Chapter III (part 1)

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Le lendemain je me réveille en retard, comme d'habitude. Je ne connais même pas mon emploi du temps, alors pourquoi prendrais-je la peine de me lever à l'heure hein ? Question rhétorique, ça facilite la vie.

Je prends donc mon temps et arrive au lycée une heure après le début des cours. J'entre dans le bâtiment et vais immédiatement m'assoir sur une marche en haut de mon escalier. D'ici je vois tout, j'observe tout, je sais tout. L'acoustique de ce lieu me permet également d'entendre le moindre bruit de pas. Depuis 3 ans passés ici j'ai appris à différencier les démarches de chacun. Lorsqu'un professeur s'approche son pas est généralement rapide et constant alors que les élèves ont plutôt tendance à accélérer ou ralentir.

Les filles ne sachant pas marcher avec des chaussures à talons sont probablement les individues que je hais le plus lorsque je suis ici et tente de me détendre. Quand j'y pense les grosses chaussures qui grincent sur le parquet souple m'insupportent également au plus haut point.

Franchement, la pauvre tâche qui pense pouvoir passer inaperçu en marchant non loin de moi n'est pas encore née !

Je souris intérieurement lorsque je me rends compte que mes pensées divaguent bien trop facilement vers toutes sortes de sujets futiles.

Soudain une main, que je devine petite, se pose sur mon épaule sans pour autant la presser. Probablement dans le simple but de manifester la présence de son propriétaire. Je redresse alors la tête pour faire face à l'abruti ayant osé me déranger.

Je me retrouve nez à nez avec un cauchemar, une vision d'horreur, une abomination.

- Excuse-moi, pourrais-tu m'aider ? Je suis nouvelle, j'étais avec le proviseur et maintenant je ne sais pas où je dois aller...

Je la détaille et reconnais ses cheveux blonds clairs. Cette fille. C'est elle. Celle qui jouait la sainte, qui essayait de changer le monde. J'aurais un milliard de questions à lui poser si elle ne me dégoûtait pas autant.

Ses yeux sont d'un bleu intense, si profond qu'on s'y noierait en un rien de temps. Elle a cette voix aiguë mais douce, enfantine mais rassurante. Une parfaite cacophonie à mes oreilles.

- Montre-moi ton emploi du temps.

Elle se hâte, sort son carnet au dos duquel est scotché très proprement son emploi du temps et me le tend.
Je fais attention à ne surtout pas la toucher, ne serait-ce que la frôler équivaudrait à un bain d'acide.

Putain. Honnêtement, je n'avais pas besoin de ça.

- Nous sommes dans la même classe. C'est par là.

Je lui indique donc la direction à prendre et avance jusqu'à la salle. Elle m'emboîte le pas tout en accélérant de sorte de marcher à la même vitesse que moi.

Une fois devant la salle je me tourne vers elle. Quelle erreur. Je grimace d'horreur devant la vision qu'elle m'inflige. Un sourire éclatant. Son écœurant visage parfait affiche l'expression divine que je lui imaginais lorsque je l'ai vue pour la première fois, par la fenêtre de l'appartement de Mai. Ce que je vois est tout simplement ignoble, ses lèvres restent étirées d'une façon plus que naturelle, comme pour me narguer.

Argh, cette odeur fruitée commence sérieusement à me taper sur le système ! Cet infâme et délicat parfum s'imprègne de tout mon être avant même que je n'ai le temps de réagir.

- Tu n'entres pas ? me demande mon petit bourreau blond.

- Non.

Je pars, fronce les sourcils et traine les pieds, agacée par cette gamine.

Je ne veux plus rester au lycée. Pour le coup même mon escalier favori ne me suffit pas. Je fais des allés-retours dans les couloirs, croise d'autres visages, entends d'autres pas, vois des sourires, des regards, des baisers, des engueulades. Il y a trop de monde, beaucoup trop. Je m'étouffe, me noie, m'asphyxie. Je commence donc à courir vers la porte la plus proche.

Je dois sortir.

Une fois dehors je m'arrête afin de reprendre mon souffle. Je relève la tête et constate que je me trouve sur le parking des profs. J'entends un moteur, une Mercedes rouge et probablement décapotable s'approche de moi. Les vitres avant se baissent en même temps que le toit ouvrant, tiens, j'avais raison !

- Hey Ymir, si tu n'as rien de mieux à faire, ça te dit de venir avec moi ?

Je revois ce regard perçant, ces longs cheveux blonds légèrement emmêlés et ce décolleté aguicheur.

- Liz...

- Waouw, tu connais mon nom ! Je suis impressionnée !

C'est vrai que la dernière fois que j'ai passé du temps avec elle j'avais omis de lui demander son nom. Mais évidemment je l'ai entendu de la bouche de professeurs qui l'appelaient.

- Alors, c'est oui ? Tu montes ?

- Oui.

Je monte alors et me laisse conduire à travers la ville. En pleine matinée il n'y a pas grand monde sur la route, ce qui me permet de voir les maisons défiler rapidement sous mes yeux. Après une quinzaine de minutes de trajet nous arrivons devant un immeuble d'extérieur assez moderne. Chaque locataire possède également une place de parking privée. Quelques grands arbres ornent la résidence et le quartier est plutôt calme. Je pourrais probablement profiter de l'instant si seulement l'autre blondasse ne m'avait pas agacée dès le matin.

Je suis Liz dans l'ascenseur dans lequel règne une tension sexuelle démesurément palpable.

Une fois dans son appartement, je la détaille. Ses hanches sont parfaitement moulées dans son jean noir et ses cheveux tombants dans son dos lui donnent un côté sensuel. Non plus sexuel mais sensuel, érotique. Pendant un instant j'aurais pu la considérer comme la personnification du Désir ou de l'Envie... Mais lorsque je croise de nouveau son regard je reviens à moi. Elle ne représente rien d'autre que le plaisir charnel, la débauche, la luxure. Cette femme est un péché à elle seule.

- J'ai envie d'une chose... Ymir, s'il-te-plaît, va chercher la mallette qui est posée sous la commode dans la chambre.

Sa voix est suppliante. Elle dépend de cet objet ou plutôt de ce qu'il contient.

Je vais donc dans la pièce indiquée et trouve la mallette, en effet disposée comme indiqué. Je l'ouvre et reste troublée par son contenant.

- Qu'est-ce que...

Out [YumiKuri]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant