Une nouvelle difficile

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Laocris regardait le Général allongé dans son lit, inquiet. Quelles pouvaient être les nouvelles que Thundarius voulait partager ? Il fronça les sourcils mais ne dit rien, se contentant d'observer la scène. Salia s'approcha du côté droit du lit tandis que Jacriph prit le côté gauche. Le père des deux Alfides sourit à son vieil ami et lui fit signe de tout leur dire. Le blessé ferma alors les yeux et inspira puis regarda ses interlocuteurs et se remit à parler.

- Ce que je vais vous dire ne va pas arranger les choses...

A ces mots, Laocris prit la parole en s'étonnant.

- Comment ça, ne pas arranger les choses ? Je ne comprends pas, on est pourtant en sécurité, là, non ?

- J'ai plusieurs mauvaises nouvelles à vous annoncer, dont plusieurs concernant mon état de santé. Je vais d'ailleurs commencer par là.


Les trois De Dakos se raidirent mais lui laissèrent la parole, inquiets de ce que le Général allait révéler. Après une grimace de douleur, celui-ci reprit la parole.

- Quand Aarius m'a poignardé, dans la ville humaine, il a touché le bas de mon poumon gauche. Sur le coup, j'ai eu le souffle coupé et je n'ai pas pu réagir de suite mais une fois au calme, soutenu par Jacriph, j'ai pu diriger mon énergie vers ma blessure pour la contenir. Une fois que l'on a quitté le monde humain, j'ai pu m'aider des flux pour soutenir mon corps mais j'ai utilisé presque toute mon énergie vitale pour empêcher la blessure de s'aggraver. Et vu ma faiblesse physique, une fièvre s'est déclenchée et je commence à perdre le contrôle de mes sens.


Au fur et à mesure que l'Alfide parlait, le visage de ses compagnons de voyage palissait. Laocris était atterré par les nouvelles qu'il entendait. Aarius l'avait donc si profondément atteint ? Il n'aurait jamais cru le maître des Objets Lourds vulnérable à une telle attaque. Sous le choc, il se contenta de regarder le blessé, attendant les autres nouvelles. Mais son père ne put se retenir.

- Mais... Ça va aller hein ? Tu vas pouvoir t'en sortir ?

- Oui, ne t'inquiète pas mon ami. Les soignants de ce village m'ont tout de suite stabilisé grâce aux flux et m'ont assigné un Nieblas qui me permettra de résister plus longtemps en gelant la progression de la blessure avec les flux. Cependant, pour que je sois complètement rétabli, il me faudra attendre des médecins réputés qui viendront ici pour m'opérer.

A ces mots, le père de Laocris se crispa puis soupira. L'opération dont parlait Thundarius consistait à entrer dans le corps du blessé et réparer les plaies internes avec la puissance des flux. Seulement, cela requérait une grande maîtrise de ceux-ci et une connaissance approfondie du corps alfide. Peu de spécialistes arrivaient un jour à une telle maîtrise. A ce jour, seuls trois médecins Alfides y arrivaient et ils devraient se déplacer tous les trois pour soigner le Général.



Profitant du silence dans la pièce, un petit animal sortit de sous l'oreiller du blessé pour venir s'allonger sur sa poitrine. Il ressemblait à un petit lion, ou à un lynx. Son pelage, argenté à la base, s'éclaircissait vers les bords pour virer au blanc. Ses yeux étaient dorés et il avait des touches de jaune éclatant au bout de la queue, sur les oreilles et sous les pattes. Et là où sa peau était visible, on pouvait apercevoir un bleu pâle. De la taille d'une main, il semblait se fondre dans le brouillard l'entourant, se déplaçant par petits bonds. Il s'agissait du fameux Nieblas, qui avait une compétence particulière. En effet, il pouvait contrôler les flux et cela permettait, en quelque sorte, d'instaurer une stase. En plus simple, l'animal créait une zone où tout était figé. Un peu comme si le temps n'agissait pas...

Eduqué et entrainé, il pouvait donc stabiliser les patients et permettre à ces derniers de gagner du temps pour guérir. C'était l'une des causes de la longévité et de la santé exceptionnelle du peuple Alfide. Les coupant tous dans leurs pensées, Salia prit la parole.

- Alors, si tu dois attendre, tu ne pourras pas nous accompagner au camp de Larcita ?
- Non, en effet. Ce qui m'amène aux autres mauvaises nouvelles.

- Quelles sont-elles ?

- Pendant que tu étais en mission d'infiltration et que Laocris faisait du repérage, j'ai été amené à découvrir certaines choses... En laissant traîner mes oreilles ici et là et en discutant avec Zeika Mandaris. Elle m'a appris des informations très intéressantes. Que l'on n'aurait jamais pu soupçonner. Bien sûr, elle ne m'a pas tout expliqué, utilisant ces infos comme garantie de sécurité, mais ce qu'elle m'a révélé est grave. Ce qui implique de se rendre à Larcita au plus vite pour en savoir plus.



Les trois autres Alfides avaient encore plus blêmi, si cela était possible. Jacriph s'avança un peu vers son camarade et lui demanda, d'une voix inquiète, de leur révéler cette fameuse information.

- Eh bien... Le chef de ce groupe, celui qui t'as enlevé... Ce n'est pas un humain. Pire encore, il a fait partie de notre société pendant un moment. Elle ne m'a pas révélé son nom, mais juste ça, cela suffit à m'ébranler. Plus besoin de se demander pourquoi les jeunes Aarius et Zeika ont autant dévié du droit chemin ni pourquoi le jeune prince a monté ce coup d'état... Parce que, oui, là déjà, cette personne contrôlait tout. Il faut que vous rejoigniez miss Mandaris au plus vite, en espérant qu'elle soit déjà à Larcita. On a de la chance, le camp ne devrait pas être trop loin d'ici. Mais vu mes blessures et ma situation, je ne pourrai vous accompagner.


Un grand silence suivit la déclaration de Thundarius. Laocris était horrifié. Alors si tous ces évènements s'étaient produits, c'était la faute d'une personne ayant appartenu à la société des Alfides... C'était la pire nouvelle qu'ils puissent entendre. De plus, leur groupe de voyageurs était réduit et ils ne seraient plus que trois à faire le chemin jusqu'à Larcita. Enfin, il valait mieux que Thundarius se repose et reste là mais c'était tout de même handicapant...

Le jeune Alfide poussa un soupir et se passa une main sur le front, accablé. La vie semblait s'acharner à leur compliquer les choses ces derniers temps. Mais ce n'était pas le moment de craquer. Il carra les épaules et se redressa, le regard sérieux.

Trois ans plus tôt, il avait juré à sa sœur qu'il l'aiderait, peu importe les obstacles. Il était temps de prouver que le dernier de la fratrie pouvait lui aussi montrer les crocs. Il ferait regretter à ce traître de s'en être pris à eux. Ses yeux englobèrent son père, sa sœur et Thundarius. Pour eux, il serait capable de beaucoup de choses. Mais serait-ce assez ?

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