Je regardais les corps démembrés de ma famille. Leurs sangs se mélangeaient et s'insinuaient dans les imperfections de la pierre. La tête de mon père avait été arrachée et gisait près de mes jambes. Ses orbites étaient percées, les globes oculaires éclatés. De longues griffures transperçaient sa peau, si bien que l'on voyait l'os de la mâchoire. La bile remontait dans ma gorge et je voulus reculer, le mur me retint. Le froid s'immisçait en moi tel un ver dans le crâne d'un macchabée.
Un grognement de désir s'éleva des sombres ténèbres alors que deux mains ensanglantées surgissaient. Sous les ongles particulièrement longs, des morceaux de peau pendouillaient. D'autres matières salissaient sa peau, du sang ou de la cervelle.
La Bête qui se tenait devant moi venait de massacrer ma famille sans que je ne puisse rien faire. Elle me gardait en vie dans le seul but de me torturer. Mes mains et tout mon corps tremblaient sans que je ne parvienne à les contrôler. Les larmes débordaient de mes yeux et coulaient sur mes joues, y laissant de longs sillons humides.
Un lourd brouillard enveloppait la créature, seuls ses yeux carmin se distinguaient dans les ténèbres. De longs crocs, si blancs qu'ils se détachaient des noirceurs, étincelaient et ne demandaient qu'à déchiqueter ma chair. Un rire s'échappa de sa gorge que je ne distinguais pas. Ses talons claquèrent contre le dallage du sol. Lorsque que ses ongles sales se posèrent sur mon visage, je fermai les yeux, essayant tant bien que mal de retenir la terreur qui me submergeait. Ma vessie ne tarda pas à me lâcher, un liquide chaud glissa le long de mes jambes alors qu'une forte odeur parvenait à mes narines.
Un claquement de langue retentit et je tremblai davantage, ne parvenant plus à contrôler quoique ce soit. Les larmes franchissaient la barrière de mes paupières closes et s'écrasaient sur le tissu rigide de ma chemise blanche, rejoignant les éclaboussures de sang.
— Pourquoi pleures-tu ? Je vous avais prévenus, vous n'avez pas voulu écouter.
La voix de la Bête était étonnement posée, je l'imaginais plus grave, plus rugueuse. Elle ne dénaturait pourtant pas la cruauté de ce monstre. Les ténèbres ondulaient autour de lui, formaient d'étranges symboles, étincelaient avant de prendre l'apparence d'un sablier gigantesque. D'or et de noirceur, il s'ornait de détails cabalistiques et hérétiques. Le verre miroitait et me renvoyait l'image de mes yeux verts terrifiés. Mon sang se figea alors que je remarquais la fumée dansant à l'intérieur du sablier ; l'âme de ma famille y était prisonnière.
— Trouve l'âme dont la pureté pourra vous libérer de ma malédiction.
Je n'eus le temps d'assimiler ses paroles que la créature enfonçait ses crocs dans mon épaule, transférant une partie de son âme en moi.
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The Blood Hourglass
VampireLa peur et l'incompréhension mènent à la haine. Sammaël subit depuis des années la méfiance des habitants de Graveyard. Lorsque un meurtre survient dans la petite bourgade, une vieille légende, murmurée aux enfants, refait surface. La Bête des cont...