Chapitre 9 Partie 2

156 16 5
                                        

— Relâche-le, m'ordonna le corbeau en me fixant dans les yeux, les mains dans les poches.

Je jetai Maxime sur la barricade formée par les autres vampires. Il se redressa en feulant et envisageait de répliquer quand le bras du corbeau le stoppa dans son élan.

— Tu veux qu'on te laisse tranquille, alors monte sur le ring ! poursuivit le chef du district, dont la voix chaude trancha avec la tension ambiante.

— Pourquoi le ferais-je ? répondis-je en poussant mes affaires du pied afin de ne pas être entravée.

— Tu viens de casser le bras d'un type qui pèse le double de ton poids sans sourciller, et surtout parce que je te l'ordonne. (Il attendit quelques secondes.) Après, je peux t'y contraindre, si tu préfères.

Je le détaillai pendant qu'il se dirigeait vers le ring. Le chef de district passa entre les cordes et me fit signe de venir devant lui, son index tendu.

— Ma patience est très limitée, gamine. Monte !

J'enregistrai les emplacements des autres vampires, qui m'empêchaient de m'enfuir. Utiliser la magie constituait mon unique échappatoire, mais je refusais cette option. Il était hors de question de révéler ma nature pour un incident aussi banal ! Alors, j'effectuai la seule chose que je ne désirais pas, du moins pas encore : je montai sur le ring afin de me confronter au chef du district local qui me scrutait du haut du ring.

— Que comptes-tu faire ? Tu vas me casser la figure parce que j'ai un peu amoché ton copain mal élevé ?

Les bonnes manières n'étaient plus de mise.

— Maxime sait qu'il devrait mieux se comporter vis-à-vis des femmes, mais c'est plus fort que lui, soupira-t-il.

— Casse-lui sa jolie gueule, Corbeau ! répondit l'intéressé, comme si les propos de son chef ne lui étaient pas destinés tout en remettant son coude en place.

Je roulai sous la dernière corde et me levai avec agilité devant le numéro 2 du district. Je me contentai de le jauger, immobile. Il me dévisageait comme une souris avec laquelle il envisageait de s'amuser avant de la déchiqueter. Le physique d'Edgar m'avait impressionnée, mais le corbeau ne déméritait pas malgré une bonne quinzaine de centimètres en moins. Sa carrure était imposante et son aura avait envahi la mienne avant même que je ne le rejoigne. Ce macchabée était impressionnant, même pour moi ! Il dégageait une sauvagerie loin de la bestialité à laquelle ses congénères m'avaient habituée. Son regard mordoré et son attitude se rapprochaient davantage d'un félin. Le V formé par son buste était à peine camouflé sous son tee-shirt en coton noir et sa musculature était si travaillée qu'à chaque mouvement de ses mains gantées de cuir, la peau de ses avant-bras donnait l'impression d'onduler. Sans aucune sommation, il m'assena un coup dans les côtes qui me coupa le souffle et me plia en deux. Il n'y était pas allé de main morte. Deux possibilités expliquaient un tel geste. Soit il cherchait à me blesser et à tester ma résistance. Soit il avait détecté quelque chose d'inhabituel dans mon empreinte vibratoire et espérait que je me défende, livrant au passage ma véritable nature. Je devais abréger ce combat si je ne voulais pas tout gâcher.

Maxime, Edgar et l'inconnu nous entouraient, le sourire aux lèvres. Ils me raillaient, à l'exception d'Alexander, qui partit s'asseoir sur un banc de travail, et Arthur, resté à l'écart le visage tourné vers l'extérieur. Il devait se souvenir que j'avais aidé sa donneuse... quant à Emilio, il faisait comme si de rien n'était. Le buste en deux, je laissai croire au vampire que je n'arrivais pas à me remettre. D'un pas chassé, je passai sous ses mains, qui se levèrent, et envoyai mon poing, qui atterrit dans sa mâchoire. Un silence brutal s'installa autour de nous. Mes battements cardiaques me martelaient les tympans. Aussi vite que je m'étais approchée, je m'éloignai dans une chute avant pour me relever face à lui. Ses yeux devinrent entièrement noirs. Ses gants caressèrent sa bouche durant quelques secondes. Il essuya le sang qui coulait de sa lèvre fendue avant de le lécher.

— Qui es-tu ?

— Celle que vous avez décidé de faire chier. Je ne vous ai rien demandé, alors laissez-moi partir !

— Je ne te le répéterai pas, qui es-tu ? grogna-t-il.

Un vent glacial se diffusa et Alexander bondit vers nous. La puissance métaphysique du corbeau m'atteignit et une décharge électrifia ma colonne vertébrale. Punaise, quel âge avait-il ? J'avais rencontré de vieux vampires, mais pas de sa trempe, et surtout pas en tant que simple corbeau d'un district perdu au fin fond de la campagne aveyronnaise. Un instant, je crus m'être trompée et me tenir face au gouverneur local. Fais chier... Si c'était le cas, ça compliquerait grandement mon plan.

— Corbeau, elle a porté secours à Sylvia ! intervint Arthur, ses tresses rousses revenant sur ses épaules.

— Calme-toi, Corbeau. Ce n'est qu'une femme, ajouta Alexander, accoudé à la corde supérieure.

Finalement, je n'y comprenais plus rien. Ils l'appelaient tous Corbeau, comme un prénom et non pour désigner sa fonction. Je m'efforçai de rester concentrée sur l'instant présent et éclaircirais ce point plus tard.

1 - DissonanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant