Je n'ai pas gaffé, et j'ai volontairement omis de préciser que je connaissais son grand-père - lui comme moi somme tenus sous le secret militaire... et même les beaux yeux et le gai babillage de la jeune femme ne peuvent me le faire oublier. J'évite également de développer de trop le sujet de mes conneries de jeunesse - elles impliquent pour beaucoup le fait que nous étions une équipe d'amplifiés d'élite, soudés, et pour certains faisant office de prototypes vivants, comme moi. Comment lui expliquer les capacités et les droits qu'impliquaient nos éventuelles conneries, ainsi que nos différents accès, nos voyages ?... Bon, elle m'a clairement grillé, mais changeons de sujet.
- On verra... répondis-je avec un sourire, toujours aussi évasif.
Elle insiste pour qu'on essaye de voir si je peux lui faire intégrer des notions de hollandais - j'ai comme un doute, mais là encore je laisse couler – après tout pourquoi pas. Ça ne sera jamais comme parler avec quelqu'un dont c'est la langue, mais ça me fera pratiquer un peu, ce sera toujours ça de pris. Bon, suite à sa bise de remerciement, on se retrouve comme deux cons, aussi gênés l'un que l'autre - je fais une tentative de diversion, qui fonctionne, à mon plus grand soulagement. J'ai passé l'épreuve du feu, et je me sens incroyablement léger - je ne vois plus ce qui pourrait encore gâcher cette soirée, désormais. La jeune femme au bras, je nous ramène dans la salle principale - la musique est toujours aussi forte, la foule des danseurs toujours aussi endiablée - c'est parti pour durer jusqu'au bout de la nuit.
Je vois de loin Eldridge soutenir une Ross ivre morte et très entreprenante - derrière je vois mon supérieur m'adresser un signe de la tête. Je remarque alors les regards discrets, mais appréciateurs qui convergent vers nous - enfin non, pas vers moi... vers l'étudiante. C'est vrai que ce soir, elle rayonne. Je vois une jeune femme glousser en nous observant - des connaissances de miss Barns, sans doute... Mais curieusement, pour une fois, ça ne me dérange pas. Je suis fier de l'avoir à mon bras, même si le prix à payer est d'avoir à retourner danser sur la piste. Mais vu l'ivresse générale de la foule, plus personne ne remarquera mes mouvements raides et mal coordonnés à cette heure. D'ailleurs, quelle heure il est ?...
La foule qui se met soudain à entamer un décompte me répond dans la foulée - il est déjà l'heure ?... Je tourne la tête vers la pendule et... ah oui, il est presque l'heure. Le temps que je tourne la tête, miss Barns a déjà hélé un des serveurs qui se baladent avec des plateaux recouverts de coupes de champagne - c'est l'instant fatidique... et je dois faire appel à toute la force de ma volonté pour refuser.
- Pas pour moi merci, débitais-je en profitant du fait que la musique couvre mon ton un peu sec.
Je l'ai fait... j'ai réussi. Pas une goutte, depuis quatre jours. Bientôt cinq. C'est bientôt la fin du décompte... cinq... quatre... trois... deux... un...
- Bonne année, miss Barns, lançais-je à ma cavalière en baissant les yeux sur elle, un sourire en coin sur les lèvres.
VOUS LISEZ
Heart's Mechanic - New Year Eve
RomanceElle, « pas féminine » ??! Caliane Barns fulmine suite à la dernière réflexion peu galante du commandant rustre. Bien que l'essentiel de ses tenues se compose de pantalons cargo et de débardeurs sombres, elle reste une femme, non mais ! Qui a dit qu...
