Chapitre 2 Partie 3

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Sylvia s'était éteinte depuis son retour, et son aura semblait se recroqueviller sur elle-même. Sa conversation avec Arthur semblait l'avoir assombrie avec de nouvelles inquiétudes. Comment les vampires arrivaient-ils à embrigader les donneurs et à les rendre si soumis ? Leur attrait échappait à mon entendement. Pour Sylvia, je ne croyais pas qu'il s'agisse d'argent ou d'un goût pour le danger. J'ignorais tant de choses sur leur monde...

— Un souci ? l'interrogeai-je, une fois l'empreinte énergétique de Scully à bonne distance.

— Non, non. Tu as de la famille dans le coin ?

— Je n'en ai plus depuis longtemps. Pourquoi cette question ?

Sylvia lissa ses cheveux. Elle les avait prévenus, alors où était le problème ? En le formulant mentalement, j'eus une illumination. Elle me croyait en danger et tentait de me protéger. Finalement, elle était intéressante. Je trouvais dommage qu'elle soit à jamais perdue. Je me surpris à cette pensée, car, au fond, je m'en moquais.

— J'imagine qu'avec ce que nous avons vécu, tu préférerais te reposer auprès des tiens plutôt que rester dans une ville où tu ne connais personne, tenta-t-elle gauchement.

— À présent, je te connais !

Ma paume se posa sur son bras et absorba un peu de sa terreur. Je ne me souvenais plus de la dernière fois où j'avais accompli ce geste. À défaut de la sauver, je la délestais. Je n'avais pas l'âme d'une protectrice et encore moins dans le cas d'humains en proie aux vampires. Une fois entrés dans leur antre, ils étaient aussi morts que leurs maîtres. Sylvia l'était tout autant pour moi. J'allais me servir d'elle pour les atteindre, et elle devrait se montrer forte pour tenir la distance. Mon élan était intéressé et non un signe d'altruisme ou d'une quelconque sympathie. Ma générosité se situait au même niveau que le rythme cardiaque de ces macchabées !

— Tu as raison, souffla-t-elle, avant de se détendre. Mais la région n'est pas aussi paisible qu'elle en a l'apparence. N'offre pas ta confiance à n'importe qui, insista-t-elle.

Elle sursauta lorsque Scully franchit le rideau et me tendit un dossier.

— Vous pouvez rentrer chez vous et vous reposer. Sylvia, tu sais ce que tu as à faire, on se voit bientôt, conclut-il en lui serrant la main.

Je sentis dans ma chair le frisson qui courut le long de la colonne vertébrale de la serveuse. J'espérais que sa mission ne consistait pas à m'éliminer, car la tuer aujourd'hui ne m'aurait rien rapporté. J'avais été confrontée à des affaires où les vampires s'étaient servis de leurs donneurs afin d'exécuter leurs basses besognes. Ils y voyaient deux avantages : les humains étaient interchangeables, et ils n'avaient pas besoin de se salir les mains eux-mêmes. Avec Sylvia, je serais vite fixée. Durant l'absence du docteur et sans qu'elle s'en aperçoive, j'avais attrapé un des instruments sur le plateau et l'avais camouflé entre ma hanche gauche et mon jean, enfoncé dans le tissu. Mon couteau logeait toujours le long de ma colonne, mais un scalpel se manipulait avec davantage d'aisance dans un habitacle de voiture. Marlan me tendit son avant-bras et m'aida à descendre de la table d'auscultation. Je le saisis et le remerciai pour son attention. Puis nous regagnâmes la voiture de la serveuse. Quand elle la contourna pour se rendre à la place du chauffeur, je glissai la lame à l'intérieur de ma manche droite. Une fois installée, je lui indiquai mon adresse, et un silence pesant nous accompagna sur le chemin. Elle s'arrêta devant mon immeuble, mutique.

— Merci. C'était gentil de ta part, commençai-je.

— J'embauche bientôt. Fais attention à toi ! lança-t-elle avant que je sois entièrement sortie du véhicule.

— J'ouvre le magasin dans moins d'une semaine, et j'y suis chaque jour pour surveiller l'avancement des travaux. Tu sais où me trouver, si tu as besoin.

— Je suis ravie de t'avoir rencontrée, soupira-t-elle.

— Également. Toi aussi, fais attention à toi ! appuyai-je.

Sylvia me sourit, et une étincelle s'éveilla dans ses pupilles à cette dernière phrase. Je lui tendis la main pour qu'elle comprenne que j'étais au courant. Si elle n'était pas stupide, elle viendrait me voir. Elle me salua et disparut dans le virage à l'opposé du parking de la brasserie. La machine était lancée. À présent, je surveillerais davantage mes arrières. Ces monstres connaissaient mon existence, m'avaient rencontrée, détenaient mes adresses personnelle et professionnelle. Je leur avais sacrément mâché le travail. Leur corbeau n'aurait aucune difficulté pour me localiser. Mais serait-il assez curieux pour que ça ne traîne pas ?

1 - DissonanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant