@Steamipunk

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Cadeau fait par ➵ -BlankTae
Cadeau fait pour ➵ Steamipunk
Thème imposé ➵ Notion de limite

Limite (1) :

• Ligne séparant deux pays, deux territoires ou terrains contigus.

• Ligne qui circonscrit un espace, marque le début et/ou la fin d'une étendue.

• Ce qui marque le début et/ou la fin d'un espace de temps ou ce qui le circonscrit.

• Borne, point au-delà desquels ne peuvent aller ou s'étendre une action, une influence, un état, etc.

• Degré extrême de quelque chose, seuil de ce qui est acceptable.

C'est ce que j'avais lu dans le dictionnaire quand j'ai voulu savoir la définition qu'on donne au mot limite. Une barrière. Voilà ce qu'était les limites à ses yeux. Limite n'était qu'un synonyme de rempart à sa liberté. Je le connais par cœur, on est ami depuis tellement longtemps. Aussi loin que mes souvenirs remontent, il est là, Demian, mon meilleur ami et bien plus encore. Ce garçon à toujours été une forte tête. Le genre de gosse qui grimpe aux arbres, escalade tout ce qui peut être escaladé, qui a toujours les genoux et les coudes écorchés. Écouter les ordres qu'on lui dicte n'a jamais fait partit de ses qualités... ou de ses défauts ? Ça dépend de quel côté on se place, j'imagine. Moi par contre, j'ai toujours été le petit gars docile, celui qui obéit bien sagement à ce que dit papa et maman. Celui qui ne sort jamais des clous. C'est sûrement pour ça que j'ai commencé à fréquenter Demian. Il n'en a toujours fait qu'à sa tête. Personne n'a jamais pu lui imposer quoi que se soit, et je l'admirais pour ça. C'était un peu mon modèle. Faut dire qu'à dix ans, quand on est le genre à toujours courber l'échine, un ami comme lui, c'est cool. Un rebel. Rebel parce qu'il allait contre l'autorité, parce qu'il n'avait pas de limite. Enfin, j'crois. En tout cas, c'est l'adjectif que tout le monde lui collait, c'est ce que tout le monde disait. Tout le monde sauf moi, parce que je n'ai jamais pensé qu'il n'avait pas de limite. Pour moi, Demian, c'était le garçon extraordinaire qui dépassait les barrières qu'on lui mettait.

Quand on était au parc et qu'il grimpait à un arbre, j'étais l'enfant-maman-dit-que-c'est-dangereux-de-monter-aux-arbres-pas-si-haut-tu-vas-tomber. Lui, c'est celui qui grimpait jusqu'à la cime et qui, s'il tombait, haussait simplement les épaules. Ce n'était rien. Tomber et se faire mal, ça n'avait pas d'importance pour lui. En grandissant, on est plus ou moins resté les mêmes. Toujours plus proche, toujours plus différent. Je n'ai jamais fait de choses dangereuses, je n'ai jamais outre-passé les interdictions, je suis toujours resté sur le chemin qu'on m'imposait. Et Demian continuait de couper à travers champs. Au lycée, il a commencé à faire des choses que je n'approuvais vraiment pas. Il provoquait des inconnus et se battait. Il fumait parfois, prenait de n'importe quoi comme ça lui chantait, séchait quelquefois les cours et il lui ait même déjà arrivé de voler. Enfin, ce n'est pas non plus comme s'il passait son temps à faire ces mauvaises choses - comme je les appelais ; il lui arrivait bien plus fréquemment de sécher pour simplement visiter un musée, flâner dans les rues, lire ou dessiner. Je le voyais faire tout ça, parfois - souvent même - j'étais avec lui. Et je ne comprenais pas. Ou plutôt, en grandissant, j'avais fini par ne plus comprendre, parce que comme je l'aie dis plus haut, petit : je comprenais tout de lui. Mais j'étais devenue le meilleur-ami-un-peu-chiant-pourquoi-tu-fais-ça-tu-fou-ta-vie-en-l'air. Je m'inquiétais sans cesse, pour son avenir, pour sa santé, pour tout ce qui le concernait, pour lui. Je m'inquiétais parce que je ne comprenais plus, mon esprit était devenu beaucoup plus borné avec l'âge. Un jour, il m'a éclairé. Avec une simple phrase, il avait donné une nouvelle dimension à ma vision de la vie.

« L'homme n'a de limites que celles qu'il s'impose. »

En ces termes généraux, il avait levé le voile sur beaucoup de choses qui expliquaient le pourquoi du comment il était ce qu'il était, le pourquoi du comment je suis ce que je suis. Parce que moi, j'ai toujours vécu avec les limites que l'on m'imposait ou que je m'imposais à moi-même. Mais cette phrase ne me suffisait pas, à l'époque. Je ne comprenais pas pourquoi il avait besoin de faire toutes ces choses stupides, voir dangereuses, avec pour seul prétexte cette jolie phrase qu'il avait péché je n'sais où. Alors, je lui avais simplement demandé. Et je me souviens de sa réponse comme s'il me la murmurait encore au creux de l'oreille :

« Regarde Édouard, l'homme repousse sans cesse ses limites, tous domaines confondu. Pour illustrer ça, il n'y a pas besoin d'aller bien loin : la nature de l'homme, c'est désirer toujours plus que ce qu'il n'a. Alors, tant pis s'il dépasse ces fameuses limites, finalement abstraites, quel que soit le domaine, que ce soit en bien ou en mal. Les limites sont faites pour être repoussé, j'imagine. Et, tu as remarqué, j'emploie le mot "repousser" parce qu'on a tous des limites.

Tu sais, Édouard, j'ai conscience que pour toi, ce que je fais n'a pas de sens, que je n'ai pas besoin de faire ce genre de choses. Mais tu te trompes, justement. J'en ai besoin. La question n'est pas de savoir ce que je ferais plus tard, comment je vivrais. J'en sais rien, j'm'en fous et je n'veux pas savoir. Moi, ce que je veux, c'est vivre. Alors, c'est ok si pour me sentir vivant j'ai besoin de faire du saut à l'élastique ou insulter des flics avant de me barrer en courant. Ce n'est pas parce que je marche en dehors du passage clouté que j'ai perdu la notion de bien et de mal et que je dépasserais les limites auxquelles ma conscience moral me soumet. Je suis humain et c'est justement parce que je suis humain que j'ai des limites. Elles sont seulement plus large que les tiennes. D'ailleurs, t'es un peu comme mon garde-fou, tu sais ? Je ne connais rien qui soit illimité. L'univers, peut-être ? »

Et il avait commencé à me parler de l'espace, à quel point il lui semblait grand et lui donnait le vertige. J'avoue que j'avais arrêté de l'écouter après sa tirade. J'avais eu ce que je voulais. Demian a toujours eu des limites. Évidemment. C'est vrai, enfin je crois, il est humain. Il m'avait ouvert les yeux sur une partie de lui que j'avais perdu de vue. Mais finalement, ça m'allait comme ça. Après tout, il était lui, il était Demian et je l'admirais pour ce qu'il était, avec ses propres limites, celles qu'il essayait toujours de repousser. J'ai appris à le comprendre et j'ai un peu changé aussi. Parce que ouais, c'est ok si pour moi, repousser les limites c'est traverser la route alors que le petit bonhomme est rouge. J'ai fini par adhérer à sa façon de penser, c'est-à-dire qu'on a tous des limites plus ou moins larges et qu'on vit avec. J'ai fini par comprendre que Demian n'aurait pas été Demian s'il n'avait pas fait ce qu'il a fait. Demian voulait seulement vivre comme il l'entendait. Et plus que de l'admiration, je pense que je l'aimais pour ça.

J'aurai simplement voulu lui dire, avant qu'il ne parte, pour trouver un genre de conclusion à notre histoire, que contrairement à ce qu'il pensait, j'avais trouvé quelque chose qui n'a aucune barrière, aucune frontière, ni contrainte physique, ni temporel. Quelque chose qui n'a pas de limite.

Au delà de notre amitié, c'est l'amour que j'éprouve et éprouverai toujours pour lui qui est éternel.









(1) : définition tiré du Larousse.

Note : J'espère que ça t'as plu, ne serait-ce qu'un peu. J'ai beaucoup aimé ton thème, j'y avais réfléchie sous la douche huhu~ J'ai été faire un tour sur ton compte pour voir un peu ce qui te plait, ce que tu écris ou ce que tu lis. J'ai fait de mon mieux et je me suis bien amusée, c'est un peu niai et j'ai peut-être abordée la notion de limite différemment de celle que tu attendais mais j'espère quand même que l'expérience ne t'étais pas trop déplaisante. À plus !

Graine de Wattpadien ✔Des histoires addictives. Découvrez maintenant