Chapitre 9 Partie 1

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Des sacs de frappe longeaient un mur couvert de miroirs. Depuis mon arrivée dans la salle de sport, je courais sur un tapis tandis que deux boxeurs s'affrontaient sur un ring dans le fond. Je me raidis lorsqu'un groupe de vampires franchit la porte. Je repérai l'ami de Sylvia, Arthur et sa chevelure rousse tressée, ainsi qu'Edgar, l'armoire à glace qui m'avait offert un café infâme aux urgences. Les quatre autres m'étaient inconnus. Au moment où le dernier passa le seuil, une vague énergétique m'atteignit violemment. Tous mes muscles se bandèrent. Mon épiderme se crispa et mon cœur s'emballa. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui causait cet émoi sensoriel. Les morts-vivants n'étaient pas mon genre, à moins qu'ils soient embrochés ou éparpillés aux quatre vents. À ce moment-là, j'éprouvais une forme de jouissance, car leur énergie vitale s'engouffrait en moi et nourrissait ma part offerte au dieu Odin. En dehors de ça, ils ne provoquaient que répulsion.

J'avais choisi une machine face aux glaces pas pour m'admirer en train de transpirer : j'avais beaucoup de défauts, mais le narcissisme n'en faisait pas partie. Ma position était purement stratégique et m'offrait une vue sur les trois quarts de la salle. Un jogging ample dont la capuche me couvrait la tête camouflait mon visage rosi par l'effort et me permettait de les détailler en toute discrétion. Leurs signatures vibratoires se dégageaient les unes des autres. Je les associai à leur propriétaire avec facilité. Ils ne se souciaient pas de moi et discutaient entre eux, à l'exception d'un seul. Le dernier à être entré, celui dont l'aura était bien plus sombre. Son énergie trouvait un écho avec la mienne. Dès que je tentais de m'y connecter afin de lire dans ses pensées, une boule se formait dans ma gorge et ralentissait mon débit d'air, m'empêchant d'accéder à son esprit. Mon attention se focalisa uniquement sur lui. Une cicatrice d'une quinzaine de centimètres courait du dessus de son sourcil jusqu'à la naissance de sa pommette gauche. Il avait eu de la chance, car l'accident n'avait pas abîmé son œil. Il ne détourna pas ses yeux mordorés lorsque nos regards se rencontrèrent dans le miroir. Je jubilai intérieurement. Le corbeau du district se tenait dans mon dos !

— Salut, Emilio, un peu de monde, ce soir ? lança un des vampires au physique nordique.

— Tu sais, Alexander, en fin de semaine, les clients ne sont plus très motivés, pouffa le patron du club.

— C'est qui, la nouvelle ? lança le corbeau en me désignant du menton.

Son ton n'accordait aucune négociation. Aussi sec et froid que son cœur.

— Elle vient de prendre un abonnement, j'espère que ça ne vous pose pas de problème ? s'inquiéta le propriétaire en levant ses paumes.

Arthur se pencha à l'oreille du corbeau.

— Aucun. Allons-y ! ordonna-t-il aux cinq macchabées qui l'accompagnaient.

Ils se dirigèrent vers le vestiaire mixte. Emilio me sourit à travers son reflet avant de reporter son regard vers l'écran de son ordinateur. J'avais aperçu l'arme qui dormait sagement sous le comptoir. Si on y prêtait attention, elle restait visible depuis le plateau de renforcement musculaire. Elle serait peut-être utile, qui sait ?

Dès qu'ils les virent quitter le vestiaire, les boxeurs désertèrent le ring et les six vampires s'installèrent sur les machines les plus proches de celui-ci. Edgar discutait avec deux des vampires que je découvrais pour la première fois et un second groupe se forma avec Arthur, le corbeau et celui au physique de tombeur. Après plus de trente-cinq minutes sur un dénivelé de douze pour cent, je stoppai le tapis. Je saisis ma serviette, qui reposait sur le tableau de l'appareil, pour éponger mon visage. Un voile de transpiration salutaire le recouvrait. Depuis plus de quinze ans, je suivais un entraînement rigoureux et choisissais mes aliments avec soin pour garder une forme physique et psychique impeccable. Cette discipline s'avérait indispensable pour ma survie. Je reposai la serviette et bus plusieurs gorgées au goulot de ma bouteille d'eau. Dos à leur groupe, je percevais leurs regards fixés sur moi. L'un des vampires que je ne connaissais pas s'approcha. Il envisagea de toucher mon épaule, mais je fis volte-face. J'avais une sainte horreur que l'on me touche, surtout eux !

— Que voulez-vous ? commençai-je, sur la défensive.

— Il paraît que t'as réussi à désarmer les braqueurs toute seule, comme une grande, ironisa le vampire, un sourire en coin, en gonflant ses pectoraux à travers son débardeur.

— Il ne faut pas croire tout ce que l'on raconte ! répliquai-je en regroupant mes affaires.

Le grand blond que le patron avait appelé Alexander pouffa, alors les autres macchabées se raidirent.

— Tu as eu du bol que ce soient des minables. T'aurais pu mourir ainsi que de pauvres innocents ! appuya-t-il en me toisant de son regard vert coupé d'une mèche chocolat.

— Maxime, laisse-la ! s'exclama le corbeau sans nous observer.

— Elle est plutôt appétissante... Je devrais lui faire découvrir la ville, ronronna Maxime, qui me donnait plus envie de l'empaler que de lui accorder un rancard.

Je soupirai et m'apprêtais à rejoindre les vestiaires lorsqu'il s'empara de mon bras. Ce macchabée dépassait les bornes ! Par réflexe, je fis tourner son poignet autour de l'axe de son coude et il se retrouva le bras vrillé, la figure vers le sol. Ma réaction le surprit et il se tendit, accentuant le blocage.

— Lâche-moi ! vociféra-t-il, essayant de se relever.

En une fraction de seconde, Edgar, Arthur et l'autre vampire nous encerclèrent. Le chef de district et Alexander s'approchèrent. Le corbeau semblait attendre mes prochains gestes et m'étudiait avec attention.

— Je m'entraîne tranquillement. Je ne m'occupe pas de vous, alors faites-en autant !

Je ne me souciais plus de ma victime et surveillais le comportement des cinq autres. Il faut toujours qu'ils fassent les malins, ces fichus macchabées...

— Va te faire foutre ! cria Maxime, fou de rage.

De son bras libre, il tapa violemment ma plaie au tibia. Heureusement que je m'en étais occupée, sans quoi les points de suture auraient lâché. Je n'éprouvai qu'une maigre douleur, mais son attaque me déséquilibra. Je ne desserrai pas ma prise pour autant. Au contraire, j'appuyai davantage et son coude céda. Des grognements accompagnèrent le craquement osseux.

1 - DissonanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant