Yachi avait tenu parole, et n’avait rien dit.
C’était chez elle que Hinata avait trouvé refuge. Elle habitait assez loin, mais il préférait s’y établir quelques temps plutôt que de retourner chez ses parents. Il ne voulait pas expliquer tout ce qui lui était arrivé depuis un an, ses échecs successifs. Il n’avait pas tardé à retirer toutes ses affaires de l’appartement, non sans quelques pincements au cœur. Il avait vidé l’armoire de ses vêtements, résisté à la tentation d’en conserver un appartenant à Kageyama. Il avait pris quelques serviettes, un peu de vaisselle, certains souvenirs.
En sortant de cet appartement qui avait été le sien, qui avait été le leur, Shouyou lança un dernier regard dans la glace, près du meuble de l’entrée. Il se souvenait du jour où il était rentré ici, des mois auparavant ; il s’était souri, de ce sourire qui montrait toutes les dents, qui plissait un peu ses grands yeux noisettes alors brillants de malice ; ses boucles rousses étaient encore, à ce moment, ébouriffées du trajet à vélo qu’il venait de faire, et ses joues étaient, se souvenait-il encore, plus roses qu’à l’accoutumée. Le contraste était saisissant. Ses cheveux avaient poussé, et avaient quelque peu perdu de leur éclat flamboyant. Il se trouvait globalement plus terne ; son teint était pâle sous les tâches de rousseur, presque gris à causes des nuits manquées. Ses yeux étaient éteints et dénués de toute once d'espièglerie. Il avait l’impression d’avoir pris des années. En guise de sourire, il ne parvint qu’à crisper le coin de ses lèvres.
Il était temps de se retrouver. De tourner la page et l’arracher si nécessaire. Sortir de ce lieu où, il le savait, il avait été trompé, de ce lieu maudit et empestant l’adultère, était déjà un deuxième pas, après avoir fait ses adieux à Kageyama. Ce qui avait aussi été particulièrement difficile, mais pas impossible, tout compte fait. Ce dont il avait peur était de l’oublier. Oublier sa voix, les nuances exactes du bleu de ses yeux, son visage paisible quand il dormait. Plein de petites choses qui s’accrochaient dans ses souvenirs et dont il ne voulait pas se départir. Il avait pris son poisson rouge, qui se montra plus hystérique que jamais en quittant la table où il demeurait jusque là. Il mourut une semaine après son installation chez Yachi, créa un vide étrange et une rupture profonde et symbolique.
Yachi Hitoka habitait un appartement plus grand que celui qu’avait occupé Hinata, et miraculeusement doté d’une chambre d’amis. Elle l’accueillit donc avec grand plaisir. Il proposa de participer financièrement, mais tout ce qu’elle réclama de lui fut un coup de main pour les courses, le ménage et autres tâches. Le plus difficile fut les premiers jours, quand il dut tout expliquer, d’abord la rupture, puis l’accident, où était Tobio, ce qu’il avait fait. Il parvint à retenir Yachi de courir à l’hôpital, et, lorsqu’il ne put la réprimer, lui fit promettre de garder le silence sur ce qui s’y dirait. Kenma avait fini par lui envoyer un sms pour lui dire que Tobio s’était réveillé. Malgré son soulagement immense, Shouyou ne répondit pas, et bloqua le numéro. Il était temps de faire des choix, temps de changer de vie, songea-t-il. Même malgré lui, Kozume n’avait pas toujours favorisé son bonheur.
Les choses s’améliorèrent petit à petit, mais finalement, elles n’auraient pas pu empirer. Yachi le distrayait par ses bavardages et ses propositions d’activités diverses et variée qui lui occupaient l’esprit et le temps ; elle l’aidait à rattraper le retard qu’il avait accumulé dans ses devoirs et dans ses notes à la fac, et pendant un temps se trouva constamment penchée sur son épaule à le surveiller travailler. Un intérêt qui tranchait contre l’indifférence qu’il avait subie. Ce ne lui fut pas du tout désagréable, au contraire, et il finit par rechercher la compagnie de Yachi ; parfois elle s’absentait et il se surprenait à souhaiter son retour.
Il put donc observer d’une part une hausse conséquente de ses notes et d’autre part une nette amélioration de son humeur. C’était infime, jour après jour. Il reprit une sociabilité décente avec l’équipe de volley et ses amis de fac, alla visiter sa famille plus régulièrement et se ressourcer ; lui qui n’arrivait en guise de sourire qu’à pincer les lèvres d’un air peu convaincu, finit par s’amuser, se réjouir. Peu à peu, ses lèvres s’étirèrent à nouveau et finirent par montrer, comme autrefois, ses dents blanches. Il commença par s’esclaffer, puis pouffer quand l’occasion se présentait. Un jour que Yachi fit une bêtise absurde, il éclata brutalement de rire, un rire pur et sincère. Il s’en étonna lui-même, se contempla d’un air surpris et heureux, se dit que peut-être, le bonheur était à sa portée.
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Des Coeurs et des Corps
FanficCela faisait deux ans que Hinata et Kageyama filaient le bonheur parfait. Finir ensemble, à vrai dire, était une évidence pour eux. Jusqu'à ce qu'un fantôme du passé ne surgisse à nouveau, ne vienne s'immiscer entre eux. Et avec lui, un marché t...
