Chapitre 6 : Au revoir

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Forest Creature by HideTheInsanity - Deviantart

Origins - Adrian Von Ziegler



Au petit matin, alors qu'Hélios pointait à peine le bout de son nez par-delà les montagnes du Nord, Aaron, lui, émergeait à peine d'un profond sommeil. La chaleur de la lumière le sortit doucement de ses rêveries et il finit par se redresser de toute sa hauteur dans un grognement plaintif.

Il n'y avait devant lui qu'un feu de bois trépassé, laissant à présent un tas de cendre et de bûches à moitié carbonisées. Seuls les majestueux chênes aux alentours semblaient témoins de son réveil puisqu'il n'y avait pas âme qui vive, rien, pas même un animal. Edel s'était une fois encore réveillée avant lui et vagabondait sans doute aux abords de la forêt. Peut-être avait-elle décidé de partir ? Mais ne crions pas victoire trop tôt, il était évident que non.
La vie reprenait tout doucement en ces lieux et l'homme poussa un profond soupir de bien-être. Il était né pour vivre ici, c'était une délicieuse constatation coutumière.

Un crapaud pourpre aux pointes de notes verdoyantes sur son crâne le regardait de ses iris indigo et globuleux. Drôle de bête présente tous les jours autour de la maison au toit de chaume, peut-être était-ce le lard fumé qui l'attirait ici.


C'est alors qu'il entendit un petit cri lointain, suivit d'une nuée de corbeaux s'extirpant des cimes. Était-ce l'enfant ? Il n'eut pas vraiment le temps de se permettre de réfléchir à cela : si elle est en danger, alors c'est maintenant qu'il faut y aller ! Aaron saisit le couteau qui reposait à côté du jambon sec et se mit à courir en direction des oiseaux.

— Mouflette ! hurla-t-il en entrant dans la forêt.

Il n'y voyait presque rien, sortant à peine de son sommeil, le soleil n'avait d'ailleurs qu'à peine percé la sombre profondeur de la sylve.

— MOUFLETTE ! cria-t-il une nouvelle fois, plus fort.

Les arbustes et de multiple branches fouettaient son visage durant sa course, les bottes de cuir frappant le sol avec hargne et vélocité. Il sauta par-dessus un rocher et déboula soudain dans une petite clairière que le soleil avait étrangement atteinte.
Aaron vit alors la petite fille assise sur une immense souche de chêne, le livre de contes ouvert sur les genoux, au côté d'un jeune tilleul aux allures anthropoïde. Pour être tout à fait honnête, le chasseuse se figea sur place quand il découvrit l'arbre qui se tenait à côté de l'enfant. Le tronc se séparait en deux pour donner naissance à un buste duquel encore partaient deux bras distincts. D'un visage partait une ramure feuillue et le sourire qui trônait au centre de celui-ci rendait cette chose douce et bienveillante. Ce visage était humain.

— « ...Et c'est ainsi qu'après la guerre, la coalition d'Utop décida de scinder le monde en deux : les Fourvoyards qui avaient détruit la planète par les armes biologiques et nucléaires se virent condamnés à rester aux sols putrides de Gaïa, et les Illumineux, enfants innocents d'un peuple né dans ce conflit, eurent le droit de demeurer au ciel, au-delà des nuages par-delà la cruauté humaine. », racontait l'enfant à cette créature.

— Mouflette ! protesta soudainement Aaron.

La petite fille surprise de le voir ici referma immédiatement son livre avant de saluer l'arbuste humain et trotter pour le rejoindre dans un sourire.

Edel (en pause)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant