Kageyama n'avait jamais été très doué en introspection. D'ailleurs, il n'était pas très doué avec tout ce qui touchait aux sentiments et au relationnel. Ainsi, se trouver dans une impasse comme celle-ci était quelque chose à quoi il n'avait jamais été préparé. Il pouvait comprendre les stratégies sportives les plus complexes, mais se sentait perdu dès qu'il se trouvait entre deux êtres humains.
La situation était réglée, pourtant. Il aurait dû cesser de s'en faire et d'avoir des états d'âmes. Malgré tout, c'était impossible pour lui de ne pas ressentir au moins la frustration et la contrariété. Elles furent immédiates, dès que l'appel fut terminé. Il n'avait pas envie de quitter Oikawa, il avait cru trouver un équilibre et avait commencé à penser au futur ainsi, avec la certitude que tout reviendrait à la normale un jour. Mais que la fin ait été aussi abrupte le laissait sur sa faim, un peu choqué. Comme celui qui sait qu'une relation ne durera jamais toujours, mais n'est jamais prêt pour le moment où il faut assumer que c'est terminé. C'était le même genre d'abattement qui pesait sur les épaules de Tobio, étrangement.
Ce qui le laissait pantois, c'était la réaction d'Oikawa. Lui qui avait semblé prêt à tout pour avoir Tobio, prêt à des arrangements, à des risques, renonçait, comme ça, sans se battre, sans protester. Bien sûr, un plan cul était superficiel... Mais Tobio était déçu. Il avait pensé qu'il était, allez, au moins un peu important pour Oikawa à ce moment là. Qu'il avait compté un peu. Oui, franchement, il s'était même cru indispensable, digne de procurer des sensations que son ex-senpai n'aurait pas pu retrouver ailleurs. Un peu comme un élu, enfin, quelque chose de rare, de précieux. Tobio avait horreur de se l'avouer, bien sûr, mais il pensait qu'Oikawa tenait à lui plus que ça. Que leur relation éphémère aurait eu un peu plus d'influence sur sa vie... à l'image de son propre cas.
Il avait toujours voulu compter pour Oikawa, depuis le premier jour. Il aurait voulu un compliment sur sa façon de jouer, un encouragement, un moyen de rendre son senpai fier de lui. Il savait qu'Oikawa l'avait été, plus tard, sans doute, mais compter pour la personne que l'on admire le plus... C'était quelque chose qu'il recherchait. Certes, l'image d'Oikawa s'était entachée avec les années, mais l'admiration et le respect qu'il lui portait n'avaient pas diminué. Alors, oui, il avait été flatté de l'intérêt qu'il lui témoignait, même purement sexuel. Se faire jeter comme ça le déprimait.
Les sentiments. Tout cela n'était qu'un paquet de sentiments de fierté, d'honneur, d'espoirs, toutes ces choses qui n'avaient pas leur place dans ce qu'ils avaient tenté de construire. Oikawa s'était montré plus intelligent et n'avait développé ni attachement ni dépendance, ça avait donc été simple pour lui de le quitter ainsi. Oikawa aimait sûrement assez Iwaizumi pour ne pas vraiment l'avoir regardé, considéré. Il était toujours très doué pour dissimuler ses émotions, ses véritables sentiments, qu'ils soient profonds ou inexistants. Sa bouche pouvait dire le contraire de ce que pensait son cerveau. Cet homme était une vraie façade. Une énigme que Tobio finit par trouver fatigante. Il décida de ne plus s'en faire pour ça. Après tout, il était avec Hinata.
Hinata justement se montrait à nouveau tendre avec lui, une fois l'appel terminé et les choses revenues telles qu'elles étaient avant. En fait, Tobio eut la certitude qu'il cherchait à le reconquérir. Et il se prêta au jeu, puisque c'était dans l'ordre des choses. Ils passèrent une bonne soirée, blottis à deux dans le canapé à regarder le DVD d'un film qu'ils avaient été voir quelques années plus tôt ensemble, au cinéma –une fine tactique pour rappeler leurs premiers temps ensemble, comprit Kageyama sans trop d'efforts. Hinata ne tenta rien plus tard, quand ils regagnèrent leur lit, et lui non plus, mis à part l'embrasser plus que nécessaire. Il se colla contre Tobio pour dormir, qui passa un bras autour de lui par réflexe.
Kageyama se demanda si les choses reviendraient à l'état où ils les avaient laissées avant de revoir Oikawa dans ce bar, ou à celui, nettement moins agréable, avant qu'il ne le revoie une deuxième fois, chez lui. Si leur couple avait vraiment une chance, ou s'ils allaient connaître à nouveau cette situation intenable. Intenable... c'était juste à cause de lui, réalisa Kageyama. Juste à cause de ses sautes d'humeur, de son incapacité au travail, et... à oublier Oikawa. Mais maintenant, les choses allaient changer. Tout pouvait aller pour le mieux. Il voulait y croire, il voulait forcer tout son être à se consacrer à cette idée qu'il était possible qu'Hinata le comble, sur tous les plans, et qu'Oikawa n'était pas indispensable à son bonheur. Il ferma les yeux, serra les poings. C'était possible. Il fallait y croire.
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Des Coeurs et des Corps
Fiksi PenggemarCela faisait deux ans que Hinata et Kageyama filaient le bonheur parfait. Finir ensemble, à vrai dire, était une évidence pour eux. Jusqu'à ce qu'un fantôme du passé ne surgisse à nouveau, ne vienne s'immiscer entre eux. Et avec lui, un marché t...
