Kageyama

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Tobio avait l'impression persistante qu'il était au bord de l'implosion.

Premièrement, il avait réussi à dire franchement ce qu'il voulait à Oikawa ; il se doutait un peu que l'autre accepterait, étant donné qu'il avait initié un câlin, en plus de l'épisode du placard, mais dire tout haut qu'il voulait moins de cul et plus de tendresse n'était pas de la plus grande facilité. Ensuite, Oikawa l'avait embrassé sur la joue ; ce n'était pas les lèvres, ni le cou, c'était la joue, et ça voulait dire tout autre chose ; et puis il lui avait dit cela, « alter ego », autre moi, et Tobio sentait tout son être bouillir. Encore une fois, Oikawa lui prouvait qu'il avait besoin de lui, plus, qu'il comptait pour lui.

La dernière semaine avait été d'une platitude sans pareille, d'une fadeur désolante. Il avait l'impression constante de faire semblant avec Hinata, et avait ruminé le baiser échangé avec Oikawa jusqu'à perdre le sommeil ; quand celui-ci lui avait envoyé un message, il n'avait pas réfléchi et avait appelé tout de suite, ça lui avait fait du bien d'entendre sa voix. Il avait réalisé qu'il lui avait un peu manqué, et avait saisi l'occasion de l'inviter. Hinata avait eu l'air inquiet en partant, mais Hinata était toujours sur le qui-vive de toute façon, alors Tobio n'y avait pas prêté attention et avait attendu l'arrivée d'Oikawa avec impatience. Et oui, il avait eu l'impression que son monde reprenait des couleurs, la rupture avec le quotidien lui avait, pour reprendre ses termes, donné l'impression d'exister ; exister autrement. Etreindre Oikawa n'était en rien semblable à ce que ça pouvait donner avec Hinata, lui était plus petit, c'était plus un geste spontané, de bonheur, de joie ; Oikawa au contraire était plus grand que Tobio, et il l'avait serré contre lui avec...comment appeler cela ? s'interrogea Tobio. Comme s'il importait réellement, comme s'il cherchait à lui diffuser des sentiments. Et maintenant, Kageyama se demandait franchement si une vraie relation n'était pas plutôt ce qu'il vivait avec Oikawa, du moins lors de certains moments, et si Hinata n'était pas plutôt une amitié surdéveloppée. La pensée lui parut trop énorme, requérant trop de réflexion, et il la garda pour plus tard.

Et maintenant, ils étaient là, dans le canapé, assis côte à côte en train de regarder un film d'horreur choisi par Oikawa. Enfin, ce n'était que le début, et il ne se passait encore rien ; Tobio n'avait pas osé protester, mais il n'aimait pas vraiment le genre. Enfin, il supposa qu'il pourrait quand même être capable de dormir le soir étant donné que le film se terminerait vers onze heures du matin, et qu'il lui resterait une douzaine d'heures pour s'en remettre. Soudain, l'image sur l'écran s'arrêta, et Tobio se retourna pour voir Oikawa, la télécommande levée et l'air boudeur.

-Tobio-chaaan, geignit-il. En quoi est-ce que c'est effrayant ? Il fait clair, c'est le matin, y'a pas moyen d'entrer dans l'ambiance !

-Qu'est-ce que j'y peux ? grommela Tobio. C'est toi qui a voulu mettre le film, non ?

Oikawa se tourna vers lui et lui adressa le fameux regard destiné à amadouer. Tobio soupira.

-On pourrait commencer par fermer les volets, suggéra Oikawa enthousiaste. Et prendre une couverture, faire du pop-corn au micro-ondes, et...

-D'accord pour les volets et la couverture, concéda Tobio. Le pop-corn, Oikawa, sérieusement ? On vient de manger.

Oikawa fit un petit sourire mutin et Tobio ne put empêcher son expression de s'adoucir. Il se leva, fit un geste pour désigner à Oikawa de fermer les volets, pendant que lui-même allait chercher la couette dans sa chambre. Ils se réinstallèrent plus confortablement ; Tobio ramena ses genoux contre sa poitrine et y posa son menton, ayant la tête seule hors de la couette, alors qu'Oikawa avait les pieds au sol, affaissé contre le dossier du canapé, les bras croisés par-dessus la couverture. La seule source de lumière provenait de l'écran ; Tobio le fixait, et sentait l'angoisse monter, redoutant le moment où il se passerait quelque chose. Lorsque, de la cuisine, le poisson fit soudainement un bruit d'éclaboussure, il sursauta si fort en s'agrippant à la couverture qu'elle tomba des genoux d'Oikawa, qui, pour faire bonne mesure, se mit à ricaner.

Des Coeurs et des CorpsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant