Oikawa

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Tout était d’un blanc éclatant.

La lumière transperçait ses paupières closes, et toute cette brillance immaculée lui agressait les rétines. Le plus difficile fut d’ouvrir les yeux, de prendre conscience qu’il respirait. Les questions ne se posaient pas encore, trop nombreuses et encombrantes. Il battit lentement des cils, essaya de fixer ce qu’il y avait devant lui, mais tout tournoyait, même l’uniforme se démultipliait. Il tenta de se redresser, espérant immobiliser ça, mais fut percuté par la nausée et rabattit immédiatement sa tête sur l’oreiller.

Trop de choses se passaient. Pourquoi un oreiller ? Pourquoi cette brillance ? Qu’avait-il donc, et où était-il ? L’air était saturé de l’odeur douceâtre de la propreté excessive et de la maladie. Le bourdonnement qui lui grésillait dans les oreilles fut surmonté d’échos de voix. Des voix de femmes. L’impression tenace d’avoir la tête prise dans du coton, il essaya une fois encore d’ouvrir les yeux et faire face au monde.

La blonde et la brune le regardaient avec douceur, penchées sur lui, presque trop près. Elles aussi étaient blanches –en blouse. Peu à peu, leurs visages se précisèrent, leurs voix aussi, et tout paraissait irréel, inconsistant :

-… Ne pas bouger…

-… Calme…

-… Souvenez ?

L’une avait les cheveux d’un doré artificiel, les racines noires trahissant la teinture. Ses traits étaient maternels, elle devait avoir une quarantaine d’année, et le regardait avec compassion. La deuxième, plus jeune, de teint fort pâle avec des cheveux foncés, avait l’air plus inquiète, plus anxieuse. Il les voyait comme à travers un filtre, elles paraissaient à la fois trop près et trop loin. Il savait qu’il aurait dû agir, parler, montrer qu’il était là, conscient, mais son corps refusait de réagir et il referma les yeux, comptant bien dormir encore et reprendre des forces. Il avait l’impression qu’on venait de lui passer sur le corps.

Refermer l’obscurité sur la blancheur et les visages fut bienvenu, mais les sons continuaient à lui parvenir, et il ne pouvait les repousser. Les voix s’entremêlaient, mais lui arrivaient nettes. Les mots passaient et il les connaissait, il le savait, il n’avait juste pas le courage de les interpréter, ils paraissaient aussi informes que le reste malgré les voix claires. Il était question de choses médicales. De collègues, de médecins. Rien qui ne retienne son attention, et les phrases dissolues s’effaçaient d’elles-mêmes de sa mémoire sitôt entendues.

-Et l’autre garçon ? demanda enfin l’une des deux femmes.

L’autre garçon ? Tooru eut l’impression que son cœur venait de s’arrêter. Oui, avant ça, avant tout, il y avait un autre garçon avec lui. Il y avait Tobio Kageyama.

Il eut soudain l’impression que l’adrénaline coulait dans ses veines, et se sentait maintenant tout à fait alerte –et paniqué. Tobio, où était Tobio ? Etait-il à l’hôpital avec lui ? Il était avec lui avant qu’il ne perde connaissance, mais les souvenirs étaient embrouillés, trop pleins de bruits et de couleurs et d’odeurs –les sirènes et le sang et la fumée…

La deuxième femme répondit en murmurant, trop bas pour que Tooru l’entende. Alors, il ouvrit les yeux, pivota son visage vers les deux infirmières et leur lança un long regard interrogatif et quelque peu désespéré. Il ne se sentait pas en état de parler, les mots étaient entravés dans sa gorge. Dites-moi, songeait-il, dites-moi qu’il va bien. Elles lui rendirent son regard sans répondre, la plus jeune se détourna et sortit de la pièce. Celle à l’air maternel se rapprocha du lit, d’où elle s’était éloignée pour parler. La sensation de nausée était toujours aussi présente, renforcée par l’angoisse.

Des Coeurs et des CorpsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant