Chapitre 22

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- Sache que je penserais à toi de tout mon coeur et que je t'attendrai au pied du lit d'hôpital lorsque tu te réveilleras.

J'avais prononcé ces mots, ma main gauche entrelacée dans la tienne. Ta peau était glaciale et je pouvais sentir au toucher de ton poignet et à tes tremblements rapides et réguliers que tu étais effrayé. Qui n'aurait pas peur de traverser un moment comme celui-ci ? Comme je savais que tu étais rongé par le stresse, la peur, l'anxiété et la tristesse de la fatalité, il était en mon devoir de rester optimiste pour nous deux.

- Tu en sortiras plus fort, j'en suis persuadé.

Tu déposas ton regard sur mes yeux. Je les voyais s'humidifier et se remplir d'un désespoir infini.

- S'il te plait Salinger, ne perd pas espoir, jure le moi.

- Et si... et si ça ne fonctionne pas ?

Ta voix se brisa et tu levas les yeux au ciel afin de retenir tes larmes.

- Ça fonctionnera. Ne pars pas défaitiste.

- Pourquoi c'est au dernier moment que tu essaies de me rassurer ? Me demandas-tu.

Je soupirai longuement.

- Je crois que je n'arrivais pas à trouver les mots justes.

- Je ne t'en veux pas, c'est compréhensible. Que peut-on dire à un mourant ?

- Tu ne vas pas mourir.

Tu pris ma tête entre tes mains et je sentis ton pouce essuyer la larme qui coulait sur ma joue.

- Et si je souffre durant ces quelques jours ? Si je n'arrive pas à avoir la force nécessaire pour m'en sortir ?

Je respirai à plusieurs reprises et tentai de creuser au plus profond de moi à la recherche des dernières onces de courage qu'il me restait.

- Alors promet-moi de choisir ce qui est le moins douloureux pour toi. Si tu te retrouves dans l'obscurité, trouve la lumière. Laisse-toi te faire guider par ton instinct avant tout. Ne pense pas à moi, seulement à toi. Si tu as envie de te battre pour rester en vie, fais-le pour toi. Si tu souhaite découvrir un monde meilleur et sans souffrance, n'hésite pas une seule seconde sous prétexte que je puisse en souffrir. Je veux que tu sois heureux, et si cela signifie que tu doives partir et connaître le vrai bonheur sans moi, alors c'est ce qui m'importe. Je sais que tu prendras la bonne décision. N'aie aucun regret, projette-toi là où tu penses que tu auras ta place.

C'était à ton tours de pleurer. Tu n'avais cette fois-ci pas pu retenir toutes ces émotions que tu accumulais depuis bien trop longtemps.

- Sid ?

- Oui ?

- Écoute... avant que je parte, je tenais à te remercier pour tout ce que tu m'as apporté. Ton amour, ton espoir, ton bonheur... je n'ai jamais été si heureux qu'en ta présence. Tu as su me redonner toutes ces choses que j'avais perdu au moment même où j'en avais le plus besoin. J'ai partagé avec toi ce que je n'ai jamais su montrer aux autres. Je croyais que rester optimiste et joyeux pour les autres allait m'aider à remonter la pente, mais la vérité c'est que je devais te rencontrer et te faire découvrir chaque parcelle de ma personnalité, mes forces comme mais faiblesses, pour mieux me comprendre et appréhender le futur. Je te jure que je ne perds pas espoir et je te promets que je choisirais ce qu'il y a de mieux pour moi, et toi, s'il te plait, ne laisse pas le résultat de cette expérience te détruire. Si je ne te revois pas, je veux que tu bâtisses ta vie comme tu la toujours voulu, avec quelqu'un qui t'aimera autant que moi et que tu chériras en retour d'un amour inconditionnel. Ne laisse pas une tempête temporaire raser toutes tes terres, laisse la chance au soleil de revenir et de t'aider à tout reconstruire.

Tes paroles résonnaient en moi comme un écho. Mon cœur s'était rempli d'amour et de tendresse. Je ne frissonnai pas comme tout à l'heure, même si je me sentais toujours autant angoissé. Mais j'avais l'impression d'avoir reçu toute la puissance de tes paroles, ainsi que suffisamment d'espoir pour tenir l'attente de ces prochains jours.

- Monsieur Finn ?

Nous nous retournâmes tous les deux vers le médecin qui venait tout juste de t'interpeler.

- Nous sommes près à vous plonger temporairement dans un coma artificiel. Et vous ?

- Je suis près.

- Très bien, veuillez me suivre s'il vous plait.

- Est-ce que je peux faire mes adieux avant s'il vous plait ?

Le médecin hocha la tête. Tu t'avanças d'abord vers l'aide soignante de ton père pour lui dire au revoir. Elle s'était déplacé en son nom car celui-ci n'avait évidemment pas pu se rendre jusqu'ici. Elliott qui était venu aussi n'avait pas pu tenir le coup non plus et fondit en larmes dans tes bras. Nous n'étions que trois à tes côtés. Il ne te restait plus de famille, ton père allait partir s'en tarder et tu n'avais ni oncle ni tante. Certains dirons que c'est attristant, mais je crois que tu n'avais pas besoin de beaucoup de personnes à ton chevet. Ton amour était réparti pour seulement quatre personnes, ce qui le rendait encore plus puissant.

- Sidney.

- Salinger.

Tu embrassas rapidement mes lèvres et tu me souris:

- Je t'aime.

- Je t'aime aussi.

Et puis ce fut tout. Nous n'avions pas besoin de plus de mots et de gestes, nous savions parfaitement bien ce à quoi l'autre pensait. Tu rejoignis le médecin qui t'allongea dans ton lit et brancha un tas de machine sur toi par le biais de fils en caoutchouc et plastiques. Il déposa alors ce masque transparent sur ta bouche et ton nez et finit par te faire une piqure. Ça y est. Nous étions le 17 décembre 2019 et tu étais plongé dans un coma artificiel. Il ne nous restait plus qu'à attendre.


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