Sylvia m'avait déposée au pied de mon immeuble. J'avais déambulé dans mon appartement en écoutant quelques morceaux de jazz. Une bonne nuit de sommeil plus tard, je me préparai pour rejoindre Bumpkin à la gendarmerie, comme nous en avions convenu la veille. Mon choix de tenue fut aussi anticipé qu'à l'accoutumée. Je m'emparai du premier tee-shirt et du jean qui se trouvaient dans mon placard et gagnai la cuisine. Durant mon repos, j'avais oublié ma blessure, et elle se rappela à mon bon souvenir lorsque mon pantalon entoura mon tibia.
— Fais chier !
Mon poing se crispa et tapa le dessus du plan de travail. Les blessures à l'arme blanche étaient les pires. Sur le coup, elles se géraient mieux qu'une balle, mais quelques heures après, le moindre effleurement était une torture. Celle-là ne dérogeait pas à la règle. Je soulevai le bord du sparadrap, puis l'arrachai d'un coup sec afin de constater l'étendue des dégâts. Scully avait fait un excellent boulot. La suture était impeccable. Ma jambe délivrée de l'étoffe, je me retournai et fouillai mes pots de cuisine. J'attrapai un macérât de racines d'halus récupérées lors d'un de mes rares passages à Derweid et le pot de feuilles d'orpin pour activer la cicatrisation. Je les broyai dans mon mortier et les mélangeai avec un filet d'eau. La plaie enduite d'halus, je formai un cataplasme avec l'orpin déchiqueté. Je n'aurais plus rien, à part une énième cicatrice et une légère sensibilité au toucher. Ce soin m'obligeait à rester chez moi jusqu'à ce qu'il craquelle et que je puisse retirer les morceaux.
Une tasse fumante à la main, j'écartai mes vêtements dans la penderie de la chambre. À l'aide de coups sur le fond, le placoplatre se décala, et j'empoignai mon tableau en liège. Je compilai dessus les détails sur l'organisation vampirique locale. Ma gorge réchauffée par ma tisane reminéralisante, je rajoutai la présence de Marlan Scully à l'hôpital. Il eut droit au papier rouge : se méfier. Sur deux autres post-its, j'inscrivis le prénom de Sylvia et de son ami Arthur. J'ignorais encore à quel niveau il intervenait, mais je l'apprendrais tôt ou tard. Les informations que j'avais accumulées étaient trop minces pour tenter une attaque à l'aveugle. Les identifications du gouverneur et du corbeau locaux s'avéraient cruciales. Ces derniers servaient de second et de garde du corps à un gouverneur. Ils avaient la responsabilité d'effectuer les contrôles d'identité des arrivants. Ils s'assuraient également du respect des lois instaurées par le gouverneur avec l'aide de leur équipe de gardiens. Les corbeaux détenaient les pleins pouvoirs afin d'exécuter tous les récalcitrants ou les opposants au système. Personne n'exigeait aucune justification, et j'avais constaté qu'ils se croyaient tout permis. Je les haïssais, car ils étaient souvent les pires d'entre eux. Avec un profond plaisir, j'avais offert leur dernière mort à une bonne dizaine d'entre eux. Je les repérais vite. Pour être honnête, je percevais surtout leur énergie, plus sombre et sauvage qu'un macchabée lambda. Conduire un être à sa dernière demeure laisse une empreinte colorée indélébile, et, avec le nombre de cadavres qu'ils avaient à leur actif, pour moi, ils ressemblaient à des sapins de Noël.
Je bus une gorgée de mon thé et détaillai les bouts de papier griffonnés. J'avais hâte de savoir depuis quand le gouverneur local était en place. Un vieux vampire avait trépassé lors du meurtre de ma mère, et jamais un chef de clan n'aurait toléré l'assassinat d'un membre de son âge sans réplique, à moins qu'il en soit le commanditaire. Mon plan était simple : les infiltrer en prenant soin de ne pas éveiller les soupçons ni sur mes intentions ni sur mes talents. J'avais identifié des endroits que je prévoyais de visiter afin de localiser leurs repères. De chaque espèce émane un champ vibratoire unique, et quelques bâtisses excentrées dégageaient une source non humaine, sauf qu'il s'agissait d'un clan de métamorphes. J'ignorais encore les habitudes et les mœurs de ce district, alors, même si ma toile se tissait, la patience restait de rigueur.
J'étirai mes bras vers le plafond et tendis mes jambes. Le tableau finit au fond du placard, à l'abri d'éventuels regards indiscrets. Le cataplasme se fendit lorsque je me redressai, et une légère douleur irradia le long de mon tibia. J'ôtai avec délicatesse les derniers résidus retenus sur les points et les jetai dans la poubelle à côté d'une console. Je saisis mon pantalon resté dans la cuisine et l'enfilai. Mon blouson en cuir sur le dos et mon sac en bandoulière, j'entourai un foulard autour de mon cou. Une fois sur le trottoir, j'enjambai une Honda CBF 1000 F et la caressai tel un pur-sang. Elle m'accompagnait aussi souvent que mon travail me le permettait. Je m'étais vite rendu compte qu'en cas de courses-poursuites, la carrosserie des voitures m'empêchait d'utiliser correctement mes pouvoirs. Tant qu'à ne pas avoir de toit, autant opter pour la mobilité d'un deux-roues. Je démarrai et roulai en direction de la gendarmerie.
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1 - Dissonance
FantasíaJe suis Siobhan, une sorcière Fille d'Odin, le Fléau. Tueuse à gages froide et insensible, personne n'a envie de croiser mon chemin. On me paye cher pour débarrasser la Terre des monstres. Et je ne boude pas mon plaisir, surtout quand ce sont des va...
