Chapitre 53

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Déjà midi... J'ai pour ordre de ne pas regarder la télévision ou d'écouter la radio. En d'autre termes tout ce qui pourrait me donner une information sur le verdict du procès. Il veut me l'annoncer lui-même. Jauger mes réactions et enfin me libérer.

Par la fenêtre, je peux apercevoir les voitures banalisées qui assurent ma sécurité. Il me semble qu'elles sont plus nombreuses aujourd'hui. Quelques journalistes patientent parfois devant la porte, espérant une déclaration de Maître Delgado. Mais rien de plus. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi à la fin de ce procès. Une nouvelle vie ? Une nouvelle identité ? La protection des témoins ? On n'est jamais à l'abri d'un homme en quête de vengeance.

Surtout que les journalistes ont eu vent de mon existence au cours du procès. Aucun ne sait où je me trouve mais ils savent qu'il y a un témoin essentiel qui n'a pas témoigné au procès. Certains ont même commencés à comprendre comment cette opération a pu être possible. Ils cherchent à obtenir l'identité de ce fameux témoin. Mais je sais que mon ange gardien ne les laissera pas me trouver.

Je n'ai pas pu communiquer avec lui puisque je n'ai accès à aucun ordinateur mais cela ne fait aucun doute qu'il surveille de près le procès et les informations qui pourraient fuiter. La police n'a pas pu et ne pourras jamais mettre la main sur lui. Son identité est scellée au fin fond de ma mémoire. Même Maître Delgado n'a pas eu accès à cette précieuse information. Peut-être que je les présenterais un jour mais cela m'étonnerais.

Un léger bip me sort de ma rêverie, il est suivi d'une longue vibration. C'est le « bipeur » que m'a laissé mon Maître, la seule technologie à laquelle j'ai le droit aujourd'hui. Il ne sert qu'à recevoir ses messages. Je m'empresse de l'attraper pour lire son message. Deux mots, simple mais un ordre précis se cache derrière. Sois prête. Ça veut dire qu'il ne va pas tarder à rentrer. Et que je dois aller l'attendre en suivant nos règles dans la « salle de jeu ».

Je vais me changer dans la chambre pour enfiler un ensemble de lingerie noire. Juste un tanga et un soutien-gorge, pas d'artifices. Je tresse mes cheveux et les réunis en un chignon assez simple aussi. Il les arrangera si il préfère autre chose. Je garde ma nuque accessible et les cheveux attachés évitent bien des problèmes. Pas de maquillage non plus, je reste naturelle.

Pieds-nu, je me dirige vers la pièce indiquée. Elle est restée ouverte aujourd'hui, il a surement prévu son coup à l'avance. Je marche sur le parquet jusqu'au milieu de la pièce, sur le tapis blanc. Rond, il est placé exactement au centre de la pièce. Tout est articulé autour de celui-ci.

Je m'agenouille parfaitement dans la position demandée. Dos à la porte, mon corps entièrement offert à mon Maître. Cette pièce m'apaise. J'ai déjà eu le loisir de la détailler lors de nos précédentes séances. Je n'ai pas besoin de lever les yeux pour pouvoir la décrire. Alors je les ferme et je la voie dans ma tête.

La pièce est aussi sobre que l'appartement mais les teintes sont mauves, lavande et blanches. Quelques teintes de rouge viennent donner du peps à la pièce et rappeler la particularité de notre relation.

Derrière moi, une commode à tiroir couleur marbre anthracite renferme une bonne partie des accessoires dont nous nous servons. Un tiroir par catégorie d'objet : les sextoys, les martinets, les attaches, les bâillons, les bandeaux... Chaque objet à une place précise. Les tiroirs ne font pas de bruit, ainsi je ne sais jamais ce qu'il va sortir comme jouet.

De l'autre côté de la porte, une bibliothèque noire déstructurée sert pour ranger les cordes, ce qui ne rentre pas dans la commode mais aussi des livres et une petite chaine stéréo qui lui sert parfois pour mettre une ambiance musicale.

A ma droite, une Croix de Saint André, en bois sombre trône fièrement aux côtés d'un banc de punition molletonné rouge qu'il peut modifier à sa guise. De l'autre côté, à ma gauche se trouve un pilori lui aussi molletonné et rouge ainsi qu'un canapé d'angle couleur crème. Au plafond, tout un système de poulie, de crochet et de grillage renforcé dont il peut modifier la hauteur sert quelques fois pour m'attacher.

Mais la pièce la plus majestueuse se trouve face à moi. Un magnifique lit, king size en fer forgé. Les draps sont d'un blanc immaculé et le couvre lit donne une touche de couleur avec quelques motifs mauves.

L'attente, c'est ce qui me permet de me mettre dans un bon état d'esprit avant de commencer une séance. C'est un temps nécessaire pour nous deux. Je me concentre, je respire calmement et je prends conscience de ce qui m'entoure. C'est le moment de rentrer dans ma bulle, notre bulle puisque mon Maître va bientôt m'y rejoindre.

Le son caractéristique de l'ascenseur vient de retentir discrètement. Il ne viendra pas directement me rejoindre. Lui aussi va se changer, ce qu'il va mettre je n'en sais rien. Il fait en fonction du moment. La tension monte d'un cran, il sait que je suis là, à l'attendre, quasiment nue. Et moi je sais qu'il va bientôt venir s'occuper de moi, me donner toute son attention.

Il prend tout son temps, il sait que je ne bougerais pas tant qu'il ne me l'aura pas demandé. La porte de la pièce se ferme, à clef. Ce n'est pas habituel, je me demande ce qu'il prépare. Le parquet ne craque pas mais je me doute qu'il est en train de préparer tout ce qu'il lui faudra.

Il n'a pas dit un mot, pas maintenant, ce n'est pas le moment. Nous devons prendre le temps de nous préparer mentalement à ce qui va suivre. Je sens sa chaleur se rapprocher de moi. Il pose quelque chose derrière moi pour que je ne puisse pas le voir.

Et toujours en prenant son temps, et silencieusement, il vient se placer devant moi. Il pose un genou à terre et sa main droite se pose sur mon menton pour me faire lever la tête. Les yeux dans les yeux nous nous dévisageons.

Contrairement à d'autres Maîtres, il veut que je le regarde dans les yeux. Parce que mes yeux ne peuvent pas lui mentir, mes yeux ne peuvent pas lui cacher ce que je ressens.

- Tu ne le sais pas, mais cela fait des jours que je prépare cette séance en parallèle du procès avec un autre Maître de ma connaissance. Non non, reprend-t-il quand il sent que je me crispe. Il ne viendra pas, j'ai seulement eu besoin de ses conseils pour la séance d'aujourd'hui.

- Tu refuses de parler à la psy, très bien. Alors j'ai dû trouver un autre moyen de te faire extérioriser tout ce que tu gardes enfouis au plus profond de toi. Je sais que tu n'as pas encore pu tout sortir malgré ce que tu veux me laisser croire.

Je ne peux m'empêcher de baisser les yeux. Il me laisse faire pour cette fois, ça non plus ce n'est pas habituel.

- Nous allons faire quelque chose que je n'ai jamais fait avec toi, du moins pas en aussi poussé. Tu as toujours ton safe word. Mais quoi que tu dises tu as besoin de cette séance. Tu ne dois t'en servir qu'en cas d'urgence, tu le sais. Rappelle-le-moi.

- Phénix Maître.

- Oui Phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres. Ça te correspond bien. Je vais te pousser dans tes retranchements les plus profonds. Tu dois me faire totalement confiance. C'est pour ton bien.

Il marque une longue pause, le temps pour moi de me recentrer sur lui, et de réfléchir. Oui, je lui fais totalement confiance, mais je ne comprends toujours pas ce qu'il a prévu. Il a pourtant essayé le maximum de choses sur moi.

- Aujourd'hui nous allons nous essayer à l'art très complexe du Shibari.

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Hellow tout le monde ! 

Me voilà, enfin, de retour avec un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaît :)

Un chapitre plus long pour me faire pardonner mais aussi parce que je ne suis pas sûre de pouvoir publier le prochain avant début février... En effet, entre les révisions, le stage, les dossiers à rendre et tout le reste, je n'ai pas  trop le temps de me concentrer pour écrire la suite ^^'

Comme d'habitude, n'hésitez pas à commenter et à me donner votre avis, c'est aussi ce qui me permet de trouver des idées pour la suite et d'avoir une histoire complète ;-)

Bonne semaine à tous et à bientôt :-)  

Le Prix de la LibertéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant