Je suis à la boutique de vêtements où je travaille. Je passe les articles avec un grand, faux, sourire, parce que mon patron est juste à côté et qu'il me surveille, à cause de ce qui s'est passé la dernière fois, il n'arrête pas de me surveiller. Ce n'est pas de ma faute si le gringo m'a mal parlé et que je l'ai insulté ! Mais pour mon patron "Le client est roi !", évidemment... J'essaye d'être aussi poli que je peux, puis l'homme s'en va. Mon patron vient vers moi et je souffle discrètement.
« - J'espère bien que l'incident ne se reproduira plus.
- Bien sûr que non, monsieur !
- Je l'espère. Vous ferez la fermeture, ce soir. Il me tourne le dos et il s'en va.
- Connard....
- Pardon ? Dit le client en face de moi.
- Bonjour, monsieur. »
Je n'ai pas le choix de servir ces gringos. Ce n'est pas comme s'il y a des jobs partout, et moi, je dois rester ici, à être au service de tous ces cabrón. J'essaye de garder un faux sourire toute la journée, sinon, il va encore me tomber dessus l'autre.
Je tire le rideau de fer et je vérifie que j'ai bien tout verrouillé, je me tourne ensuite pour marcher, seule, vers les transports. Je mets mes écoute dans mes oreilles pour me sentir moins seule et je ferme mon manteau parce qu'il commence à faire froid.
J'ai hâte de sortir de ce quartier de riche, bruyant et immense. Pas que mon quartier soit des plus calmes, ça non ! Mais c'est différent, tellement différent. Là où j'habite, il n'y a pas autant de voiture qu'ici, c'est un peu normal à cause de toutes les voitures qui se sont fait braquer, puis il y a du bruit, mais ce n'est pas le bruit des voitures ou des klaxons, c'est... Diffèrent. Le jour, on entend les gosses jouer dans la rue, mais la nuit, si on laisse nos fenêtres ouvertes, on entend des femmes hurler à cause des coups qu'elles reçoivent par leur époux alcoolique, ou par leur père, ou alors des hommes qui se battent... C'est différent, tellement différent.
J'arrive dans mon quartier, je vois un groupe de jeune réunit, ce n'est jamais bon signe, donc je vais vers eux pour voir ce qu'il se passe, et je vois Fabio se battre avec un autre, qui me semble être son ami. Je les attrape les deux par leur t-shirt et je les sépare.
« - Qu'est-ce que vous faîtes ?!
- Ton frère a insulté ma meuf de sale gringa.
- Parce que ta meuf est une sale gringa.
- Fabio. Je lui attrape l'oreille. Toi, tu viens avec moi, niño. Vous êtes amis, si je vous vois encore vous battre, je vous frappe moi-même. »
Je lâche l'oreille de Fabio et je le prends par le bras pour le tirer avec moi à la maison. Il râle parce que d'après lui je lui ai mit la honte devant tout le monde. Je le pousse à l'intérieur de notre appartement et je l'emmène dans la salle de bain pour lui soigner ses quelques blessures, pas immense, mais je dois quand même désinfecter, avant que mon père ne le voit.
« - Pourquoi tu as insulté sa copine ?
- Parce qu'elle le manipule, et elle essaye de faire de lui un gringo. J'ai essayé de le lui faire comprendre en parlant, mais il ne veut rien entendre. La violence n'a rien résolu non plus.
- Parce que tu n'as pas frappé assez fort. Tu te battais comme un peureux !
- Hey ! Tu es censé me dire que la violence ne résout pas tout !
- La ferme ! Je lui attrape ses cheveux et il grimace. C'est les blancs qui disent ça, chez nous, ça ne marche pas comme chez eux. S'il veut rester avec sa copine, qu'il reste, mais qu'il vous oublie, même lorsqu'elle va le lâcher. Bon, je vais aller préparer de quoi manger. Fais en sorte que papa ne te voit pas.
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For You
Roman d'amourIl y a ces quartiers que même les flics évitent, ils sont assez dangereux, et même ceux qui habitent dans ces quartiers ont parfois peur. Et dans ce quartier, il y a ces filles, fortes, froides, qui sourient à peine, qui sont très impulsives, qui n'...
