Cadeau fait par ➵ thundergaia
Cadeau fait pour ➵ Cheddarz
Thème imposé ➵ Doritos
Il y a toujours un moment dans notre vie où on a un déclic.
Pour certain, c'est quand on pose le pied sur le sol africain et qu'on se découvre une passion soudaine pour l'humanitaire. Pour d'autre, c'est quand on se rend compte que François Fillon est notre cousin éloigné et qu'on décide de finir ses jours dans un bunker, parce que la vie française est bien trop dure.
Moi, j'ai eu le déclic en goûtant un Doritos. J'ai mis du temps à comprendre ce que cette sensation nouvelle signifiait. Une envie de goûter tous les différents parfums? Une passion pour les triangles? Mystère.
Et puis j'ai compris. Les triangles ne pouvaient signifier que deux choses. La première aurait ou être que j'étais une illuminati. La seconde que mon âme sœur m'attendais dans la montagne.
J'ai pris ma réserve de Doritos pour ma bénédiction, j'ai adressé un message au ciel. Je partais de ma Normandie, abandonnais mes vieux parents pour prendre le train jusqu'à Grenoble.
Grenoble, ville grise, encombrée. À aucun moment je ne me suis dit que c'était sympa. Un amas d'immeubles vieillissants, comme mes géniteurs, et un ciel gris. Tout était gris si bien que j'ai cru être rentrée dans un de ces anciens films en nuance de gris. Et je ne parle pas de cette bouillie américaine à base de soumission et autres pratiques trop extravagantes pour moi.
Non, je savais que mon amour se trouverais en haut d'une montagne. J'ai donc pris une navette qui conduisait au sommet d'un col dans une station d'altitude. J'ai soupiré parce qu'il n'y avait plus de neige. Mais j'étais à l'affût du moindre mâle dans les alentours. Peut-être était-ce le garçon de l'accueil, celui qui vend des viennoiseries à côté de l'ascenseur.
Mais rien, aucun coup de foudre. J'avais peut-être pensé trop vite. Les Doritos épices me sont montés à la tête et je n'ai pas réfléchi. Je suis allée dans ma chambre au rez-de- chaussée. Mes oreilles étaient bouchées et j'avais envie d'eau.
L'hôtel possédait une piscine. Elle était rudimentaire. Deux couloirs de nage et un espace enfant. Pas d'entre deux. Soit tu fais du sport, soit tu es un gamin. Génial.
Je commençais presque à regretter d'être venue jusque là. Je barbotais dans le bassin enfant, le maître nageur soufflait d'ennui en me voyant dans l'eau.
Le fantasme du maître nageur, c'est un mythe. Lui, il portait des chaussettes dans ses sandales et son air blasé enlevait tout son charme à son visage sillonné de quelques ridules. Il n'était pas moche, loin de là, mais il semblait mort de l'intérieur.
«Bonjour monsieur Dubreuil! s'enjoua une voix féminine.
-Madame Tressani, saluait le maître nageur.
-Vous avez passé une bonne journée?
-Très longue. Je ne peux pas me permettre de prendre de vacances, moi.»
J'ai d'abord pensé qu'elle allait réagir sur son air de reproche, ou qu'elle allait éclater de rire d'un coup mais elle a juste sauté dans l'eau, éclaboussant les vitres et moi.
«Que fais-tu là, toi? me demanda la jeune femme.
-C'est une longue histoire à base de Doritos, j'hésite à la tutoyer à mon tour. Et toi?
-Je voulais aller voir les marmottes. Mais elles ne sont pas là.»
D'abord, j'ai trouvé ça mignon. Ensuite, je me suis dit que ça ne correspondait pas à une fille de son âge.
«Tu es seule, ici? je l'interrogeai.
-Pourquoi? Tu veux passer chez moi?» elle ricana un instant puis repris son air mi-sérieux mi-mystérieux.
J'ai accepté d'aller chez elle. Elle ne séjournait pas à l'hôtel mais dans un énorme chalet que l'on voit dans les magasine Leroy merlin juste avant Noël. Je me suis demandée si un jour moi aussi j'aurais un intérieur design avec un grand potentiel.
Elle m'a servi un café serré. Je n'ai pas osé lui dire qu'il était mauvais et l'ai bu en tentant de paraître naturelle. Elle m'a demandé si j'aimais la musique avant de lancer un morceau électro-épiléptique infect. Elle a beaucoup fait bouger ses boucles rousses et elle a marché dans son chalet pendant tout l'après-midi. Elle n'a pas beaucoup parlé, entre autre parce que la musique hurlait des notes aux synthétiseur qui déchirait les oreilles. Au bout d'un temps, elle a tout arrêté. Plus de musique, plus de bouclettes agitées. Seul le ronronnement de la cafetière se faisait entendre. Elle marmonné :
«Je voulais te dire...
-Oui?
-Je t'ai entendu en parler tout à l'heure...J'aime beaucoup les Doritos.»
Je n'ai pas compris sur le moment ce qu'elle voulait dire. Elle s'est ruée vers moi et m'a fixée quelques secondes de ses yeux globuleux. De près, elle paraissait plus étrange avec sa peu laiteuse et son nez tourné dans un angle improbable.
«Je crois que je t'aime bien. Soyons amies.»
J'ai failli recracher bêtement mon café inbuvable sur son canapé rouge face à sa dernière phrase. Elle me donnait l'impression d'une enfant coincée dans le corps d'une femme.
Alors c'était ça le déclic : les Doritos m'ont amenés une amie
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