Elle n'a rien dit. Elle est entrée de nouveau dans nos vies et c'est comme si elle n'était jamais partie.
J'ai presque bondi lorsqu'elle a ouvert la porte d'entrée mais je me suis rapidement ressaisie. Elle est rentrée comme si de rien n'était. Pas même un sourire n'a égayé son visage. Elle n'a manifesté aucune émotion. Pas même un son, n'est sorti de sa bouche.
Cette femme me semble morte. Elle doit l'être depuis si longtemps que je ne parviens pas à savoir ce qui la maintient en vie. Ce n'est sûrement pas moi, ni Samuel. Pourquoi s'accroche-t-elle tant à la vie ? Je me demande parfois si elle est capable d'éprouver des sentiments.
Pendant une minute, j'ai cru que tout pourrait changer.
Une nouvelle désillusion.
Elle jette un coup d'œil à Samuel qui est encore en pyjama, puis elle se dirige vers la chambre, ouvre le placard, puis ôte son manteau pour le pendre correctement. Elle reste là, à regarder ce manteau comme si c'était la chose qui comptait le plus à ses yeux à cet instant précis. Elle défait chaque pli du tissu, méticuleusement, jusqu'à ce qu'il soit IMPECCABLE sur son cintre. Je deviens rouge de colère à la regarder faire. Le lit est défait. Elle enlève les draps qui sont tachés de sang, quelques gouttes étant passées à travers le bandage, puis elle en sort de nouveaux. Une odeur de propre flotte dans l'air. Pendant près d'une demi-heure, elle s'acharne à faire le lit, tendant les pièces de tissu presque à les craquer. Puis, lorsqu'elle estime que tout est parfait, elle referme la porte de la chambre.
J'observe Samuel qui ne fait pas attention à ce qu'elle fait. Il boit son café tout en lisant les journaux. Il sait que je le regarde. Je suis toujours assise en face de lui, mes mains n'ont pas quitté mon bol de thé, qui est presque froid maintenant.
Je ne veux plus le boire.
— Bois ton thé, me dit Samuel doucement.
Il lève les yeux vers moi pour la première fois depuis le retour de Maman. Je secoue la tête négativement. Je crois qu'il lit mes pensées à ce moment-là et je culpabilise. Ces yeux d'un vert sombre m'ont percée à jour. J'aurais voulu que Maman ne revienne jamais. Je préférerais la croire morte pour de bon, plutôt que de la regarder déambuler comme une coquille vide de toute âme, dans cette maison lugubre.
*****
Le reste de la journée, qui est déjà bien avancée, se passe en silence. Il doit être 15 heures, lorsque des petits coups discrets frappent à notre porte. C'est Samuel qui ouvre. Lorsque Maman est dans les parages, il n'est apparemment plus question de rester en pyjama. Il s'est habillé, dissimulant le bandage. Un œil non averti ne remarquerait sûrement rien. Il se contente de tout faire avec son autre main, innocemment.
Maman brode, c'est un passe-temps comme un autre, et Samuel est occupé à lire.
— Bonjour Marcus, a-t-il dit assez fort pour que j'entende.
Je me redresse.
— Bonjour monsieur.
J'ai envie de m'approcher de la porte d'entrée mais je n'ose pas bouger tant que je n'y suis pas invitée.
— Est-ce qu'Elina est là ?
— Oui, répond Samuel, s'écartant un peu de la porte pour que Marcus pénètre dans la maison.
Ma mère lève à peine les yeux de sa broderie.
— Elina, tu as de la visite.
Je ne sais pas trop comment réagir. Je n'ai jamais de visites.
VOUS LISEZ
Colonisation
Fiksi IlmiahElina a 12 ans, mais elle n'est pas une fille comme les autres. Depuis sa naissance, elle est restée enfermée dans une maison. Elle ne connaît rien du monde qui l'entoure. Mais aujourd'hui, c'est différent, car elle vient de prendre une décision q...
