Kageyama

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Kageyama était roulé en boule dans son lit avec un magazine de volley quand son écran de téléphone clignota. Il s’en empara aussitôt, peu inquiet : Hinata était parti chez Yachi de bonne heure en ce samedi matin particulièrement froid, il n’avait donc pas à craindre qu’il fasse irruption soudainement. Un message d’Oikawa glissa un sourire sur les lèvres de Tobio qui s’empressa de le lire :

« Salut toi ! Ça te dit qu’on se voie ce mercredi ? »

Tobio se souvint lui avoir dit ne pas avoir entraînement ce jour-là, pour cause de réparation du gymnase.

« Oui, super ! Quelle heure ? »

« Je peux passer te chercher après les cours ? »

« Parfait, je dirai que je sors avec un pote »

« Nickel ! »

Tobio roula sur le dos et se surprit à sourire encore. Chaque fois qu’il savait qu’il allait revoir Oikawa, il se sentait bouillir d’excitation et aurait voulu qu’il soit déjà là. Après tout, Hinata savait déjà tout… Tobio ne pouvait nier qu’il se sentait très mal vis-à-vis de cela. Il pouvait à peine imaginer la situation pour Hinata, et se demandait souvent pourquoi ils étaient encore ensemble alors qu’on ne pouvait même plus les qualifier de couple. Peut-être parce qu’il subsistait encore une dépendance vis-à-vis de l’autre purement mentale, que l’amitié la plus forte qu’ils aient jamais connue continuait de les lier l’un à l’autre.
Amitié. Ce mot revenait si souvent à l’esprit de Tobio… Hinata lui manquait comme ami. L’époque où ils ne se souciaient pas de sentiments plus profonds, où ils pouvaient être proches sans ambigüité et sortir avec qui ils voulaient, tout en restant complices. Kageyama était lassé des regards torturés, des sanglots étouffés, et s’en voulait, bien sûr, mais il filait le bonheur avec Oikawa. Même si, là aussi, se glissait pernicieusement une ombre à son beau tableau.

Le sourire disparut peu à peu et Tobio enfouit son visage dans ses genoux. Il ne pouvait pas se mentir plus longtemps, il était temps d’affronter la réalité. Il voulait Oikawa, Oikawa tout entier, avec ses qualités et ses défauts, avec sa provocation et ses futilités, avec ses mots doux et son regard intense. Il voulait que le chocolat de ses yeux se pose sur lui, et ses mains aussi ; il voulait sentir son odeur et sa présence. Il était prêt à tout donner pour l’avoir là, lui parler, le toucher, s’émerveiller un peu plus à chaque instant qu’il soit réel, observer chaque détail de son visage et de son corps, chaque parcelle de sa peau, chacun de ses cheveux même. Il ne se sentait plus lui-même quand il était absent, il avait l’impression de jouer un rôle, le rôle du copain de Hinata. Et s’il désirait autant la présence d’Oikawa… Tobio avait mis un moment à comprendre tout à fait, mais il pouvait maintenant se l’avouer. Il avait des sentiments pour Oikawa. Des sentiments réels. En fait, il pouvait même avancer qu’il était tombé amoureux de lui.

Il l’avait nié un certain temps, forcément. Il s’agissait tout de même de celui qui l’avait rejeté au collège, celui qui l’avait humilié maintes et maintes fois. Ils avaient une histoire complexe, entre rivalité et admiration. Mais à présent… Ce n’était plus une espèce de connaissance dont il ne voyait qu’une image, non, il connaissait Oikawa, qui il était vraiment. Et il lui plaisait.

Ça le minait, d’un autre côté. Il savait qu’il n’aurait jamais de pareils sentiments en retour, qu’Oikawa ne faisait que combler le manque d’Iwaizumi, qu’il ne s’attacherait pas. Pas réellement. Tout ce qu’il disait était pour la forme, sans fond sincère. Tobio n’était qu’un plan cul qui avait quelque peu évolué pour devenir un espèce de complice, d’ami, mais jamais plus que cela. Alors il tentait de moins apprécier le temps qu’il passait avec lui, mais dès qu’il quittait l’appartement d’Oikawa, il se sentait terriblement seul et désœuvré.

Des Coeurs et des CorpsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant