Sammaël
Les crépitements du feu finirent par me réveiller. Je flottais dans une sorte de nuage en coton. Mon corps était encore douloureux, abîmé par les nombreux coups que j'avais pris.
Une migraine tenait ma tête en tenaille et lorsque je portai ma main à mon front, je remarquai la bande de gaze qui entourait mes tempes. Une autre s'enroulait autour de mon torse et masquait les différentes plaies.
Le feu projetait une douce lueur dans la pièce. Allongé sur le canapé d'un salon, je tournai la tête vers la porte. De nombreux animaux empaillés régnaient et fixaient les occupants. Un Christ crucifié sur une croix me surveillait alors que je me redressais. Les reflets des flammes faisaient ressortir les poutres apparentes du plafond.
Le canapé grinça lorsque je fis basculer mes jambes pour m'asseoir. Je grimaçai lorsqu'une douleur traversa mon ventre. Ma respiration était sifflante, ce simple effort m'avait vidé de mes faibles forces. Je m'appuyai contre le dossier du canapé et soupirai.
Ma mémoire semblait brouillée, je me souvenais à peine de ce qui s'était passé au village. Mes souvenirs s'emmêlaient jusqu'à devenir une bouillie informe. Je posai une main sur mon front, essayant de remettre de l'ordre dans mes pensées. Mais plus je tentais, plus ma migraine s'intensifiait. Je retiens mes larmes. Pleurer ne servirait à rien.
Un coup raisonna contre la porte. Je ne pris pas la peine de tourner la tête tant la douleur paralysait mes cervicales. Un grincement m'indiqua que l'on avait ouvert le panneau de bois. Le tintement de tasses s'entrechoquant résonna gracieusement dans la pièce. Une parfum sucré parvint à mes narines et une nouvelle chaleur se joignit à celle du feu.
L'inspecteur Thiers passa à côté de moi et déposa son plateau sur la table basse. Les tasses entrèrent à nouveau en collision. Une légère fumée s'échappait de la théière. L'homme m'adressa un sourire compatissant avant de s'asseoir en face de moi. Ses yeux sombres se posèrent sur mes bandages, vérifiant qu'ils étaient bien en place.
— Comment te sens-tu ?
— Nauséeux.
Thiers me lança un regard compatissant. Il versa du thé dans l'une des tasses avant de me la tendre. Ma main tremblait légèrement lorsque je la saisis. Le contenant réchauffa ma peau et un frisson parcourut ma colonne vertébrale. Durant un court instant, j'observais les volutes de fumée s'élever du liquide brûlant. Je me perdis dans ma contemplation.
— Pourquoi les villageois te détestent-ils autant ?
La voix de l'inspecteur n'était qu'un murmure. Il ne voulait pas me brusquer. La tasse resta suspendue près de mes lèvres. Avec un effort surhumain, je la reposai sur la table et soupirai.
— Je vous l'ai déjà dit. Ils me détestent parce que je suis né.
— Ce n'est pas une raison suffisante.
Je clignai lentement des yeux, fatigué de devoir argumenter. Tout le monde savait pourquoi j'étais détesté. Ma venue avait soi-disant amené le malheur sur ce village. Les champs avaient été détruits par des pluies torrentielles et l'église avait été ravagée par un incendie. Les souris et les rats avaient proliféré et mangé les récoltes de blé. La rivière avait débordé et inondé certaines maisons.
Et toutes ces catastrophes étaient survenues peu de temps après cette nuit d'orage où l'on m'avait déposé sur le pas d'une porte. Les villageois étaient persuadés que mes parents biologiques, en me déposant dans leur bourgade, avaient lancé une malédiction, les condamnant à vivre dans la misère.
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The Blood Hourglass
VampireLa peur et l'incompréhension mènent à la haine. Sammaël subit depuis des années la méfiance des habitants de Graveyard. Lorsque un meurtre survient dans la petite bourgade, une vieille légende, murmurée aux enfants, refait surface. La Bête des cont...