12- SAN

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Elle semble paisible, endormie. On dirait presque une adolescente. Son air sévère qui prenait place sur son visage en tout temps est remplacé par des traits presque enfantins.
« Tu dormiras dans la chambre, cette nuit.
- Pas besoin. Je préfère rester ici.
- Sauf qu'elle est là. Ne fais pas ton difficile et laisse lui le sofa pour qu'elle puisse se reposer, me dit Mingi.
- On peut partager le sofa. Je n'ai qu'à rester assis, ça me va. Tu devrais aller dormir dans la chambre, Young-ah. Ton fauteuil roulant ne semble pas confortable. Toi aussi, Mingi. Avec ton dos, tu ne peux pas dormir n'importe où.
- Tu dois récupérer...
- Avec les médicaments que je viens de prendre, je ne suis pas fatigué. Si tu me laisses rester ici, j'essaierai de manger.
- C'est une menace?
- Oui.
- Disons que tu as gagné, mais si tu ne manges pas, je te jure que je te forcerai à le faire. Par la force si c'est nécessaire. »

Je ne fais que rigoler suite à sa réplique. Après quelques protestations, Wooyoung accepte de dormir dans le lit. Le salon redevient silencieux lorsqu'il est quitté par mes deux amis. Après quelques heures à fixer le mur en face de moi, je m'étire pour saisir le sac de MiSuk. Poussé par la curiosité, je regarde ce qu'il contient. Je trouve un carnet que j'ouvre. Il contient pleins de photos. Je remarque rapidement que le même petit garçon se retrouve sur la plupart des photos. Après avoir regardé plus attentivement, je reconnais enfin YoungMin. MiSuk serait allée à l'appartement de l'enfant? Cherchait-elle les parents du petit garçon?

Me coupant dans mes pensées, elle ouvre les yeux.
« Salut... »

Elle m'offre un sourire poli avant de se lever tranquillement et d'aller chercher de quoi manger. Elle revient avec un bol de soupe qu'elle ne prend pas le temps de faire chauffer.
« Ça va mieux? me demande-t-elle. »

Je mordille ma lèvre, cherchant les bons mots.
« J'imagine que non, soupire-t-elle, répondant à ses propres questionnements.
- Ça ne me fait pratiquement plus mal, grâce aux médicaments. Merci.
- Ce n'est rien. Pas besoin de me remercier pour ça.
- Et toi, ton bras? »

Elle rigole un peu en me jetant un regard amusé.
« C'est une simple coupure, San.
- Je sais, mais elle semblait profonde.
- Pas tellement, non.
- Tu as fait quoi, dehors? »

Son regard s'assombrit.
« J'ai tué, elle murmure d'une voix éteinte. »

Je reste surpris de ses paroles, puis me rappelle des coups de feu avant que Mingi n'ait ouvert la porte. C'était bel et bien elle. Je reste silencieux, ne sachant pas quoi dire.
« Comment les as-tu rencontré? »

Perdu dans mes pensées, je ne porte pas attention à sa question.
« San?
- Oui?
- Comment les as-tu rencontré?
- Qui?
- Mingi, Wooyoung, Yunho et Yeosang?
- Pourquoi veux-tu savoir?
- Je ne sais pas. Je veux penser à autres choses.
- Tu as vraiment tué des gens? »

Sa respiration s'accélère et elle évite mon regard pesant sur sa personne.
« Je veux dire, je sais comment tu as connu Wooyoung, tu me l'as dit, mais Mingi? Il semble très attaché à toi.
- Ils avaient des familles, eux aussi, pourquoi ne pas les avoir seulement blessés? »

Elle se tait, mordant sa lèvre inférieure et se recroqueville sur elle-même, tremblante.
« Tu es censé protéger des gens, non? C'est ça, la devise des Gémeaux. To be protected.
- Assez, San. C'est assez. Tu peux te la fermer, maintenant. »

Ses yeux emplis de colère me fixe avec dégoût. Pourtant, je sais que cette colère et que ce dégoût ne sont pas dirigés vers moi, mais plutôt vers elle-même. Je passe ma main dans mes cheveux, ne sachant plus quoi penser d'elle. En la regardant, auparavant, je pouvais sentir une aura qui imposait le respect et la justice, mais elle vient de m'avouer le contraire.
« Oui, j'ai vraiment tué. Pour moi, pour mon frère et pour toi, mais oui, c'est moi qui ai tué. Non, je n'aurais pas dû. Je le sais.
- Pour moi?
- Je ne suis pas allée dans une pharmacie par hasard, San. Est-ce que Mingi te l'a dit? Est-ce qu'il t'a avoué ce que tu avais vraiment?
- Non, il m'a seulement dit des possibilités.
- C'est mieux ainsi.
- Quoi, qu'est-ce que j'ai?
- Ça crèves les yeux, que tu n'es pas en pleine forme. Et ça, depuis un bon moment.
- Je n'ai pas été en pleine forme depuis-
- Tu ne comprends pas. Tu... Peu importe, ce n'est pas important.
- Tu es qui pour savoir dans quel état je suis? Pour assumer que mon état est mauvais? je m'emporte.
- Personne. Je ne suis personne pour toi, San, dit-elle d'un ton sec. »

Un court silence plane.
« Mes parents étaient des Lions, je connais des bases, explique-t-elle. »

Cette piètre excuse ne me suffit pas.
« Qu'est-ce que tu sais, MiSuk?
- Je ne sais rien, je remarque, c'est tout.
- Alors qu'as-tu remarqué?
- J'ai remarqué que... J'ai remarqué le regard de Mingi lorsqu'il a vu les antibiotiques. J'ai vu du soulagement, de l'espoir. »

Une larme coule de son œil.
« Pourquoi je pleure encore, moi... Pourquoi est-ce que je suis si sensible ces jours-ci, se plaint-elle. »

Je la fixe encore, refusant de croire aux liens qui se forment dans ma tête.
« Comment as-tu rencontré Mingi, San? tente-t-elle de faire dévier le sujet.
- Mon état est si mauvais?
- Non, San. Il y a du progrès, murmure-t-elle comme un mensonge.
- C'est normal, d'avoir mal après une blessure par balle, non?
- Oui... C'est normal, c'est juste que... Non, laisse tomber. »

Ma mâchoire se contracte alors que ma respiration s'alourdit sous la peur. Je n'ai plus envie de savoir. Je n'ai pas besoin de savoir. Si Mingi a jugé que ce n'était pas nécessaire de me dire quoi que ce soit de plus, alors tant mieux, puisque je n'aurai pas besoin d'endosser la réalité.
« Je préfère ne pas te le dire, San. Je ne sais même pas pourquoi j'ai commencé à en parler... On verra. On verra, voilà.
- Je l'ai rencontré à l'école, dis-je pour clore ce sujet de discussion déplaisant.
- Mais tu es un Cancer, non? Et il est un Lion.
- À la petite école. On s'est rencontrés à la petite école. Il était dans ma classe lors de ma troisième année. Mes amis étaient dans d'autres classes et c'était pareil pour lui, alors il arrivait qu'on se parlait. Au final, on a fini par se reparler il y a quelques années. Il était complètement saoul, assis sur un trottoir. Il avait bu le ventre vide, alors forcément, il n'était pas en très bon état. Ça lui a pris deux minutes avant de réaliser que je lui parlais, il était presque inconscient. Il a faillit s'évanouir, je m'inquiétais. Je l'ai amené à l'hôpital, et puisqu'il était mineur et que je n'avais aucune idée du nom ou du numéro de téléphone de ses parents, j'ai donné celui de ma mère. Ils nous ont appelé le lendemain pour qu'on aille le chercher à l'hôpital. On l'a par la suite ramené chez lui, mais il a tenu à ce que l'on se revoit. Nos soirées se résument pas mal à boire. Parfois on se retrouve pour danser, ou aller à la plage, mais rien de bien extraordinaire.
- Vous semblez proches pour deux personnes qui ne font que boire ensemble.
- Disons que lorsque j'étais un enfant, j'étais petit et il était déjà plutôt grand. Il m'a évité d'être encore une cible et je lui montrais ce que mon grand frère m'apprenait: des pas de danse. C'était gagnant-gagnant.
- Et Yunho?
- Je ne suis pas très proche de lui, mais il est un bon ami à Mingi. Ils étaient voisins lorsqu'ils étaient jeunes. Pour Yeosang, c'est le frère de cœur à Woo'. On ne s'est jamais beaucoup apprécié jusqu'à récemment.
- Pourquoi?
- Il n'y a pas de raison précise. Nos personnalités sont juste tellement différentes que ça nous a pris quelques années pour apprendre à se tolérer.
- Et maintenant?
- Il y a quelques mois on s'est mieux compris. On a fait face à la réalité de l'autre et... ça nous a rapproché. »

Elle sourit tristement.
« Tu sembles te faire des amis facilement.
- Pas tellement.
- Au moins tu as plusieurs amis avec qui sortir.
- Oui. Pas toi?
- Disons que le travail prend beaucoup de place dans ma vie.
- Soyons amis.
- Ça ne sert à rien, San. Tu le sais bien.
- Ce n'est pas parce que nous n'avons pas le même signe que nous ne pouvons pas être amis. Wooyoung et Mingi ne sont pas Cancer, et pourtant on est amis.
- Je te l'ai dit, je n'ai pas de temps à consacrer à une amitié.
- Alors tu n'as aucun ami?
- J'en ai au travail. »

Je soupire en fronçant les sourcils.
« Ce n'est pas une manière de vivre, ça. Tu devrais profiter un peu de la vie.
- C'est quoi, ton travail?
- Je chante et je danse, pourquoi?
- Tu aimes ça?
- Bien sûr.
- Tu te sens à ta place?
- Oui.
- Alors profites-en pour moi, dit-elle en fermant ses yeux. »

Ce chapitre est particulièrement long, même s'il n'a au final pas tellement de contenu. J'espère que même s'il n'y a pas énormément d'action il vous aura plu :)

(azraclkz Et je suis curieuse moi ;-;)

𝔻𝕖𝕤𝕥𝕚𝕟𝕪  ˢᵃⁿOù les histoires vivent. Découvrez maintenant