10 - LEONHARD

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Je ne sais pas quand est-ce que ça arrive précisément mais... à un moment, je me rends compte que je m'amuse. Que je m'amuse vraiment. J'apprécie ce moment, simple, convivial et festif - j'en ai oublié ma balourdise, mon angoisse, mes maux - j'ai juste l'impression, pour la première fois depuis bien longtemps, d'être au bon endroit, au bon moment. La jeune femme m'a fait confiance pour la guider - elle n'a pas hésité à me donner sa main pour que je l'emmène sur la piste, elle s'est placée d'elle-même entre mes bras, et elle compose sans mal avec mes gestes pas toujours très coordonnés. Son sourire m'a donné le courage de me lancer... et maintenant, si j'en crois sa façon de rire chaque fois que je la fais tourner, elle s'amuse au moins autant que moi.

Je n'avais pas remarqué de prime abord, mais sa robe est complètement décolletée dans le dos - lorsque je le note quand je la fais tourner, je déglutis machinalement - elle a vraiment une peau magnifique. Lisse, sans défaut, pâle et crémeuse - je l'envie un peu. A côté, avec la longue balafre qui traverse mon abdomen, et toutes les autres incisions dont je suis recouvert à cause de mes greffes ou de mes blessures de combat... je fais un peu vieille poupée rapiécée. Mais bon, c'est un peu ce que je suis... la créature de Frankenstein. Je n'ai pas lu beaucoup de livres - à vrai dire, seulement ceux qui étaient au programme de l'académie militaire - mais il ne m'avait pas été bien difficile de m'identifier au pauvre monstre solitaire.

Une première musique se termine, puis une autre - la jeune femme a les joues rougies par l'exercice et le souffle court, et je hausse un sourcil amusé alors qu'elle revient dans mes bras à un moment. Je ne fais pas de commentaire, mais mon regard veut tout dire - mmhh oui, clairement, je vais la traîner avec moi de force sur le terrain d'entraînement. Courir un peu ne lui fera clairement pas le moindre mal. Moi... grâce au programme de l'étudiante, eh bien, le moins qu'on puisse dire, c'est que je suis en forme. J'ai chaud, mais malgré mes 120 kilos bien tassés, l'exercice n'est pas trop épuisant pour moi. Après tout, j'ai l'habitude de supporter mon propre poids dans des situations bien plus extrêmes que quelques danses un peu rythmées...

Au troisième morceaux, les lumières baissent encore un peu - c'est une valse, le DJ a sans doute remarqué que les gens commencent à fatiguer. Alors que ma cavalière hausse un sourcil interrogateur, je ne m'arrête pas et je l'entraîne dans une valse certes peut-être un peu moins gracieuse que celle des autres, mais bon, au moins, je connais les pas. Un peu de place se libère sur la piste, et je nous entraîne dans un recoin un peu plus dégagé, et surtout un peu plus loin de la musique pour qu'on puisse s'entendre parler.

- Je vous abandonne après celle-ci, j'ai besoin d'un peu d'air, confessais-je avec un sourire.

Autrement dit il va me falloir consommer au moins la moitié d'un paquet de clopes pour me décider à revenir sur la piste.

- Vous vous amusez bien sinon ?... demandais-je sur le ton de la conversation.

Les mondanités, ce n'est vraiment pas mon truc... mais je peux bien faire un effort, ou du moins essayer.

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