Chapitre 7 - Partie 1

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TOM BLACKWELL

Un plus gros navire, capable de s'en prendre à plus que des marchands de tissu. Voilà quel était le désir de Tom alors qu'il traversait les ruelles pavées du village pêcheur. Une mature solide, des bordées complètes capables de rivaliser avec un vaisseau militaire... Pour le bien de son objectif, il lui fallait un plus gros navire.

Une bande de marmots passa en trombe devant lui, se jetant des bouts de bois en riant. Il se rappela ses hommes qui attendaient son retour avec impatience et pressa l'allure. Il devait faire vite, sinon ils allaient s'amollir. Il avait ordonné, comme d'habitude, que personne ne quitte le navire avant que toutes les marchandises aient été vendues ; ces rats n'avaient rien dit sur le moment, mais Tom était certain que dès qu'il avait mis pied à terre ceux-ci s'étaient mis à râler. Tant qu'ils n'osaient pas le faire en sa présence, il s'en satisferait.

Voilà maintenant deux mois que le groupe de pirates chassait les marchands de nuit, toujours de la même façon. Six abordages, six succès. Pertes humaines de son côté : trois hommes peu vigoureux. Trois bouches de moins à nourrir, pensa-t-il ; l'équipage lui coutait trop cher, de toute façon. Cinq ventes bien négociées qui avaient rapporté gros ; il était à présent temps de passer le compteur à six.

Le capitaine ressassait ses idées lorsqu'il eut soudain l'impression qu'on l'observait. Il se retourna aussitôt. Les quelques personnes dans la rue se mouvaient lentement, les bras chargés de tout et de rien. Personne ne se souciait de lui. Pourtant, il était certain d'avoir senti un regard peser sur ses épaules. Tom reprit sa marche.

Un panonceau se balançait en grinçant à l'entrée du tripot. Le Pari Rat, lut-il. Rien ne semblait avoir changé. Tom entra.

L'air de la salle de jeu sentait l'épice et l'alcool. Il traversa la pièce en quelques enjambées, chassant la fumée des pipes à tabac en secouant sa main et toqua à une seconde porte avant de pénétrer dans l'arrière-salle sans attendre. Il n'aurait probablement pas été invité de toute manière.

Dans cette pièce, la lumière se faisait plus timide. Apercevant la personne qu'il recherchait attablée en train de jouer aux dés, le pirate s'avança. Les yeux de la femme s'élargirent.

- Voilà bien un visage que je ne m'attendais pas à revoir.

- Madame.

Le rouquin s'empara d'une chaise à la table voisine sans que la femme ne le quitte des yeux, persuadée d'avoir affaire à un revenant.

- Vous transmettrez mes salutations au capitaine Brandon, fit-elle.

- Je suis mon propre capitaine désormais.

Le regard intrigué de la femme se durcit. Tom lui rendit son regard ; un regard froid et dur, vexé que ses récentes réussites en mer ne soient pas encore remontées jusqu'ici. L'expression de la femme se détendit soudainement.

- Oh, je vois... Une histoire de pirates je présume. Mais le carnet d'adresses ne change pas, lui, n'est-ce pas ?

Elle fit signe aux deux hommes qui jouaient encore de se lever tandis que le rouquin s'attablait en face d'elle. Il ôta son tricorne brun qu'il avait récemment acquis pour soigner son égo, encore vexé par les moqueries du trépassé Crâne Rasé, et le posa sur ses genoux.

- Un cognac ? proposa-t-elle en indiquant une bouteille sombre posée sur la table.

Tom fixa la bouteille quelques instants. Madame Duprés était une française de bon goût, au nez en pointe et aux mains si fines qu'il se demandait si elle arrivait à lancer tous ces dés en une fois. Les jeux de dés, lui les avait interdits sur son navire, tout comme il s'était interdit l'alcool.

Les Lames de l'OmbreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant