Tooru avait à peine refermé la porte sur Tobio qu’il s’effondra contre le panneau de bois. Il se laissa glisser au sol, enfouit son visage dans ses genoux, tenta de calmer les sanglots convulsifs qui le secouaient.
Qu’avait-il fait ?
Il était littéralement déchiré. Tobio était amoureux de lui, et lui, Oikawa, l’avait rejeté. Ça aurait pu être quelque chose de normal. Quelque chose qu’il aurait fait quatre mois plus tôt pour se débarrasser d’un plan cul devenu trop sentimental. Oui, avant qu’il ne s’attache à Tobio, et qu’il ne naisse également des sentiments de son côté. Il avait les mains crispées sur le tissu de sa chemise, comme si elles pouvaient entrer dans sa chair et en extraire son cœur pour qu’il cesse enfin de souffrir. Il aimait Tobio, plus sûrement que Kageyama lui-même. Il l’aimait, vraiment, follement, tendrement, de toutes les manières possibles. Et parfois même il se disait qu’il n’avait jamais autant aimé, pas même Hajime, et ça le terrifiait.
Hajime, Hajime, Hajime. C’était le nom qui tournait dans sa tête alors qu’il s’était résolu à mettre Tobio dehors. Il n’avait pas supporté d’entendre la réciprocité à ses sentiments. La tentation de tout plaquer, Iwaizumi compris, pour suivre Tobio avait été trop forte. Il s’était fait des raisons ; soit Tobio n’était pas sincère, confondait ses sentiments, soit, forcément, il le forçait à mettre un terme à trois ans et demi de relation avec son ex-meilleur ami. Ce n’était pas contre Tobio, c’était une guerre contre lui-même qu’il menait désespérément.
-Qu’est ce que j’ai fait ?
Avait-il déjà connu pareille douleur ? Il venait de congédier pour toujours celui qu’il aimait. Lequel ne voudrait sûrement plus jamais le revoir après tout ce qu’il avait dit. Il remonta ses mains dans ses cheveux, referma les doigts autour des mèches soyeuses et laissa échapper une plainte sourde. Lorsqu’il releva le visage, ses yeux brillaient d’une détermination nouvelle.
Il se redressa, se remit debout péniblement en s’appuyant au mur. Il resta un instant immobile devant la porte, inspira profondément. Il était temps de choisir. Sa dernière chance de rattraper Tobio, ou se vouer à jamais à Iwaizumi. Il lança un regard tout autour de lui, sur les lilas mauves en train de se faner dans leur vase, sur l'ordinateur éteint, la table basse et la file de tasses vides, le canapé et la couverture aux motifs de soucoupes volantes, les magazines éparpillés au sol, et ferma les yeux.
-Je suis désolé, murmura-t-il, comme si les murs pouvaient l’entendre.
Il posa la main sur la poignée de la porte et l’ouvrit doucement ; Tobio était parti. Oikawa ne savait pas s’il s’attendait à le trouver là, mais il réprima la panique qui l’envahissait. Réfléchis, Tooru, se répéta-t-il en s’efforçant de garder la tête froide ; où est-il bien allé ? Il n’a pas de voiture, il n’a pas de clés. Il est trop loin de chez lui pour être rentré à pied. Il a dû se diriger vers la station de bus la plus proche.
Tooru claqua la porte et dévala les escaliers à toute vitesse au risque de se rompre le cou, sautant les marches deux à deux, se servant des rampes pour aller plus vite ; il appuya frénétiquement sur le bouton pour ouvrir la porte d’entrée de l’immeuble et se précipita dehors, lançant un rapide coup d’œil circulaire pour essayer de repérer Tobio dans la nuit déjà noire et glacée, illuminée par les lampadaires orangés qui lui parurent froids et austères. Puis il se mit à courir, courir, à en perdre haleine, jusqu’à ce que le vent glacial n’humidifie à nouveau ses yeux et ne gifle ses joues, courir pour éviter de penser, courir sans s’arrêter ; et enfin, il aperçut les cheveux noirs, le sweat gris, la démarche encore titubante ; et il ne ralentit pas, il courut jusqu’à le rattraper, même si chaque respiration irritait ses poumons brûlants, que ses jambes étaient lourdes et engourdies, et que son cœur battait à toute allure dans sa cage thoracique, jusqu’à ce que ses bras se referment sur Tobio et le retiennent de faire un pas de plus.
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Des Coeurs et des Corps
FanfictionCela faisait deux ans que Hinata et Kageyama filaient le bonheur parfait. Finir ensemble, à vrai dire, était une évidence pour eux. Jusqu'à ce qu'un fantôme du passé ne surgisse à nouveau, ne vienne s'immiscer entre eux. Et avec lui, un marché t...
